Suivi de la campagne Earthdawn des Lions de Pierre, 5ème saison et de leurs avatars à Metal adventures.
 
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 Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar
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Messages : 624

MessageSujet: Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude   Lun 8 Mai - 17:12

Chapitre 57 – Le bastion d’émeraude
 
Au petit matin, dans un ciel limpide, le drakkar troll dominait la zone de combat du secteur ouest de Parlainth. Nous observions les mouvements des protagonistes qui s’affrontaient plus bas. Des créatures animées, regroupées en factions, luttaient pour la conquérir tel ou tel bâtiment en ruines ou lopin de terrain ravagé afin d’affaiblir leurs rivaux et prendre le contrôle du secteur. Ce combat durait depuis longtemps et n’aurait sans doute jamais de vainqueur. Puisque les combattants n’étaient que des créations animées, des golems fait de bric et de broc, ils ne pouvaient mourir et revenaient sans cesse. Un affrontement perpétuel, une partie d’échecs sans fin.
 
Les précédentes observations de Thregaz et So’tek leur avaient permis d’identifier les forces en présence et de comprendre un peu leurs mouvements. Nous profitâmes de la diversion d’une offensive sur un front pour descendre en rappel à proximité des fortifications que nous avions identifiées comme étant notre porte d’entrée dans les catacombes, hormis Ghorghor et Thregaz qui n’avaient nul besoin d’une corde.
Alors que So’tek n’était plus qu’à quelques mètres de toucher terre, une énorme créature insectoïde bondit sur lui et l’attrapa au passage. L’armurier nain et l’écumeur du ciel troll se portèrent à son secours pendant que les autres restaient vigilants et sécurisaient la zone d’arrivée. Après une rapide et vigoureuse explication avec l’espèce de mante religieuse géante qui avait voulu faire de notre nécromancien son casse-croûte, Thregaz et Ghorghor ramenèrent So’tek et le groupe progressa alors, à travers un fouillis de ronces et de buissons secs, vers un bâtiment fortifié qui scintillait d’une étrange lueur d’une vert émeraude assez malsain. 
 
Arrivé à une centaine de mètre de distance, je demandai aux autres de rester dissimulés derrière un affleurement rocher et je partis en éclaireur afin de trouver un accès. L’entrée principale du bastion nous faisait face, comme une gueule de ténèbres qui semblait absorber la lumière elle-même. La voie me paraissait très exposée et aussi engageante qu’une valse avec une orke bourrée. J’entrepris de contourner l’imposant bâtiment par la gauche, en progressant toujours avec une discrétion que j’espérais suffisante pour tromper d’éventuelles sentinelles.
Parvenu à l’arrière, j’aperçus une seconde entrée, moins accessible mais à peine moins menaçante. Peu satisfait et très méfiant, je poursuivis mon exploration et découvris finalement une troisième voie d’accès, un chemin dissimulé et visiblement peu emprunté. Je retournai chercher le groupe et je parvins à les ramener à cet endroit sans que nous ne soyons repérés.
 
Vu la configuration des lieux, je ne m’attendais pas trop à des gardes mais des chausse-trappes étaient à craindre. Je ne fus pas déçu : au somment de la rampe d’accès en pierre, je repérai un piège. C’était un modèle des plus vicieux, un piège à lames relié à des clochettes qui donneraient immédiatement l’alarme tout en nous blessant cruellement. Ma vision astrale nouvellement acquise me permit de constater que ce n’était pas un simple piège mécanique mais une belle saloperie bricolée avec une magie maléfique. Après une observation minutieuse de l’assemblage, je parvins à passer grâce à mon adresse mais sans parvenir à bloquer tous les pièges. Thregaz passa en second et déclencha un joli concert de clochettes. Nous détruisîmes alors de piège et fonçâmes vers l’entrée pour tenter de devancer les gardes et éviter d’être maintenus à l’extérieur.
 
Nous pénétrâmes vivement dans une pièce sombre alors que résonnaient encore le son de l’alarme. Nous perçûmes des bruits de pas et d’autres sons moins aisément identifiables qui paraissaient résonner dans toute la bâtisse. La lueur de nos quartz luminescent étaient réfléchis par l’étrange matière verdâtre qui parcourait les murs de manière assez anarchique, tout en semblant être absorbée par les ténèbres ambiantes, conférant à la scène une ambiance glauque et encore plus menaçante par son étrangeté et sa froideur. La pièce dans laquelle nous entrâmes à la queue-leu-leu était assez modeste et servait vraisemblablement de hall d’entrée. Elle montrait quatre portes mais, après quelques secondes passées à m’orienter, je déterminai que seules la double porte à ma droite et la porte discrète derrière moi pouvaient nous rapprocher de l’escalier central du bastion qui pourrait nous mener aux catacombes. Alors que je m’apprêtais à en faire part à mes compagnons, nous entendîmes d’étranges raclements provenir de la double porte. Juste après, celle-ci vola en éclats et un énorme automate, assemblé à partir de différents matériaux tels que du métal, du bois ou encore des membres ayant appartenu à des donneurs-de-noms, se jeta sur le groupe. Il fut rapidement intercepté par nos combattants de choc.
 
Alors qu’une confrontation violente avait lieu au seuil de notre pièce, je décidai de partir en exploration vers une autre porte. L’endroit actuel était trop exigu pour que le groupe puisse se déployer pour faire efficacement face à la menace et seuls nos deux meilleurs guerriers combattaient, non sans se gêner par moment.
Après avoir poussé la porte discrète que j’avais remarqué derrière moi, je pénétrai dans ce que j’identifiai bientôt comme un dortoir abandonné et poussiéreux. Alors que mes yeux peinaient à s’accoutumer à la lueur chiche et étrangement réfléchit par la substance verdâtre des murs, un groupe d’hommes de paille m’attaqua.
Sans être puissants ni réellement dangereux individuellement, leur nombre et le fait que la pénombre ne les gênait aucunement leur donna un avantage qu’ils exploitèrent sans vergogne. J’aurais sans doute été submergé par le nombre sans l’arrivé opportune de So’tek qui m’épaula avec quelques sorts qui firent exploser quelques-unes des créatures et provoqua un arrêt brusque dans leur avancée. Après avoir pris la mesure de mes adversaires – et quelques blessures - je contre-attaquai avec plus de réussite, aidé en cela par une torche lancée au milieu de la pièce qui déclencha une certaine panique au sein des rangs ennemis.
 
Dans la pièce voisine, les cris de victoire de Thregaz et Ghorghor indiquèrent que leur automate avait cessé d’être un problème et qu’ils allaient certainement bientôt nous rejoindre pour nous aider à nettoyer aussi cette pièce.
Soutenu par So’tek et Sekra, je poussai mon avantage et les derniers hommes de paille s’enfuirent bientôt. Toutefois, ils furent rapidement remplacés par d’autres créatures qui nous lançaient des pieux de bois depuis l’obscurité du fond du dortoir. Je tentai de récupérer la torche au centre de la pièce mais je dus faire une esquive désespérée pour éviter un projectile qui me visait. Je roulai vers un lit rudimentaire mais qui était encore en un seul morceau. Je l’empoignai pour m’en servir comme protection puis avançai vers le fond de la pièce, sans trop voir ou j’allai mais avec So’tek sur mon côté droit. Les autres étaient en train de nous rejoindre et le nombre cesserait bientôt d’être un avantage pour l’ennemi. Du moins je l’espérais.
 
Soudain, un homme de paille surgit des ténèbres à ma gauche et un homme de bois m’assaillit de front. Je lançai le lit sur l’homme de bois pour le gêner et esquivai l’attaque de l’homme de paille. L’homme de bois évita mon projectile et entreprit de m’attaquer de flanc. Brusquement, il explosa sous une puissante déflagration magique, ce qui éparpilla des échardes de bois dans toutes les directions, avec une nette préférence pour celle de mon ventre, néanmoins. Coupé en deux par l’explosion et la douleur, je fus projeté et retombai durement sur le lit que je tenais quelques secondes auparavant. Je roulai sur celui-ci pour éviter une nouvelle attaque de l’homme de paille, toujours bien décidé à me faire passer le goût de vivre.
 
J’aperçus du coin de l’œil Thregaz qui arrivait à mon secours, comme toujours. Toutefois, son expression semblait tellement blasée et distante que je le gardai dans mon champ de vision. Bien m’en prit car le moulinet destiné à l’homme de paille fut si ample que j’étais aussi sur la trajectoire. J’esquivai le coup de justesse et m’éloignai de cet endroit décidément trop périlleux pour moi, surtout que mes frères d’armes me semblaient tout aussi dangereux que les créatures qui peuplaient la place. J’allai engager le combat avec un homme de bois un peu plus loin et m’en débarrassai sans trop de difficultés. 
 
Une fois le dortoir nettoyé de toutes ses créatures hostiles, nous nous regroupâmes. Ce premier combat avait déjà apporté son lot de blessures. Ghorghor et Thregaz semblaient avoir pas mal souffert face à leur automate. De mon côté, ce n’était pas bien brillant non plus et mon ventre me tiraillait méchamment à chaque mouvement un peu brusque.
Accompagnés par une visibilité toujours réduite, nous nous rendîmes vers l’autre accès du dortoir.
Le couloir qui lequel donnait le dortoir avait un mur intégralement constitué de cette étrange substance verte solidifiée, ce qui nous apporta un surcroît de clarté mais sans améliorer vraiment le moral. Plus loin, une double porte faisait face à une porte simple et le couloir se poursuivait au-delà, dans les ténèbres.
Je m’intéressai à la double porte que je pensais nous rapprocher du centre du bâtiment et l’ouvris avec moult précautions. J’entrevis une pièce circulaire aux murs entièrement vert et de laquelle descendaient des escaliers en colimaçon. Sur le mur en face, une rune semblait monter la garde. Je prévins So’tek et Firrada et tous deux vinrent examiner l’inscription magique. Après quelques instants, ils estimèrent que la rune était sans danger direct pour nous mais semblait liée au domaine astral.
 
À peine rassuré, j’entrepris de descendre prudemment les marches, tout en enjoignant le reste du groupe de m’attendre là. Après une descente lente mais sans encombres que j’estimais d’une bonne dizaine de mètres, je parvins au palier inférieur et je me trouvai presque au contact immédiat avec deux énormes gardiens de métal. Alors que ces derniers se tournaient vers moi, je battis précipitamment en retraite, sans être poursuivis.
Je revins au palier supérieur pour trouver le reste du groupe en pleine discussion avec un autre gardien, encore plus massif et capable de faire passer Thregaz pour un gringalet. Ce dernier s’appelait Crusher et était le chef de la faction qui tenait ce fort. Même s’il n’est pas ravi de notre présence, il semble peu désireux d’engager immédiatement les hostilités et cherchait à négocier. Peut-être que notre incursion avait mis à mal ses troupes et qu’il ne souhaitait pas poursuivre une hémorragie qui pourrait être mise à profit par l’un de ses concurrents.
Il se montra assez intéressé par notre intention d’explorer les catacombes et nous proposa un marché : il nous laissait accéder au niveau inférieur par chez lui et nous laisserait remonter par le même endroit si nous lui ramenions la tête du sorcier théran qui sévissait en-dessous de son bastion.
Devant le peu d’alternatives à cette proposition, nous l’acceptâmes. Rien ne nous empêchait ensuite d’essayer de trouver une autre issue mais cela risquait de ne pas être une partie de plaisir.
Je fis part aux autres de ce que j’avais rencontré à l’étage inférieur et nous nous mîmes en route, les deux guerriers en tête, cette fois.
 
Une fois au niveau inférieur, nous remarquâmes que l’effet d’absorption de lumière s’estompait et nos quartz et nos torches éclairaient désormais normalement, du moins telle était notre impression.
Les deux gardiens métalliques nous attendaient, fidèles à leur poste. Je notai qu’ils étaient équipés de gigantesques faux. Cela n’apparaissait pas très maniable mais cela devait permettre de tenir les adversaires à distance. Thregaz avança d’un pas vers le premier gardien et nous pûmes constater à quel point la faux était une arme efficace entre des mains expertes. Le troll n’eut pas le temps de parer le coup et le reçut en pleine poitrine. Il retomba parmi nous, inanimé.
Il va sans dire que ce coup d’éclat jeta un certain trouble au sein du groupe. Notre meilleur combattant s’était fait coucher en un seul coup. Il était déjà blessé, mais cela n’enleva pas grand-chose à la performance.
Ghorghor prit une position défensive pendant que Firrada et So’tek évacuait l’écumeur du ciel vers l’arrière pour lui prodiguer quelques soins. Le troll reprit bientôt ses esprits et il n’était pas content.
Alors que Thregaz se remettait péniblement, Ghorghor attaqua à son tour, épaulé par la magie de So’tek et celle de Firrada. Malgré tout, la créature encaissait les chocs sans sembler les ressentir et délivrait des coups à notre armurier nain qui, pourtant bien protégé, apprécia assez mal le traitement. Le pire était que le second gardien s’était mis en retrait et n’intervenait pas.
La situation était critique. Notre groupe était coincé face à des adversaires très coriaces et le renoncement n’était pas une option avec ce qui nous attendait à l’étage supérieur en cas d’échec.
 
Depuis l’arrière, je ne voyais pas grand-chose de la situation. Bien décidé à prendre de la hauteur, je demandai à Firrada l’autorisation de l’escalader afin d’avoir une ligne de vue. Celle-ci cilla de surprise face à ma question que je dus répéter. Elle failli se vexer puis se calma et compris que ce n’était ni facétie ni caprice de ma part. Elle me donna son accord à regret et je grimpai le long de son dos avec toute la délicatesse dont j’étais capable dans une telle situation.
Escaler une trolle ! Encore un truc à ajouter à ma liste de trucs insolites ou débiles que j’aurai fait dans ma carrière d’aventurier.
 
Depuis ma nouvelle position, j’observai la situation et celle-ci ne m’apparut pas fameuse pour nous. Le premier gardien se battait avec constance, sans faiblir, sous l’œil vigilant de son compagnon, prêt à prendre le relais. En revanche, si je pouvais amener le second à entrer dans la mêlée, ils se gêneraient à coup sûr. Je chargeai mon arbalète, visai un point que j’espérai sensible puis décochai mon trait. Celui-ci fusa et heurta un défaut d’armure. Le résultat fut fort différent de ce que j’escomptai puisque la créature s’immobilisa complétement, comme « éteinte ». Avais-je touché un point faible qui l’avait désactivé ? Je communiquai l’information à Ghorghor qui concentra ses attaques sur la même zone. Quelques instants plus tard, le premier gardien cessa d’attaquer à son tour. Ghorghor souffla un instant, comme le reste du groupe, puis s’avança vers le second gardien qui se réactiva alors et attaqua le nain.
De son côté, Thregaz avança vers le premier gardien et tenta de séparer la tête du corps pour en finir, mais en vain. Rageur, il saisit la créature et la projeta sur l’adversaire de Ghorghor mais celui-ci esquiva le projectile. Au moins, le premier construct semblait avoir son compte et ne bougeait plus. C’était déjà ça.
Thregaz s’élança pour aider Ghorghor… et reçut un sort dans le dos, envoyé par Firrada. La trolle n’avait pas anticipé le mouvement de l’écumeur du ciel et pensait blesser le second gardien. Thregaz s’effondra une nouvelle fois sous les yeux consternés du groupe.
Je fonçai aider Ghorghor contre son adversaire, soutenus par So’tek et Firrada, soucieuse de racheter sa maladresse. Seul et harcelé sur plusieurs côtés, le gardien moulina tant et plus de sa faux mais il ne put nous contenir bien longtemps et s’effondra bientôt au sol, à quelques pas de l’autre.     
 
So’tek se précipita pour vérifier l’état de notre malchanceux troll. À voir son air soucieux, les nouvelles n’étaient pas bonnes et il dut faire appel à ses pouvoirs pour le ramener parmi les vivants.
J’indiquai au groupe de trouver un endroit où faire une pause afin de permettre à Thregaz de se remettre. De mon côté, j’entrepris une reconnaissance des environs, histoire de sécuriser notre nouvel environnement et trouver un endroit plus adapté pour un vrai repos. La première salle dans laquelle je m’aventurai me plaça de suite sur le qui-vive. Les odeurs de décomposition et d’autres choses écœurantes qui planaient dans l’air ne m’inspiraient aucune confiance. À la lueur de mon quartz lumineux, je découvris une salle d’expérience qui contenait des corps mutilés et des assemblages contre-nature avec des corps d’araignée de la taille d’un gros chien. Tout cela me rappelait un peu trop les invaës et les cauchemars qui s’en étaient suivis. Je battis prudemment en retrait et refermai soigneusement la porte. Aucune chance de trouver le moindre repos ou réconfort dans un tel endroit. Encore sous le coup de l’émotion, je continuai dans le couloir qui desservait la zone et manquai de tomber dans un piège à pieux qui s’ouvrit sous mes pas. J’effectuai un rétablissement désespéré et j’eus le temps d’apercevoir une étrange araignée au fond de la fosse, prête à me recevoir. Je pris du recul et m’élançai pour sauter de l’autre alors que la trappe se refermai grâce à un mécanisme que j’entendu cliqueter. Je me reçus sans trop de difficultés de l’autre côté mais me cognai immédiatement dans une porte qui était située un mètre derrière le piège. Cette porte était entrouverte et je passai prudemment la tête et ma main qui tenait mon quartz. La pièce faiblement éclairée montrait de belles toiles d’araignée et, ici ou là, les reflets rougeâtre de petits yeux malfaisants. Une fois encore, tout ceci ne me disait rien qui vaille et j’entrepris de faire demi-tour et d’aller retrouver mes compagnons. Je me retournai au moment où le piège achevait de se refermer. Toutefois, je n’avais, cette fois, pas de place pour prendre du recul avant de sauter par-dessus.
Après quelques secondes de réflexion, je chargeai mon arbalète, déclenchai le piège d’un coup de talon puis, d’un carreau, clouai l’araignée qui se déplaçait au fond. Soudainement, celle-ci sembla se rendre éthérée et mon carreau tomba au sol, parmi les pieux. La créature alla se dissimuler dans une anfractuosité, sur un des bords du piège où je ne pouvais ni l’atteindre, ni la voir. Espérant qu’elle soit tout de même blessée, je préférai tenter le tout pour le tout avant qu’elle ne soit prête à me sauter dessus si je ratai mon saut.
C’est d’ailleurs ce qui failli arriver. Sans élan, je ne pus que sauter et me raccrocher de justesse au rebord de l’autre côté, les pieds dans le vide du piège. Je peinais à me remonter, blessé, fatigué et tirer en arrière par mon matériel. J’imaginai déjà la sournoise créature remonter le mur en direction de mes jambes vulnérables.
 
Ce furent mes cris d’angoisse et d’appel à l’aide qui attirèrent finalement Ghorghor et So’tek. Ils me trouvèrent en pleine panique, suspendu au bord du trou. Le nain me remonta et jeta un coup d’œil dans le trou, sans apercevoir la moindre araignée. Seule mon imagination et mes angoisses avaient failli causer ma perte.
Alors que je me remettais à grand peine de mes émotions, So’tek me confia qu’il trouvait que quelque chose clochait avec Thregaz. Il l’avait ramené de la mort avec nettement plus de facilité que les autres personnes sur lesquelles il avait pratiqué ses talents. Il avait eu l’impression qu’il n’avait fait qu’accompagner un mouvement déjà en cours.
De mon côté, je leur racontais ce que j’avais aperçu dans les salles environnantes. Ils avaient laissé le troll à la garde de Firadda et Sekra et nous décidâmes d’approfondir l’exploration tous les trois, ce qui serait moins risqué que pour un éclaireur seul et trouillard.
 
So’tek se montra intéressé par la salle avec les expériences sur les corps. Bien que réticent à y retourner, je les menai à la porte. Je restai sur le seuil, tant par répulsion pour ce que contenait cet infect laboratoire que pour surveiller le couloir. Pendant que le petit nécromancien observait avec attention les opérations faites sur les corps, Ghorghor se baladait dans la pièce, examinant avec une curiosité teintée de dégoût ce qu’il trouvait dans les divers seaux et cuves. À force de se promener ici et là, il marcha sur une dalle piégée : une cage lui tomba dessus et le squelette qu’elle contenait déjà lui sauta dessus également. So’tek se retourna et tissa vivement un sortilège qui réduisit le squelette en un petit tas d’ossement inoffensif. Nous soulevâmes ensuite la cage pour libérer l’armurier. Après quelques remerciements, Ghorghor reprit son inspection des lieux et s’intéressa cette fois à l’architecture de la pièce. Ses recherches furent bientôt couronnées de succès et il découvrit un passage secret. Celui-ci nous mena à un couloir qui - une fois une autre porte secrète débloquée - débouchait dans une pièce assez vaste qui faisait office de caveau et où reposait huit tombeaux. L’endroit recelait encore une odeur âcre de cendre froide qui venait du brasero posé au centre de la salle. Ici et là, des toiles d’araignée offraient des obstacles supplémentaires. Nous nous déplaçâmes avec précaution vers la seule porte visible qui donnait sur ce caveau.
Lors de mes déplacements, un rapide examen me permit de constater que les tombeaux étaient piégés mais personne n’en doutait. Malgré ma prudence, je heurtai légèrement l’un d’entre eux et déclenchai un sortilège de vigilance sous la forme d’une espèce d’œil spectral qui scruta brièvement la pièce. Nous nous immobilisâmes et l’œil finit par disparaître sans autre conséquence.
 
J’ouvris la porte après avoir vérifié quelle ne comportait pas, elle aussi, de piège ou mécanisme d’alarme. Nous accédâmes alors à un large couloir transversal qui s’étirait vers la droite. Le mur de gauche comportait une porte et une autre porte nous faisait face. Un tas de gravats gênait la progression vers la droite, une main squelettique semblant nous narguer en son centre. Un bref examen au plafond montra qu’un type avait reçu une partie du plafond suite au creusement d’une créature. Ghorghor remarqua que la porte de gauche disposait d’une serrure assez élaborée. Il ne pensait pas pouvoir la crocheter mais la porte en elle-même n’avait pas l’air bien solide, selon lui. Malgré nos regards perplexes, le nain remonta un peu le couloir pour prendre de l’élan et se jeta sur la porte. Gêné par les gravats, son impact manqua de puissance et il s’écrasa assez rudement contre la porte qui frémit à peine. Revanchard, Ghorghor fit une nouvelle tentative, en évitant les gravats mais sans obtenir plus de résultats sinon d’avoir encore plus mal à l’épaule. Finalement, il nous déclara qu’on devrait examiner les autres issues de cet endroit.
Réprimant un sourire, j’examinai la porte en face puis l’ouvrit une fois certain qu’elle n’abritait pas de mauvaise surprise. Nous arrivâmes dans la salle que j’avais aperçue par la porte entrouverte après le piège de l’araignée. Un examen plus attentif montra encore plus de toiles que je l’avais pressenti, de la poussière, un cadavre desséché et quelques objets rouillés ou cassés. Je demandai à Ghorghor de nous faire un passage en brûlant ce qu’il pourrait avec la torche. La toile s’enflamma rapidement et dégagea une fumée déplaisante qu’aucun courant d’air ne contribuait à dissiper. Certains objets pris dans la toile cliquetèrent alors qu’une grosse araignée se déplaçait rapidement et quitta précipitamment la pièce par la porte entrouverte dans le mur d’en face.
Pendant que le nain nous frayait un passage, je récupérai un peu de menue monnaie ici et là. Je découvris également un joli saphir au milieu de la poussière. Un si bel objet méritait un plus bel écrin que cet endroit repoussant. La gorge du futur corps de Miraëlan sera à coup sûr plus approprié. Cette simple idée me redonna un peu le sourire.
 
Ghorghor ayant terminé son ouvrage, je m’arrachai à ma rêverie et repris la tête du groupe. À peine avais-je fais un pas hors de la pièce que je déclenchai une nouvelle fosse à pieux garnie d’araignées. Je me rétabli de justesse et sautai ensuite de l’autre côté. Ghorghor suivit le mouvement puis So’tek s’élança à son tour. C’est à ce moment-là que les choses allèrent de mal en pis.
Le nécromancien rata son saut et serait tombé dans le trou sans la poigne secourable du nain. Pendant que Ghorghor hissait So’tek hors du trou, une araignée remonta la paroi et piqua la queue du t’skrang.
Alors que So’tek – grimaçant de douleur – sortait du trou, une étrange obscurité nous tomba lentement dessus. Nous eûmes eu le temps d’apercevoir une porte derrière la fosse que nous venions de franchir, et une seconde à cinq mètres plus à droite, dans le même mur. Plus loin à droite, le couloir était fermé par une herse.  Ghorghor tenta d’ouvrir la première porte, en vain. Nous nous dirigeâmes vers la seconde et So’tek nous prévint qu’il avait de plus en plus de difficulté à tenir debout. Le nain soutint le nécromancien et progressa vers la seconde porte. Ce fut le moment que choisit une araignée pour me tomber dessus. Je gigotai et me débattis tant et si bien qu’elle ne parvint pas à me piquer, ni moi à m’en défaire. J’aperçus dans la pénombre environnante que Ghorghor subissait le même type d’attaque. Au bord de la panique, je me jetai dos contre le mur à plusieurs reprises afin de déloger cette saloperie. Je parvins enfin à la décrocher de mon dos. Je pivotai pour la planter de ma lame mais ne rencontrai que le sol en pierre : elle s’était déjà rendu éthérée et filait vers le trou du piège à pieux. La brume sombre se dissipa progressivement et j’aperçus mes deux potes à terre, tous deux empoisonnés et incapables de bouger. Au bord de la panique, je poussai la porte derrière eux, celle-ci n’était pas fermée par chance (du moins le crus-je sur le moment) et je tirai mes amis à l’intérieur de la pièce puis refermai vivement la porte et plaçai le corps du nain appuyé dessus.
 
Je me retournai pour observer la pièce à la faible lueur de mon quartz. De larges dalles à la décoration passée par le temps et l’usure s’étendaient sous mes pas. Le léger écho des sons laissait à penser que l’endroit était vaste. Une odeur persistante de moisissure flottait en ces lieux qui mettaient tous mes sens aux aguets. C’est à ce moment-là que retentit une voix d’outre-tombe, à la fois caverneuse et grinçante :
« Qui se prrrésente en ces lieux ? Qui ose trrroubler la quiétude de mes quarrrtiers ?
- Heu… juste quelques visiteurs de passage. On ne va pas rester longtemps… juste le temps que je remette mes compagnons sur pieds et nous repartons, lançai-je à la cantonade et sur un ton que je voulais respectueux. »
Une faible lueur se fit au fond de la pièce, dévoilant nos hôtes. Un squelette vêtu d’une toge miteuse d’un rouge cramoisi était assis sur un trône, entouré de deux autres. Tous étaient armés.
« Apprrroche, humain !
La voix était impérieuse et menaçante. Je sentis également une certaine impatience. Pourtant, le temps n’avait plus de prise sur lui. Que lui importait que je vienne rapidement ou pas ? Je jetai un regard désolé à mes deux compagnons à terre, à peine conscients et incapables de bouger. Il me fallait gagner du temps.
«  J’arrive votre seigneurie. Le temps de m’occuper un peu de mes pauvres compagnons et je suis à vous. Cela ne prendra qu’un instant »
Visiblement, un instant, c’était déjà trop pour lui et il m’envoya ses deux sbires qui me soulevèrent par les bras et me ramenèrent à leur maître, interrompant les premiers secours que j’avais entrepris.
« Qu’avons-nous là ? Sais-tu qui je suis, misérrrable humain ?
- Heu… non votre Honneur…, répondis-je en me forçant à ne pas trembler. »
L’étau glacé de la poigne de ses gardes me mettait au supplice.
« Je suis Gorrrloth, le maîtrrre des ossements et seigneurrr de ces lieux. Connais-tu un peu l’histoirrre de cet endrrroit, morrrtel ?
- Je suis enchanté de vous rencontrer, votre seignerie. C’est grand honneur que vous me faites… mais… heu… écoutez, je serais ravi de discuter avec vous mais mes amis sont au plus mal. Sitôt qu’ils seront tirés d’affaire, je reviendrai pour discuter avec vous.
- Impudent ! Tu mérrriterrrais une leçon ! Mais je serrrai clément. Je t’accorrrde quelques instants pourrr fairrre ce que tu dois et ensuite tu pourrras partirrr avec le nain et tu me laisserrras l’autrrre.
- So’tek ?! Heu… très bien votre honneur. Il en sera fait selon vos désirs, bredouillai-je de désarroi.
- À la bonne heurrre ! Tu peux te rrretirer. »
 
Je filai vers mes amis et repris mes soins. Après quelques instants, il fallut me rendre à la terrible évidence : le cataplasme de Kelix n’agissait pas sur ce fichu poison paralysant.
 Il me revint alors le souvenir d’une sortie avec Jorr. Nous avions retrouvé une vache égarée en pleine nuit mais cette dernière semblait incapable de se déplacer. Après un examen attentif, l’éclaireur avait délogé une grosse araignée qui pondait déjà ses rejetons dans la vache. Il m’avait alors précisé que c’était une araignée lunaire – une belle saloperie selon lui – et que seul le feu pouvait neutraliser son poison.
Je récupérai la torche de So’tek qui se consumait faiblement au sol, cherchai leurs blessures et les brûlai, tout en adressant une prière en forme de supplique à Garlen et Astendar. Même paralysés, mes compagnons grimacèrent de douleur. Il ne restait plus qu’à attendre. Je m’occupai utilement en leur prodiguant es soins classiques pour les autres blessures.
 
Gorloth finit par s’impatienter et s’avança vers nous, toujours escorté par les deux autres squelettes.
« Il suffit ! Prrrends le nain et parrrs ! »
Je perçus que les deux gardes avançaient à nouveau vers moi. Je me relevai puis me retournai vers eux en sortant mon arme, bien décidé à gagner encore un peu de temps.  
So’tek reprenait lentement le contrôle de son corps mais Ghorghor était toujours inerte. Voyant cela, Gorloth projeta un faisceau d’éclairs magiques qui plaquèrent le nécromancien t’skrang à terre et le réduisirent à l’impuissance.
De mon côté, j’attaquai les gardes squelettiques mais ils s’avérèrent trop forts pour moi et je fus bientôt jeté au sol. Un coup à la tête me plongea dans une ténébreuse inconscience.


Dernière édition par Valérian le Sam 10 Juin - 11:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude   Jeu 11 Mai - 11:25

Valérian a écrit:
<< à compléter car je ne sais plus trop pourquoi j’ai fait demi-tour. Il me semble que je n’avais pas aimé ce qu’il y avait derrière la porte mais mes souvenirs sont imprécis >>

Est-ce que cela te rafraichit la mémoire ?


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Valérian
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MessageSujet: Re: Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude   Jeu 11 Mai - 18:52

Sans plus, j'ai un vrai trou de mémoire sur ce passage précis et aucune note.
Je ne sais même plus si j'avais pu ouvrir la porte...  
Comme je jouais solo à ce moment-là, je ne prenais pas de notes en même temps et on s'est arrêté juste après.
Pas grave, on fera un petit rappel demain.
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Augure
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MessageSujet: Re: Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude   Jeu 11 Mai - 21:03

Justement, j'ai mis le plan pour que cela te revienne. Pour être plus précis : tu as jeté un oeil par la porte qui était déjà entrouverte, j'ai dévoilé la pièce... et je n'avais même pas lu la description que Valérian est parti en courant. Je ne sais pas si ce sont les toiles ou le cadavre, mais cela a fait son effet !
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Chapitre 57 - Le bastion d'émeraude
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