Suivi de la campagne des Lions de Pierre, 5ème saison
 
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 Chapitre 51 - Mauvaise surprise à Vräss

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 51 - Mauvaise surprise à Vräss    Sam 24 Sep - 11:39

Chapitre 51 – Mauvaise surprise à Vräss

 
Quelques jours plus tard, Ghorghor et moi fument de retour à Vräss. Nous nous rendîmes immédiatement au fort pour y déposer nos affaires. Sur place, nous trouvâmes Thregaz et toute sa famille qui venaient d’arriver dans la cour du fort. Les enfants de Monsieur jouaient sous l’œil vigilant des mères qui papillonnaient à tour de rôle autour de leur époux.
 
J’en vins une nouvelle fois à m’étonner de la simplicité et de la sérénité des relations au sein de la grande famille de mon ami troll. Chez les humains, la relation était exclusive – ou prétendue telle – et la jalousie monnaie courante. Ici, rien de tel et les épouses s’entendaient comme des sœurs. Tout semblait tellement limpide avec Thregaz.
Je n’avais qu’un fils et c’était déjà compliqué. Qu’une seule petite amie par région et c’était désormais beaucoup trop. D’un autre côté, avec l’arrivée de Miraëlan, il me fallait faire le vide autour de moi et mes relations sentimentales allaient rapidement se simplifier. Mais pas en bien.
 
Thregaz nous aperçut et vint vers nous. Nous décidâmes de l’informer des derniers évènements autour une chopine et nous descendîmes à l’auberge du village. À peine entrée, nous sentîmes immédiatement que l’ambiance était glaciale. Au premier coup d’œil, on comprenait rapidement pourquoi : un groupe imposant accoutré et armuré de noir occupait un côté de l’établissement. Quelques habitués s’étaient réfugiés à l’opposé de la pièce et ne levaient guère la tête de leurs gobelets, chuchotant timidement entre eux.
Thregaz et moi identifiâmes sans difficulté le groupe : la Légion du Crépuscule s’était installée à Vräss et c’était tout sauf une bonne nouvelle.
 
Nous avions rencontré ces chasseurs d’Horreurs il y a environ trois ans, dans le petit village d’Hanto qu’ils avaient mis en coupe réglée au motif qu’une fille bizarre y habitait. Nous avions réussi à débrouiller l’affaire, malgré une certaine intransigeance des légionnaires. Leur groupe y avait perdu deux membres : l’ork Kwamm qui n’était qu’une sombre brute plus intéressée par la spoliation et le pouvoir qu’il avait sur les gens que par son rôle de chasseurs d’Horreurs, et Maloniel qui était trop tendre pour ce groupe de teigneux et qui avait fait un bout de chemin avec nous avant de voler de ses propres ailes. Moltaa était toujours à leur tête et je reconnu également la vieille elfe Dalia Roses-Rouges. Ils avaient étoffé un peu leur groupe et certains n’évoquaient aucun souvenir pour moi, notamment une troll munie d’une énorme double-hache.
C’est cette dernière qui se leva et nous apostropha.
 
« Ah ! Enfin vous voilà ! Nous commencions à trouver le temps long, déclara-t-elle une fois que nous fûmes entrés.
Ses yeux étaient aussi vigilants qu’inexpressifs.
-  Maintenant on est là, répondit Thregaz avec un flegme qu’il était sans doute loin d’éprouver. Vous voulez quoi ?
- Toi ! répondit la troll en croissant les bras pour donner plus d’aplomb à sa réponse.
- Pardon !? s’étonna l’écumeur du ciel.
- Oui, il va falloir nous en dire un peu plus, intervins-je.
- Votre ami est corrompu par une Horreur, déclara-t-elle en se tournant vers moi. Sa présence vous fait courir un risque mortel, à vous et à l’ensemble du village.
- C’est quoi ces conneries ? répondit calmement Thregaz.
- On sait qu’il est marqué par une Horreur, mais il n’est pas le seul et on s’est occupé de la saloperie en question, expliquai-je.
- Je ne vous parle pas d’une marque mais d’une vraie corruption. Non seulement, il est corrompu mais il est aussi vecteur de corruption.
- Cela fait près de quatre ans que je sillonne les pistes de Barsaive en sa compagnie, alors je crois que je m’en serais aperçu. Vos histoires à deux pièces de cuivre, je crois que vous pouvez les remballer.
- Et avant ces quatre ans, que savez-vous de lui ? insista la troll.
- J’en sais autant qu’il en sait sur moi, c’est-à-dire quasiment rien. Nous sommes des aventuriers, pas un club de potes d’enfance. Et vous, vous êtes qui ?
- Je m’appelle Shaergraz et je suis sa femme, répondit-elle sans une hésitation.
- Hé ben… une de plus ! maugréai-je en glissant un regard vers mon ami qui n’avait pas réagi. Et vous avez prévu quoi ?
- Pour le moment, nous attendons le Porteur de Lumière qui réside ici afin de discuter avec lui.
- Ah…
- Bon, moi, vos trucs à la con, ça m’ennuie et je me casse, déclara Thregaz en se dirigeant vers la porte. »
Contrairement à mes craintes, sa sortie ne provoqua aucune réaction dans les rangs de la Légion.
Je le suivis en réfléchissant à pas mal de choses étranges au sujet de mon ami. Même si la troll exagérait et noircissait le tableau, certaines remarques m’intriguaient.
 
Une fois à l’extérieur, nous aperçûmes Jorr et Vanar Kegan qui venaient vers nous d’un bon pas. Eux aussi semblaient attendre notre retour avec impatience. Ils manifestaient un certain agacement au fait que nous soyons toujours absent et que c’était à eux d’assumer notre charge. Ils nous informèrent également de la présence d’une délégation throalique qu’ils avaient logée au fort, compte tenu des clients actuels de l’auberge. Décidément, les soucis s’accumulaient une fois de plus.
Sur place, nous découvrîmes l’ambassadrice Belisiel Hautevoix, une naine avenante mais solidement équipée. Toutefois, je n’avais d’yeux que pour les deux personnes qui l’accompagnaient : Adanhedel, un elfe nécromancien qui avait partagé nos premières aventures et… Maloniel ! Il y a avait deux personnes dans tout Barsaive que je ne voulais pas voir et Maloniel était l’une d’elles. Le destin était, décidément, bien cruel à mon encontre.
 
Malgré la confusion qui régnait dans mon esprit, je m’efforçai de reprendre contenance. Je saluai respectueusement la diplomate naine, puis j’embrassai rapidement et amicalement une Maloniel étonnée par mon attitude avant de me tourner enfin vers Adanhedel et discuter avec lui en me montrant le plus intéressé possible. L’elfe me donnait une échappatoire pour ne pas affronter la jolie voleuse mais je sentais son regard perplexe et déçu à mon encontre. Un moindre mal.
Le nécromancien était désormais enquêteur pour le compte de Throal et il apportait son expertise magique à des troupes ou des agents qui en étaient dépourvus. Je l’emmenai plus loin pour discuter tranquillement de nos aventures respectives.
Plus tard, j’allai rejoindre Jorr pour l’aider dans certaines tâches.
 
En soirée, je me retrouvai enfin seul dans ma chambre. Seul… façon de parler. Je devais continuer de feindre, encore et toujours. Ne rien laisser paraître alors que j’avais envie de hurler, de courir rejoindre Maloniel ou de fuir le plus loin possible afin que le monde entier m’oublie. Mais rien de tout cela n’était possible.
J’étais marqué par une Horreur, choisi par une passion pour une quête héroïque, régulièrement recruté par Throal pour sauver la moitié du monde et j’hébergeai le spectre d’une princesse thérane amoureuse et jalouse. À part cela, tout allait bien.
 
Maloniel était peut-être la pièce du puzzle qui me manquait car je compris soudain que tout était écrit à l’avance, que je n’étais qu’un pion sur un vaste échiquier, joué tantôt par les blancs, puis par les noirs, les gris ou d’autres encore.
L’Horreur que nous pensions avoir détruit reviendrait un jour – ou une de ses copines la remplacerait. Astendar protégeait mon fils contre la corruption et pouvait de servir de ce simple fait pour m’obliger à faire tout et n’importe quoi. Un fils dont j’étais presque certain qu’elle n’était pas étrangère à sa conception.
Throal savait aussi sur quels fils tirer pour me faire bouger dans la direction voulue.
Quant à Miraëlan, une simple pensée lui suffisait pour me pousser où elle le souhaitait. Je compris enfin qu’elle avait raison lorsqu’elle m’avait déclaré que nous étions destinés à nous rencontrer.
 
J’avais partagé la vie des Téméraires d’Urupa pendant près de trois années. Jamais je n’avais ressenti cette impression d’être constamment manipulé, guidé, tiraillé. Ils acceptaient ou refusaient les contrats, parfois ils faisaient des petits prix pour les bons clients ou donnaient un coup de main à des amis, mais rien de comparable aux Lions de Pierre.
 
Toutes les pièces s’emboîtaient les unes dans les autres. Notre présence à Hanto avec la Légion, puis à Cobbal, la découverte des navires et la présence de l’Horreur, la rencontre avec Augure qui nous envoya dans le Val d’Olsir où nous avons sauvé Brindol et nous sommes installés à Vräss. Augure vint à Vräss, Ermold empoisonna Augure et fuit dans le kaer Argovesia où je libérai la princesse Miraëlan et où nous retrouvâmes la Fleur Éternelle, Fleur Éternelle qui nous permettra d’accéder aux elfes de sang. Les thérans lancent une offensive alors que nous arpentons la jungle de Servos. La Légion débarque à Vräss, suivie de peu par Maloniel qui avait quitté cette même Légion trois ans auparavant. Certains y verraient des coïncidences. Pas moi, plus maintenant.
 
Implacable. Tout était millimétré. Je voyais les pièces s’emboîter mais je ne distinguai pas le dessein général. Andelin était un objectif mais c’était un élément d’un plan plus vaste. Les Passions jouaient et nous subissions.
J’avais surtout terriblement conscience que j’étais pris dans cet assemblage comme une mouche dans une toile et que plus je me débattais, plus elle se resserrait autour de moi. De toute manière, depuis Miraëlan, la longueur de ma laisse s’était singulièrement raccourcie.
 
Ce qui devait arriver arriverait et je n’y changerai rien. Autant m’y résoudre.
C’est exactement ce que je choisis de faire : décider de ne plus rien décider ! Je suivrais le mouvement comme un gentil mouton, un pion docile dont le mouvement sur l’échiquier était réglementé. Une fois que les choses seraient arrivées à leur terme, si j’avais survécu, je pouvais espérer récupérer ma vie et un semblant de libre arbitre.
Je n’allais pas leur faire le plaisir de me débattre. Sans doute qu’envoyer Maloniel pouvait sembler drôle à certains mais je ne réagirai pas. Le bouffon est fatigué. Fini. Rideau.


Alors que j’étais plongé dans ces sombres pensées, Ghorghor vint me trouver. Il y avait un problème et il n’y avait que moi de disponible pour l’aider. Un sursaut de curiosité me poussa à le suivre. Une part de moi se moquait déjà de ce qu’il pouvait arriver, mais l’autre partie était curieuse de savoir de quelle manière la situation allait encore s’aggraver.
À l’extérieur, nous rencontrâmes un groupe de nains. Ceux-ci s’inquiétaient pour leurs proches qui étaient mineurs de la mine d’or de la Poignée de main. Les derniers courriers qui en provenaient faisaient état de morts et d’accidents étranges. Leur détresse et la crainte qu’ils éprouvaient pour leur mari, leur frère ou leur père percèrent mon armure d’indifférence et je leur répondis que nous allions nous occuper de cette affaire et aller voir sur place ce qu’il en était. Ghorghor fut un peu étonné de ma décision mais ravi.
Après tout, So’tek étant toujours absent, cette mission me donnait une excellente raison d’éviter Maloniel encore quelques jours. D’ici là, je trouverai peut-être le moyen de démêler l’écheveau de mes problèmes sentimentaux.
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