Suivi de la campagne Earthdawn des Lions de Pierre, 5ème saison et de leurs avatars à Metal adventures.
 
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 Chapitre 58 - Les catacombes de Parlainth

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar
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MessageSujet: Chapitre 58 - Les catacombes de Parlainth   Mar 13 Juin - 22:06

Chapitre 58 – Les catacombes de Parlainth
 
Une petite éternité plus tard, je revins à la conscience. Quelqu’un me secouait avec vigueur mais sans brutalité. J’avais mal à la tête et un goût étrange et désagréable sur le palais. J’ouvris les yeux et aperçu Sekra, Thregaz et Firrada penchés avec inquiétude vers moi. Je me redressai avec difficulté, peinant à rassembler mes esprits.
Je constatai que j’étais assis sur un banc du laboratoire des araignées, au milieu des expériences mortes. Je réprimai un haut-le-cœur et m’éloignai prestement des corps couturés. Sans mes amis, j’aurais sans doute fait partie intégrante de cette galerie des horreurs. Je réprimai un frisson intérieur et contins la panique qui menaçait de me submerger. Je détestai profondément cet endroit sans lumière, sans joie et sans espoir. Toute cette équipée menaçait de tourner au désastre.
 
Mes compagnons m’expliquèrent être partis à notre recherche, une fois Thregaz debout. Ils étaient entrés dans cette salle et avaient détruits les squelettes présents. Ils m’avaient alors découvert sur le banc.
Tout en écoutant leur récit, je notai que Thregaz semblait se porter au mieux. Toutefois, l’un de ses yeux était blanchâtre et semblait pulser de lui-même. Mon ami troll avait de plus en plus sinistre apparence et il était de nature à filer des cauchemars à quelqu’un qui ne le connaîtrait pas. Tout cela devenait inquiétant mais il y avait sans doute plus urgent à se préoccuper pour l’heure.
 
La mémoire me revint soudainement. Je sursautai en repensant à Ghorghor et So’tek livrés au bon vouloir de Gorloth. J’expliquai rapidement la situation aux autres et les conduisis à travers le dédale de salles obscures et garnies de pièges que j’avais précédemment traversé. Grâce à mon expérience et ma connaissance du secteur, nous parvînmes à traverser tout cela sans anicroches.
Quelques instants plus tard, j’étais de retour dans la salle qui sentait le moisi. Aucune trace de mes amis, ni de Gorloth et de ses sbires. Nous décidâmes de fouiller l’endroit pour tenter d’en apprendre plus. J’indiquai aux autres qu’il y avait des armes posées sur une table plus loin, au fond à gauche. Pour ma part, je partis explorer le fond droit de la vaste salle, tous les sens aux aguets. Je me rendis compte que ce que j’avais pris pour une tenture tendue contre le mur du fond était en réalité un lourd rideau et qu’il y avait de la place pour se dissimuler derrière. Je m’engageai dans cet espace réduit et remarquai immédiatement Gorloth qui nous épiait.
Ce dernier m’avait aperçu également et il tissa rapidement un sortilège dans ma direction tout en mimant des coups de poignard dans sa poitrine. Alors que je me dirigeai vers lui, tout en appelant mes compagnons à la rescousse, je ressentis une vive douleur dans la poitrine. C’était comme si un poignard fou entrait et ressortait sans cesse. La magie de Gorloth m’avait paralysée de douleur. Une fois encore, j’étais en très fâcheuse posture et ce fut l’arrivée des autres qui me sauva. Le seigneur des os récolta quelques méchants coups qui le mirent à mal. Il se rapprocha de moi et menaça de me tuer s’ils continuaient de l’attaquer. Toujours sous l’emprise paralysante du sortilège, je ne pouvais que grimacer de douleur. Devant l’hésitation de mes compagnons, Gorloth effleura mon visage et je sentis ma peau se flétrir.
Finalement, ils acceptèrent et Gorloth s’enfuit sans demander son reste. Bientôt, la douleur et la tétanie cessèrent. À ma grande surprise, le sortilège ne m’avait causé aucune blessure, seulement une terrible souffrance. Tout ceci commençait à faire beaucoup pour moi et il me fallut quelques instants pour me remettre de cette nouvelle épreuve. Nous n’avions aucune idée de où nous étions par rapport à notre objectif mais savions qu’il y avait encore de nombreux obstacles avant d’y parvenir. Un tiers de notre équipe avait disparu et je commençai à me ressentir de mes nombreuses blessures et mauvais traitements. Malgré un chant d’encouragement prodigué par l’attentionnée Sekra, je sentais que mon moral était en chute libre.
Je finis tout de même par me relever. Il fallait sauver So’tek et Ghorghor ! Après, nous pourrions envisager la question d’un abandon de l’expédition.
 
Nous nous engageâmes dans le passage emprunté par Gorloth dans sa fuite. Après l’ouverture d’une porte, nous pénétrâmes dans une salle peu engageante : des toiles d’araignée partout, des corps, des cocons, des ossements. Bref, encore un antre arachnide. En fait, non : c’était l’Antre arachnide ! Rapidement, les locataires se rassemblèrent et nous assaillirent par centaines. Les nuées d’araignées nous contraignirent à un repli précipité. Sekra récolta quelques piqûres au passage qui l’empoisonnèrent et elle dût bientôt être portée par Thregaz.
Finalement, nous retraversâmes la salle des moisissures et revînmes dans le couloir. Firrada examina la grille qui fermait le couloir à notre gauche. Grâce à un sortilège d’ouverture, elle parvint à entrouvrir la grille. Le passage était désormais possible mais malaisé pour les trolls, nous préférâmes tenter d’autres recherches. Il restait un certain nombre de portes que nous n’avions pas pu ouvrir avec l’autre groupe. Désormais, grâce au sortilège de Firrada, la plupart des serrures ne constituaient plus un obstacle infranchissable.
 
Nous commençâmes par la porte à l’autre extrémité du présent couloir, celle située en face de la fosse à pieux où So’tek avait failli tomber. Une fois à l’intérieur, nous constatâmes que c’était une pièce assez vaste, avec quelques traces de toiles d’araignée ici et là. Un coffre reposait en son centre. Nous notâmes d’étranges rainures au niveau du plafond, comme si celui-ci pouvait descendre. Tout ceci puait le piège et nous préférâmes quitter l’endroit sans insister.
Nous retraversâmes ensuite la salle dans laquelle Ghorghor avait enflammé les toiles d’araignée puis revînmes dans le petit couloir  avec les gravats. La porte de gauche opposa nettement moins de résistance au sortilège de la sorcière troll qu’à l’épaule de l’armurier nain. La salle avait l’air vide mais un étrange soupir provint d’une armoire située dans un angle. Je m’en approchai lentement alors que Thregaz prenait du recul puis marcha sur une dalle qui déclencha un piège. Je n’eus guère le temps de voir ce qu’il déclencha car l’armoire vola éclat et un cadavéreux se jeta sur moi. Je fus tellement surpris que je ne parvins pas à esquiver. La créature m’agrippa et me mordit violemment. Une fois encore, l’accumulation de blessures eut raison de ma résistance et je sombrai dans les ténèbres familières de l’inconscience.
 
Nouveau réveil. La sensation était encore pire que lors du précédent. Des douleurs lancinantes à plusieurs endroits mais surtout dans l’épaule où le cadavéreux s’était acharné. À nouveau, ce goût de potion écœurant dans la bouche. Je notais aussi que de nouveaux bandages avaient fleuris. Et le sentiment que tout cela était vain. Je me faisais l’impression d’un mort qui voulait croire qu’il était encore vivant. Il fallait croire que la volonté l’emporta puisque je me relevai cette fois encore.
Titubant et démoralisé au possible mais debout. Trouver Ghorghor et So’tek et foutre le camp d’ici. Crusher nous attendait et nous n’en sortirions pas tous mais au moins quelques-uns auraient une chance. Nous n’en avions aucune si nous restions ici. Cet endroit puait la mort et la corruption comme la charogne d’une Horreur.
 
Il restait encore une porte à ouvrir. La seule que nous n’avions pas encore essayée. La toute première. Celle située juste en bas des escaliers que nous avions pris pour arriver à ce niveau. En écoutant attentivement, Firrada perçu des bruits d’araignées de l’autre côté. Nous décidâmes d’utiliser le feu contre elles et rassemblâmes tous les morceaux de bois que nous pûmes trouver dans le coin. Ghorghor ouvrit la porte et nous balançâmes nos projectiles incendiaires dans la masse tout en essayant de les empêcher de nous atteindre grâce à nos torches. Cela déclencha une belle pagaille et en consuma un grand nombre, dégageant une odeur répugnante mais jubilatoire par ce qu’elle signifiait. Au bout d’un certain temps, nous les dispersâmes et les survivantes abandonnèrent la place. Nous progressâmes le long d’un court couloir pour arriver dans une salle dans laquelle se trouvait un vaste trou circulaire qui semblait rempli de toiles d’araignées. Des barreaux d’échelle métalliques dépassaient de notre côté, signalant ainsi la possibilité d’y descendre mais cela ne tenta personne. Alors que poursuivions notre exploration vers le couloir suivant, je notai un mouvement furtif du coin de l’œil : Gorloth nous contournait !
Je prévins mes compagnons derrière moi et m’engageai dans le dos du mort-vivant, esquivant une nouvelle fosse à pieux au passage. Alors que Gorloth, campé devant le trou, déclenchait la puissance mortelle de sa magie sur le groupe, j’arrivai derrière lui et le poussai d’un vigoureux coup de pied rageur. Le Seigneur des Os bascula dans le trou avec un cri de consternation. Les toiles cédaient progressivement sous son poids, l’emprisonnant plus qu’elles ne le retenaient. Il fut bientôt hors de vue, descendant toujours plus loin dans les ténèbres du trou. Quelques instants plus tard, ses cris exprimèrent l’horreur d’un destin scellé puis un craquement d’os mit fin à ses ambitions et à sa non-vie. Gorloth avait rencontré plus coriace que lui.
 
Nous continuâmes à explorer la zone et arrivâmes bientôt dans l’antre des araignées duquel nous avions battu en retraite quelques heures auparavant. Cette fois, l’opposition fut bien moindre et nous mieux préparés. Nous découvrîmes le malheureux Ghorghor au milieu des œufs et des corps entoilés. Il était paralysé et fiévreux. Les araignées avaient pondu des œufs sous sa peau, assurant ainsi un stock de nourriture à leur progéniture et une mort aussi horrible que lente à notre ami.
Nous le récupérâmes puis l’emmenâmes dans un endroit moins répugnant afin de le soigner. Il était en mauvais état mais survivrait. Toutefois, il ne serait pas vigoureux avant un moment.
Sekra se remettait également de son côté et Thregaz soignait déjà ses nouvelles blessures. Bref, hormis Firrada, le groupe était en piteux état.
 
Et So’tek était toujours manquant. Peut-être que Ghorghor nous en apprendrait plus à son sujet lorsqu’il reprendrait connaissance. Il le fallait. L’idée de perdre l’un des membres du groupe – et surtout So’tek - juste pour satisfaire ma lubie de donner corps à Miraëlan m’était insupportable.
Toute cette expédition était un fiasco lamentable.
 
Après une nouvelle période de repos indispensable pour Ghorghor et très utile pour tous, nous reprîmes nos recherches avec un mélange de fébrilité et de découragement. Nous en profitâmes pour récupérer les objets entreposés dans la salle de Gorloth. Il y avait là plusieurs bourses qui contenaient des pièces d’argent et d’or, 8 pièces d’eau élémentaire, une émeraude de belle taille et une paire de dés stylisés. Nous récupérâmes aussi quatre épées larges, une dague ouvragée, une potion, un ceinturon et une targe, tous plus ou moins usés mais indéniablement de bonne qualité.
Cependant, après avoir sillonné une fois encore ce niveau, il fallait se rendre à l’évidence : notre ami n’était plus ici. Et comme il n’avait pas pu monter, il ne pouvait qu’être descendu.
 
Nous eûmes alors une petite conversation sur cette expédition. Je reconnu que j’avais sous-estimé la difficulté et que l’objet de notre venue ici, à savoir récupérer un corps pour Miraëlan, ne valait pas la peine de mourir pour elle. À mon niveau, je ne pourrai pas assumer la mort d’un ami pour un motif aussi égoïste. Je suis certain que Mira n’aurait pas été du même avis mais elle était toujours absente. J’espérai sincèrement qu’il ne lui arriverait rien dans le plan astral.
Thregaz partageait mon ressenti et nous décidâmes que nous sortirions sitôt So’tek récupéré. Les autres étaient moins catégoriques mais sans doute pas mécontents d’envisager de quitter cet environnement particulièrement hostile.
 
Nous étions rassemblés devant le trou qui menait à l’étage inférieur. L’endroit était aussi engageant que le trou du cul d’une Horreur et la fin aussi rapide que bruyante incitait à une prudence extrême.
Après avoir fini le nettoyage des toiles d’araignée involontairement entamé par le Seigneur des Ossements, nous mîmes au point un plan d’approche.
Compte tenu que Thegaz pouvait sauter et Ghorghor voler, je proposai de descendre en premier.
Une fois au sol, les deux combattants me rejoindraient rapidement pendant que Firrada et Sekra me suivraient par l’échelle.
 
Quelques instants plus tard, je descendais prudemment les barreaux en me maudissant pour ma proposition stupide. J’espérai ne pas finir comme Gorloth. Contrairement à ce que j’avais craint initialement, l’ennemi n’était pas une énorme araignée qui avait son antre dans le tunnel vertical mais un énième gardien mécanique. Au sol, on apercevait ici et là des reste du Seigneur des Ossements. Il était désormais beaucoup plus ossements que seigneur.
 
Alors que j’arrivai au sol, j’entrevis la créature alors qu’elle se ruait sur moi : un énorme humanoïde mécanique très véloce, monté sur une étrange grosse roue et équipé d’une lame qui prolongeait son poignet. J’esquivai de justesse son premier assaut alors que mes compagnons investissaient la zone à leur tour.
Constatant qu’elle était désormais cernée, la créature effectuant un vif moulinet tournoyant de son arme, obligeant tout le monde à effectuer une esquive. Sekra, touchée, fut repoussée contre le mur. Le monstre mécanique se tourna ensuite vers ce qu’il identifia certainement comme la menace la plus sérieuse : Thregaz.
Compte tenu de la taille et de la mobilité de l’adversaire, je n’avais guère d’espoir de trouver un point faible à ma hauteur. Je sautai donc sur son dos et entrepris de l’escalader alors qu’elle attaquait l’écumeur du ciel troll et lui assenait un violent coup, le forçant à céder du terrain. Bien que malaisée, mon acrobatie porta ses fruits puisque je notai une espèce de grosse molette dans le dos de la créature. Je la tournai dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et, bientôt, nous constatâmes que la créature ralentissait nettement le rythme, comme si elle manquait soudainement de puissance. Ghorghor arriva pour prêter main forte à Thregaz et ils achevèrent bientôt l’étrange monstre mécanique qui tomba à terre, inerte.
 
Sekra s’étant remise sur pied, nous empruntâmes la seule issue de la salle qui consistait en une courte volée de marches qui montaient. Nous arrivâmes bientôt dans une nouvelle salle où la seule chose notable était les deux leviers en bronze présents au milieu d’un mur. L’un était noir et l’autre rouge. Nous perçûmes aussi un bruit d’horlogerie qui résonnait doucement dans les murs, comme un gigantesque mécanisme en constant mouvement. Sur la droite une alcôve relève au fond un mur incurvé et métallique. Certainement une issue dont il fallait trouver le moyen d’ouvrir
Après une rapide concertation, le troll décida de pousser les deux leviers vers le haut. Le mécanisme  ouvrit effectivement le passage au fond de l’alcôve.
 
Par prudence, je décidai d’aller y jeter un coup d’œil seul sans noter de piège particulier dans le couloir sinueux qui se déroulait plus loin. Le reste du groupe me rejoignit bientôt et nous pénétrâmes ensuite dans une étrange salle des trophées. La pièce était rectangulaire et nous étions entrés par un des côtés larges ; une porte nous faisait face dans le mur opposé. Nous examinâmes les lieux avec une curiosité teintée de méfiance. Des tableaux, des armes et des objets plus insolites les uns que les autres étaient exposés. Grâce à mes talents et à ma prudence naturelle, je détectai quelques pièges ici et là que j’indiquai à mes compagnons.
Ghorghor s’intéressa à une masse ouvragée et il la récupéra en souvenir. Par chance, le larcin ne déclencha ni piège ni alarme.
 
Nous empruntâmes la porte en face et arrivâmes dans un couloir qui tournait plus loin à gauche alors qu’une porte se trouvait au milieu du mur de droit. Ne souhaitant pas laisser de pièce inexplorée derrière nous, nous tentâmes d’ouvrir cette porte mais elle était fermée. Un sortilège de Firrada plus tard, l’obstacle nous céda volontiers le passage.
Derrière, nous découvrîmes plusieurs cellules dont l’une d’entre elles était occupée. Avec incrédulité, nous découvrîmes qu’il s’agissait de So’tek. Le nécromancien t’skrang était en piteux état mais il était vivant.
 
Nous le récupérâmes et retournâmes à la salle avec les leviers qui nous semblait la plus facile à défendre et la plus adéquate pour nous reposer et nous occuper de notre malheureux ami. Sekra demanda si nous abandonnions l’expédition ou si nous continuions. Contrairement à l’étage supérieur, ce niveau s’était plutôt bien passé et nous n’avions rencontré personne ni déclenché aucun piège, ce qui avait contribué à dissiper nos idées noires. Face à nos hésitations, nous décidâmes de remettre la décision après cette période de repos.
 
Un peu plus tard, après avoir avalé un frugal repas et s’être occupé de So’tek, nous posâmes nos sacs de couchage. Alors que nous étions en train de décider de l’ordre du tour de garde, l’un des leviers s’actionna et la porte au fond de l’alcôve s’ouvrit à nouveau.
Une créature métallique arriva dans la pièce, suivie par une seconde et d’autres encore se devinaient derrière les premières. Elles n’étaient pas très rapides mais semblaient nombreuses et bien décidées à nous montrer l’usage qu’elles faisaient de tous les trucs coupants et contondants qu’elles portaient ici et là sur leur corps.
 
Je fonçai vers les manettes du mur afin de tenter de refermer le passage et éviter d’être submergé. Toutefois, je dus faire une erreur et ma manipulation n’eut pas l’effet escompté : au lieu de fermer la porte par laquelle les créatures se déversaient, ce fut le sol où nous nous tenions qui descendit vers le niveau inférieur, nous soustrayant fort opportunément à l’agression. J’espérais simplement que ce n’était pas pour tomber vers des ennuis encore pires.
 
La plate-forme nous déposa bientôt dans un hall puis, une fois que nous en fûmes descendus, remonta. Je priai pour que les automates ne sachent pas se servir de ce dispositif et ne nous suivent pas.
Sur place, nous aperçûmes un long couloir devant nous et une double porte dans le mur de droite. Les murs étaient à nouveau parcourus de ces veines vertes si singulières qui nous avaient intriguées au niveau supérieur du bastion. Nous remarquâmes également un autre phénomène : des vagues d’ombre mouvantes et ténues, comme illusoires, qui jouaient le long des murs. Les double portes, quant à elles, étaient de belle qualité et montraient la scène bucolique de nobles thérans au bord d’une pièce d’eau.
 
Après une certaine hésitation, j’effleurai une porte qui s’ouvrit d’elle-même, dévoilant une pièce confortable dans laquelle crépitait un feu accueillant. L’endroit était bien meublé, décoré avec un certain soin. Attiré malgré moi par le confort et la promesse d’un vrai repos, je franchis le seuil et entrai dans la pièce. À ce moment, une tête d’automate posée sur le bureau s’anima et nous accueillit avec une joie empressée ; elle appela rapidement un autre automate qui arriva avec une collation. Ces créatures, pour métalliques qu’elles étaient, n’avaient pas grand-chose à voir avec les constructs hostiles et bardés de lames que nous avions rencontré jusque-là.
Après quelques échanges courtois et prudents, l’automate compris bien vite que son ancien maître n’était pas parmi nous. Cependant, comme il semblait très désireux de servir, il décida que nous étions forcément ses descendants et qu’il nous devait assistance. Nous n’eûmes pas le cœur de le décevoir. Il appela et nous présenta les autres serviteurs qui avaient tous leurs fonctions attitrées : l’entretien, les soins et massages, la cuisine, etc.
 
Le bureau par lequel nous étions entrés n’était qu’une pièce d’un vaste endroit créé par un prince elfe théran qui figurait dans un tableau présent à proximité de la cheminée. Un homme de belle apparence et dont le visage aristocratique dénotait autant la fierté que la bienveillance.
La partie gauche donnait sur une salle qui faisait autant office de salle de délassement avec sa piscine que d’infirmerie avec plusieurs lits et différents appareillages. Quelques autres automates vinrent spontanément s’enquérir de mes besoins.
Tout ceci était tellement en rupture avec ce que nous avions vécu ces derniers jours que je ne pus m’empêcher d’effectuer une ultime vérification. J’ouvris une fenêtre sur le monde astral afin de vérifier que les lieux étaient bien vierges de toute corruption. Mon examen me rassura mais je n’avais pas pour autant arrêter mes déambulations dans la pièce. Ce qui devait arriver arriva et je finis bientôt dans la piscine tout équipé. Je me débarrassai rapidement de mon barda et de mes habits et décidai de profiter de l’endroit, maintenant que j’étais mouillé. Par la suite, je me laissai aller à profiter des services offerts par l’automate soigneur et celui chargé des massages qui avait une apparence très féminine. Je fus surpris de leur efficacité et de la précision et la douceur de leurs prestations.
Au sein de ce havre de paix et de calme, manipulés par les automates, en moins d’une journée de repos, nous étions à nouveau tous en pleine forme.
 
Entre-temps, mes compagnons avaient exploré la zone. De l’autre côté du bureau, il avait une grande cuisine et des salles de stockage assez dépourvues.
Nous avions eu le temps de remarquer le mauvais état général de nos hôtes. La plupart étaient rafistolés de bric et de broc, voire avaient des membres manquants, même aucun n’étaient aussi dépourvus que le contremaître dont ne subsistait que la tête. Interrogé à ce sujet, ce dernier nous informa que cela était dû aux récupérateurs qui avaient proliféré et qui étaient devenus hostiles. Autrefois chargés de l’entretien général et de réparation en tout genre, ils attaquaient désormais tout ce qui passait à portée et recyclaient les matériaux sans se préoccuper de leur origine ni de leur utilité. Certains serviteurs mécaniques avaient ainsi disparu et d’autres n’avaient réussi à fuir que de justesse. Désormais, la porte qui menait à la zone où sévissaient les récupérateurs était condamnée.
 
Nous apprîmes également qu’au-delà de la zone des récupérateurs se trouvaient la crèche de fer, la crèche de chair et les appartements du prince. Selon le contremaître, celui-ci était parti combattre les Horreurs. Il  y avait peu de chance qu’il revienne désormais.
La mention des crèches avait suscité mon intérêt. Celle de fer créait les automates qui peuplaient ce complexe souterrain. Et celle de chair ? Était-ce l’endroit qui contenait ces fameuses cuves dans lesquelles des corps étaient conservés ? Une exploration s’avérait nécessaire. L’objectif semblait à portée de main, mais je muselai mes espoirs tant les lieux s’avéraient traîtres et hostiles.
 
Plus près de nous, le labo d’alchimie avait explosé il y avait un certain nombre d’années, suite à une expérience qui avait mal tournée. La porte du labo donnait également sur la salle de la piscine. Comme je le craignais, certains montrèrent des signes de curiosité à l’encontre du laboratoire : Ghorghor, So’tek et Firrada s’équipèrent puis poussèrent bientôt la porte pour s’aventurer dans la zone dangereuse, sans trop savoir à quoi s’attendre. Thregaz était déjà prêt à bondir pour les aider. Sekra et moi étions dans le salon, examinant les quelques livres trouvés sur place mais vigilants si nos amis avaient besoin de renfort. Pour ma part, j’appréciais le confort des lieux et je n’étais guère pressé d’aller chercher à nouveau plaies et bosses là où ce n’était pas nécessaire.
Bien évidemment, les choses se passèrent mal dans le laboratoire. Pendant leurs recherches, mes compagnons furent assaillis par une créature que l’on pourrait décrire comme un golem éthéré de cristal. Ghorghor appela Thregaz à la rescousse et le troll fonça avec la joie évidente d’un artisan qui aime son métier et qui voit les affaires reprendre. Sekra et moi ne bougeâmes pas : ils étaient déjà quatre dans la pièce et si eux ne venaient pas à bout de cet adversaire, ce n’est pas nous qui ferions la différence.
Le problème du golem fut promptement expédié et il retomba en poussière, essentiellement aux pieds de Firrada. Ce fut quand cette poussière durcit que les choses se compliquèrent : la troll était couverte jusqu’à la taille d’une pâte cristalline rigide et terriblement résistante qui l’immobilisait. Les efforts de Ghorghor et Thregaz ne menèrent à rien et la tête du contremaître émis l’hypothèse que nous trouverions certainement un outil approprié dans la crèche de fer. Il fallut donc nous résoudre à abandonner temporairement Firrada à son sort.
Venu sur place par curiosité, je notais, pour ma part, un souffle de chaleur qui provenait d’une grille à moitié arraché par une précédente explosion. Sans doute le conduit qui menait au système de chaleur qui alimentait la zone. Intéressant.
 
Quelques instants plus tard, nous étions devant la porte barricadée qui menait à la zone tenue par les récupérateurs et autre reste du complexe. Le contremaître semblait tiraillé entre la crainte d’ouvrir   et de voir déferler les récupérateurs et l’espoir d’un accès à la crèche de fer pour récupérer un corps et des pièces pour ses collègues mécaniques. Crainte, espoir… et voilà que je prêtais des sentiments à un automate. Il était plus que temps que cette aventure se termine avant que je sombre définitivement dans la folie qui habitait cette cité de cauchemar.
 
Une fois la porte ouverte, je progressai de quelques pas, avisant une porte plus loin en face de moi et une ouverture vers une large pièce à gauche. Celle-ci donnait sur une grande piscine remplie d’un liquide peu engageant et difficile à identifier. J’aperçus également que le sol autour de la piscine semblait bouger. Il s’agissait en fait d’un tapis de scarabées métalliques très désireux de nous mettre la pince dessus et de récupérer tout ce qu’ils pourraient, y compris chair et squelettes. Face à un tel adversaire, la fuite nous parue salutaire et même Thregaz n’insista pas pour un affrontement. Nous revîmes à notre point de départ et remîmes la barricade en place. Les grattements nombreux et répétés derrière la porte attestait sans conteste des sentiments très affectueux que les récupérateurs nous portaient.
 
Ghorghor et Thregaz mettaient déjà sur pied une tactique pour affronter cette marée mécanique. Pour ma part, comme d’habitude, je cherchais plus à contourner le problème qu’à l’affronter. Je me souvins alors du conduit thermique du laboratoire. Il serait intéressant de voir où il donnait. Je prévins mes compagnons que j’allais vérifier un truc et je fonçai de l’autre côté de la zone des automates.
Une fois sur place, il ne fut guère difficile d’ôter ce qu’il restait de la grille protectrice puis de m’enfiler dans le conduit. La progression n’était pas difficile mais de plus en plus pénible du fait de la chaleur. Après quelques mètres, je débouchai dans la pièce d’où provenait la chaleur : une piscine de lave d’où partait un réseau de tuyaux de taille diverses. Au niveau du mur de droite, j’aperçus un conduit similaire à celui dans lequel j’étais mais aucun moyen pour m’y rendre. J’utilisai alors mon récent talent de Marche des vents et glissai avec grâce et légèreté vers l’endroit voulu. Je n’avais toutefois pas prévu que les lieux aurait un gardien : un élémentaire de feu qui semblait se consumer d’amour pour moi et brûlait de me témoigner son affection en me serrant dans ses bras chaleureux. Je rejoignis le conduit désiré et quittai rapidement la zone, au grand dépit de mon hôte. Je parvins au bout du conduit, décrochai la grille et arrivai dans la pièce avec la grande piscine aperçue auparavant. Cette fois, j’étais tout à fait de l’autre côté et je voyais la nuée grouillante des petits scarabées au niveau de la porte derrière laquelle se tenaient mes amis.
 
Vu de ce côté, la piscine était toujours aussi glauque et je notai aussi la présence d’étranges appendices disposés sur le pourtour, sorte de tentacules métalliques inertes, à raison de deux par côté. Je devais être entré dans la zone de détection des récupérateurs car le groupe se scinda en deux parties équivalentes et l’une vint dans ma direction. Accaparé par la masse grouillante qui s’approchait, je failli me faire surprendre par le tentacule le plus proche et esquivai son attaque de justesse. Toujours sous le coup de la Marche des vents, je me positionnai au milieu de la piscine, à un mètre du liquide saumâtre d’où s’échappait une écœurante odeur de décomposition, et hors de portée des tentacules et des récupérateurs. J’aperçu alors un système mécanique à la base des tentacules. Après quelques essais et esquives, je parvins à en désactiver deux. Il ne fut guère difficile de neutraliser les autres de la même manière malgré les distractions apportées par Thregaz. En effet, alors que je m’affairai sur un levier, j’aperçus mon ami dans le plus simple appareil tenter une sortie. Il avait sans doute pensé que sans matière inerte sur lui, les récupérateurs ne se préoccuperaient pas de sa présence. Mauvais calcul : la horde de petits scarabées fonça vers lui, le contraignant à un nouveau repli peu glorieux.
 
Je me demandai comment nous débarrasser de cette encombrante multitude. Du coin de l’œil, j’entraperçus un éclat lumineux par le conduit qui menait à la zone de lave. J’eus soudain une idée. Je sortis mon arbalète, y chargeai un carreau que je décochai ensuite à l’élémentaire de feu lorsqu’il fut dans mon champ de vision. Je fis de grands gestes obscènes, me moquai de lui et fis tout mon possible pour l’attirer dans cette pièce. Cependant, ses ordres devaient être stricts car il ne sortit pas du conduit. En revanche, je n’avais pas prévu qu’il lancerait des boules de feu. La première me surpris et je ne l’esquivai que partiellement. Une fois que j’avais compris son mode d’attaque et la zone d’effet de la boule de feu, je me plaçai de manière à ce que la nuée mécanique soit dans la zone de déflagration et je repris mes simagrées et mes sarcasmes.
Quelques boules de feu et quelques esquives plus tard, les récupérateurs survivants n’avaient rien de plus pressant à faire que de se réparer les uns les autres.
 
Je fonçai récupérer les autres. Seuls Ghorghor et Thregaz me suivirent et ils insistèrent pour que les t’skrangs restent en sécurité. J’en fus un peu étonné car un soutien magique aurait été le bienvenu pour la suite. Thregaz avait également récupéré la tête du contremaître pour nous servir de guide.
Nous arrivâmes devant une solide porte métallique qui permettait de quitter la salle de la grande piscine. Le contremaître nous informa que des créatures mécaniques de combat se trouvaient dans la prochaine salle et qu’il fallait rapidement la traverser pour atteindre le pupitre de commande pour les neutraliser.
La porte s’ouvrit sans difficulté et nous entrâmes dans une vaste pièce nue. Une dizaine d’automates de combat se tenaient dans des alcôves dans les murs mais restaient inertes.
Alors que nous étions à la moitié de la salle, deux gardiens s’activèrent et nous attaquèrent. Thregza fonça pendant que Ghorghor et moi faisions diversion. Le troll parvint à un passage au fond de la salle et qui menait vers la suivante où se trouvait le pupitre. Toutefois, des faisceaux défensifs empêchaient le passage. Guidé par les conseils du contremaître, l’écumeur du ciel tenta de les désactiver mais ne récolta qu’une blessure. Excédé, le troll revint nous prêter main forte. Effaré par l’inconstance du troll, je récupérai la tête de l’intendant et fonçai à mon tour essayer d’ouvrir le passage. J’eus plus de chance – ou de patience - que Thregaz et les faisceaux disparurent.
 
Rejoins par Ghorghor, nous fonçons au fond de la pièce où se trouve le pupitre, alors que d’autres automates de combat s’activent tout autour de nous et que des nuées de récupérateurs s’assemblent. Thregaz s’était placé devant le passage et interdisait le passage aux constructs de la première salle.
L’intendant nous donnait ses instructions mais elles n’étaient pas aisées à comprendre dans la précipitation et encore moins aisées à appliquer tout en évitant les multiples attaques.
À l’arrière, nous entendîmes Thregaz pousser un cri de rage et de dépit et tomber sous la poussée furieuse de ses adversaires. À mes côtés, Ghorghor disparut sous une nuée de récupérateurs.
Au bord de la panique, j’invoquai le soutien d’Astendar - la puissance des sentiments face à l’indifférence des mécaniques - et celui d’Upendal – le côté protecteur et créatif du progrès en opposition à la folie aveugle des mécanismes hors de contrôle des donneurs de noms.
Alors que je sentais ma jambe droite disparaître sous la masse grouillante – et coupante ! – des récupérateurs, qu’un monstre mécanique de 3 mètres de haut armait son poing face à moi et que d’autres accouraient dans mon dos, j’eus l’impression que le temps se figea pendant une demi-seconde. Une demi-seconde qui me permit d’actionner le dernier levier.
 
Le bourdonnement ténu et aigu qui résonnait dans la pièce changea soudain de tonalité et toutes les créatures mécaniques s’immobilisèrent. Progressivement, le contremaître repris la main sur tous les automates du secteur et ces derniers nous apportèrent aide et soutien pour nous ramener dans les premières salles du complexe, dans la salle de la petite piscine où nous reçûmes de nouveaux soins.
 
J’avais mal partout, j’étais psychiquement vidé mais nous avions survécu un jour de plus.   
 
Le bourdonnement ténu et aigu qui résonnait dans la pièce changea soudain de tonalité et toutes les créatures mécaniques s’immobilisèrent. Progressivement, le contremaître repris la main sur tous les automates du secteur et ces derniers nous apportèrent aide et soutien pour nous ramener dans les premières salles du complexe, dans la salle de la petite piscine où nous reçûmes de nouveaux soins.
 
J’avais mal partout, j’étais psychiquement vidé mais nous avions survécu un jour de plus.  
Aidés par les automates, nous fûmes bientôt de retour au sanctuaire, en piteux état.
Grâce aux bons soins des assistants mécaniques Masseur 1 et Beauté 2, il nous fallut seulement deux jours pour être complètement remis de nos derniers traumatismes. Nous étions prêts pour aller explorer le reste du secteur.
L’intendant, désormais pourvu d’un nouveau corps, nous ouvrit le passage vers le niveau inférieur où se trouvaient la crèche de chair et les appartements du maître des lieux.
 
Nous notâmes immédiatement que l’endroit était en mauvais état, comparé aux niveaux supérieurs. Visiblement, il n’y avait pas de récupérateurs pour entretenir les lieux, ni qui que ce soit d’ailleurs.
Le hall spartiate dans lequel nous laissa la plate-forme mobile montrait une porte dans le mur de droite, une autre dans le mur de gauche et des double-portes en face qui arborait toujours le même théran en gravure, le maître des lieux : Nur-Athemon. Les rudiments de théran de Firrada lui permirent le lire « bibliothèque » à droite, « laboratoire » à gauche et un truc du genre « hall de réception » en face.
 
Nous débutâmes notre exploration par la bibliothèque dans laquelle se ruèrent nos érudits. Il fut évident que celle-ci avait connu des jours meilleurs, tant par son état que par son contenu. La plupart des étagères étaient vides et les volumes restants étaient dans un état qui allait du médiocre au décomposé. Thregaz, dépité, s’apprêtait à ressortir mais Firrada le rappela et l’utilisa comme porteur pour l’aider dans son pillage en règle des lieux. Elle allait de ravissement en émerveillement et remplissait copieusement chaque sac sur lequel elle pouvait mettre la main.
De mon côté, je cherchai un passage secret ou un réduit dissimulé. Les niveaux supérieurs en étaient truffés et je ne voyais pas pourquoi celui-ci ferait exception. Je n’en écoutais pas moins les discussions de mes collègues et je mis le holà aux velléités de la trolle de nous charger comme des mulets. Après une discussion un peu houleuse, il fut admis que nous remplirions les sacs et les laisserions près de la sortie, prêts à être saisis en cas de fuite. Il importait de ne pas être gênés par des poids morts, aussi précieux soient-ils, lors de nos prochains combats.
 
Quelques instants plus tard, la bibliothèque était encore plus vide qu’à notre arrivée et nos tournâmes nos pas vers le laboratoire. L’endroit était à peine moins vieux et poussiéreux. D’emblée, il apparut évident qu’une bonne partie de ce qui manquait dans la bibliothèque était dans cette pièce tant les livres encombraient les lieux. La pièce regorgeait de tables, d’étagères, de bocaux remplis de morceaux de donneurs-de-nom ou de trucs sans nom tous plus écœurants les uns que les autres. Ici et là, des mécanismes se mêlaient aux chairs en des assemblages improbables. Visiblement, le maître des lieux n’était pas regardant au mélange des genres et semblait fasciné par l’association du vivant et de la mécanique. Mal à l’aise face aux visions d’horreur que m’offrait l’endroit, je ressortis assez rapidement, laissant Firrada et So’tek à une seconde séance de ravissement ébahi. Je n’étais pas certain que les sujets de ces expériences se soient sentis particulièrement heureux de participer à la marche du progrès scientifique.
 
Peu intéressés par le labo, nous laissâmes nos deux érudits sous la surveillance de Sekra et nous poussâmes les doubles portes qui s’ouvraient sur le grand hall d’accueil. Baignant dans une lueur verdâtre, la scène avait un aspect sinistre et irréel. Une monumentale statue de Nur-Athemon dominait les lieux et semblait scruter ceux qui osaient pénétrer en ces lieux. La lueur provenait de six cuves, trois de part et d’autre de la statue, disposées de manière régulière. Dans celles-ci, nous pouvions apercevoir des créatures que j’aurais été bien en peine de cataloguer. Expériences ratées (ou réussis ?) ou rejetons d’Horreurs capturées ? Tout cela ne m’inspirait rien de bon et le noble théran ne cessait de chuter dans mon estime au fil de nos découvertes sur ses centres d’intérêt. J’espérais que celui qui avait aperçu des corps humains intacts ne s’étaient pas trompé.
 
So’tek m’appela à ce moment-là, brisant net mes divagations intérieures. Je revins avec une répugnance non dissimulée dans le laboratoire où je retrouvais le nécromancien t’skrang au comble de l’excitation. Il avait découvert des traités qui relataient des travaux extrêmement poussés et il était convaincu que Nur-Athemon était parvenu à séparer le corps et l’esprit. Il avait ainsi pu se constituer une collection de corps et avait transféré les esprits dans différentes créatures plus ou moins mécaniques.
Je le remerciai pour ces nouvelles qui alimentaient à parts égales espoir et dégoût dans mon esprit. Nous étions certainement au bon endroit pour trouver un corps pour Miraëlan. Toutefois, si tel était le cas, cela signifiait que ce corps avait appartenu à une jeune femme qui en avait été privé et dont l’esprit avait été annihilé ou projeté dans une sinistre machine. Ma conscience n’était pas au beau fixe.
 
De retour vers mes compagnons, je m’avisai que ceux-ci n’avaient guère bougé et m’attendaient pour pénétrer dans le vaste hall. Je m’avançai avec circonspection et m’approchai des cuves sans les toucher. Les créatures qui flottaient dans un liquide vert (ou peut-être n’était-ce dû qu’à la lumière ambiante) semblaient immobiles, mais je n’aurais pu en jurer. À plusieurs reprises, je crus capter un léger mouvement du coin de l’œil dans une des cuves que je ne regardais pas. Sans doute une interprétation subjective de mes craintes. Depuis le temps que ces créatures étaient coincées là-dedans, il était peu probable qu’elles soient encore en vie, même si elles l’avaient été un jour dans ces cuves. J’aurais néanmoins préféré en être certain.
 
Une fois la statue dépassée, nous remarquâmes une porte au fond du hall avec l’habituelle lueur verte qui filtrait en-dessous. Quelque peu impatient, j’ouvris la porte sans grande précaution. Nous étions dans les quartiers privés du théran et nous n’avions rencontré aucun piège depuis que nous étions entrés dans le sanctuaire, je ne voyais pas pourquoi cela changerait soudainement.
Je pénétrai dans une vaste pièce rectangulaire qui contenait pour seul mobilier un vaste et étrange trône posé sur un énorme mécanisme de cristal verdâtre. Répartis de manière régulière dans les quatre murs, des fenêtres donnaient, comme des hublots, sur le contenu de nouvelles cuves. Mais cette fois, point de monstre horrible ou d’expérience répugnante, il s’agissait de corps tout à fait humanoïdes – elfiques plus précisément – et parfaitement proportionnés. Au total, il y avait deux hommes et huit femmes. Toutes semblaient identiques, ce qui m’étonna un peu.
 
Lors de nos déplacements, nous aperçûmes une étrange et inquiétante créature repliée derrière le trône. Essentiellement mécanique, elle devait mesurer près de trois mètres une fois déplié. Le milieu de son corps était constitué d’un caisson de verre qui contenait un vrai squelette. Encore un truc bien glauque qui ne m’inspirait que dégoût et méfiance. Visiblement, une mise en application des recherches aperçues dans le laboratoire.
Nos trois autres compagnons nous avaient rejoint entre-temps et nous étions tous les six dans la pièce. Il n’y avait aucun mécanisme dans les murs pour provoquer l’ouverture d’une cuve. Firrada remarqua cependant que les accoudoirs du trône étaient abondamment garnis de boutons, leviers et autres mécanismes de commandes mais dont l’usage restait difficile à déterminer.
 
Je songeai alors que peut-être que certains mécanismes ne s’activaient qu’en présence du maître des lieux. Je ressortis pour aller me camper devant la statue de Nur-Athemon et examiner son visage. Si je parvenais à prendre son apparence, cela pourrait nous aider.
Alors que je la fixai, la statue s’anima brusquement, me faisant sursauter de surpris et d’effroi.
Quelques instants plus tard, j’accourrai vers mes amis, suivi par une statue de 4 mètres dont le corps semblait désormais constitué de métal et non de pierre. Il y eu un flottement de surprise dans la pièce et mes compagnons d’armes hésitèrent face à l’apparition. Les autres étant quasiment immobiles, la statue continua de s’en prendre à moi et je dus esquiver un monumental coup de poing. Thregaz fut le premier à arriver dans le combat. Il asséna un coup à la statue et reçut en retour une riposte qui le jeta à terre. Ghorghor et les tisseurs de filaments entrèrent dans la danse, soutenus par le chant d’exaltation de Sekra et la créature dut bientôt faire face à des offensives venant de toutes parts.
Je parvins à esquiver une nouvelle attaque et manœuvrai pour me replacer derrière lui, hors de portée de ses redoutables poings. Je le frappai avec plus de précision que de force au creux de reins au moment où il se précipitait vers So’tek. Mon coup provoqua un raté mécanique au niveau d’une jambe et entraîna sa chute. Tout le monde se rua alors sur lui pour en finir et éviter qu’il ne se relève. La statue encaissa stoïquement les coups et parvint à se redresser péniblement mais pour mieux retomber, vaincue par l’accumulation des dommages physiques et magiques. Finalement, hormis le troll qui avait encore encaissé un rude coup, nous nous en étions bien sortis.
 
Alors que les costauds écartaient les restes de notre adversaire, Firrada et So’tek reprirent leur examen sur le trône. Selon la trolle, il fallait que quelqu’un s’asseye sur le trône afin d’en prendre psychiquement le contrôle et comprendre l’usage de toutes ces commandes.
Compte tenu qu’il fallait certainement un mental fort, je conseillai elle ou So’tek. Selon Firrada, la détermination et l’objectif était tout aussi important dans cette affaire. Elle estimait que j’étais le premier concerné et le plus motivé à résoudre cette quête et à obtenir un corps. En plus, si je prenais place sur le trône, nous aurions deux esprits – avec Miraëlan – pour faire face aux éventuelles résistances.
Déjà que j’étais assez peu à l’aise dans les combats physiques, alors les combats mentaux… ça ne m’emballait pas plus que cela. Néanmoins, je comprenais le bien-fondé de sa remarque et de ce qu’elle sous-entendait. En d’autres termes, ça voulait dire « c’est toi qui a voulu venir là pour aider ta copine, donc c’est à vous de vous bouger pour finir le boulot ! ». Avec la puissance de l’esprit de ma princesse, on pouvait avoir une chance. Je sentais que j’allais encore faire le spectateur.
 
Je tentai de prendre contact avec Miraëlan. Cela faisait plusieurs jours que je l’avais quitté et je n’avais jamais essayé de la contacter depuis notre arrivée dans ce secteur de Parlainth. Elle répondit assez rapidement.
« - Oui mon chéri ? Comment vas-tu et où en es-tu ?
- Nous sommes tout près de ce que nous souhaitions. Nous avons trouvé les corps et il faut désormais y accéder. Pour ce faire, il faut prendre le contrôle de ce trône et il ne sera sans doute pas d’accord. Tu peux m’aider ?
- Mais c’est merveilleux ! Tu as réussi ! Je savais que tu réussirais, mon héros !
- … Heu… enfin, je ne suis pas tout seul non plus…
- Mais c’est toi qu’ils suivent et c’est toi qui les mène.
- Hum… je ne l’aurais pas vraiment dit comme cela…
- Qu’importe ! Tu as réussi et c’est l’essentiel. Il ne reste plus qu’à s’occuper de ce trône et je pourrai faire mon choix. Bon, un duel mental, c’est plutôt à moi de mener le combat cette fois. Restes en arrière et essaies de m’aider comme tu le peux mais sans trop t’exposer. Je ne voudrais surtout pas te perdre maintenant que je vais avoir un corps. »
 
Non sans arrière-pensées et avec de sérieux doutes, je pris place sur l’étrange trône posé sur l’énorme rouage de cristal vert. J’eus l’impression de m’enfoncer profondément dans le fauteuil, qui m’accueillit comme un lit de plumes… mais pour mieux m’enserrer dans son emprise. Une présence s’infiltra dans mon esprit ; une entité hostile, froide et impitoyable qui tentait de me dominer. Miraëlan se manifesta immédiatement, desserrant l’étau mental. Celui-ci marqua un instant de surprise puis revint à l’assaut avec plus de détermination.
De mon côté, je n’avais pas grand-chose à opposer à la puissance des assauts lancés par cet esprit envahissant. Ce fut ce que je perçu de sa personnalité, en rupture totale avec mes propres valeurs et aspirations, qui me donna une idée. J’entonnai mentalement la geste de l’aventurier Jack l’Argenté et de la troubadour Tania Doigts-légers, un couple mythique qui donna naissance à une des plus belles ballades de Barsaive. Elle raconte les pérégrinations héroïques de ce couple, le tout sur un fond d’amour, de liberté et de tolérance. Bref, une source d’inspiration rêvée pour deux chantres d’Astendar comme Mira et moi. Ce chant, et tout ce qu’il véhiculait, renforça nos esprits qui s’unirent pour s’opposer plus efficacement à la noirceur de notre adversaire. Nous étions feu et lumière contre la glace et les ténèbres. L’entité spectrale se gaussa de nos efforts et poursuivit ses assauts, nous blessant cruellement et instillant en nous ses souvenirs d’une vie d’égoïsme et de solitude.
 
Dans le même temps, dans la pièce où nous luttions et où se tenaient nos amis, l’automate squelettique se déplia et s’anima. Ses griffes tranchantes traçaient des sillons sanglants dans nos combattants alors que le squelette faisait usage de magie. Notre groupe, une fois passé un temps de surprise, s’organisa mais le surnombre ne lui permettait pas de prendre l’ascendant sur ce redoutable ennemi.
 
Sur le trône, le combat spirituel continuait. L’entité qui subsistait de ce qui fut Nur-Athemon engagea une nouvelle offensive. Cette fois, notre front commun parvint à le repousser, non sans dommages pour nos esprits, et nous parvînmes à prendre l’avantage sur le contrôle du trône. Je sentis Mira transportée d’allégresse par anticipation à tous les pouvoirs et connaissances à portée de son esprit. Je restai concentré et nous pûmes bientôt nous débarrasser définitivement de l’entité spectrale qui gardait le trône.
Nous eûmes alors conscience du combat qui se déroulait dans la pièce et nous y mîmes fin rapidement, au grand soulagement de mes compagnons.

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Chapitre 58 - Les catacombes de Parlainth
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