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 Chapitre 50 - La prophétesse orke

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 50 - La prophétesse orke   Mer 14 Sep - 22:36

Chapitre 50 – La prophétesse ork
 
Brindol se dévoilait au fur et à mesure de notre approche, posée sur une colline, le long de la tumultueuse Olsir.
La ville avait désormais meilleure apparence après la guerre apportée par les orks manipulés par les adeptes de la Main de la Corruption. Les brèches des murailles avaient été comblées, les abords de la ville nettoyés et les débris des bâtiments détruits évacués. La reconstruction se terminait et la grande ville de la vallée de l’Olsir se remettait déjà des affres des durs combats qui s’étaient livrés là deux ans auparavant. 
Les fanions de Brindol et de Throal claquaient au vent frais de cette journée au ciel chargé de nuages lourds et menaçants, comme un reflet à ce qui se passait en ville.
 
À peine de retour à Fort Vräss de notre expédition réussie - mais oh combien mouvementée ! - dans la jungle de Servos, nous avions trouvé un message du baron Lemak qui réclamait urgemment notre présence. Même si j’avais une furieuse envie d’ignorer cette convocation, il me fallait aller à Brindol pour confier Faliniaë au temple des Passions. Et j’étais tout de même un peu inquiet car ce qui affectait Brindol pouvait affecter Carelia et Garel. La présence de Thregaz étant aussi requise dans son clan, il nous quitta temporairement.
 
En approchant de la ville, nous perçûmes progressivement la clameur générale et les cris qui fusaient ici et là. Un désordre sans nom régnait dans la cité et les forces du baron s’était repliées aux endroits stratégiques, n’ayant pas les moyens de restaurer l’ordre public. Une fois encore, c’étaient les orks qui étaient au cœur de l’agitation. La quasi-totalité de la population ork de Brindol manifestaient sous l’œil furieux et les insultes du reste de la population. On était à deux doigts de l’émeute, voire de la guerre civile. 
 
Dans un premier temps, j’allai au temple des Passions pour confier Faliniaë aux soins des questeurs de Garlen. Le questeur en chef m’accueillit et je lui expliquai brièvement la situation, sans entrer dans les détails quant à ce qui avait provoqué les troubles mentaux de la jeune elfe. Le questeur m’écouta avec patience et, après un temps de silence, accepta de la prendre en charge. Il ajouta néanmoins avec une raideur teintée de malice que le temple des Passions de Brindol n’était pas un centre de repos pour mes ex-compagnes. La remarque fit mouche et ce ne fut que dans l’intérêt de Faliniaë que je ne répliquai pas vertement. Une fois à l’extérieur, je réalisai aussi que le commentaire du questeur était injuste car Carelia avait choisi d’elle-même de rejoindre Garlen.  
 
Quelques instants plus tard, Ghorghor, So’tek et moi nous présentâmes aux portes du château du baron, après nous être frayés péniblement un chemin dans la cohue.
Sitôt que nous fûmes identifiés, un sergent nous escorta prestement vers le baron qui tenait conseil dans sa salle de réunion. Dès qu’il nous aperçut, il demanda à Luriel de prendre sa place et vint vers nous, un bref soulagement atténua son expression inquiète. Visiblement, il avait trouvé des pigeons à qui confier la patate chaude du moment.
« Enfin, vous voilà ! Ce n’est pas trop tôt ! entama le baron sans préambule.
- Nous aussi, nous sommes ravis de vous revoir baron, rétorquais-je avec ironie.
- Le temps n’est pas aux mondanités ni aux susceptibilités. L’affaire est des plus graves et nous sommes au bord de la guerre civile.
- Et si vous nous expliquiez ce qui se passe et ce que vous attendez de nous, tempéra So’tek.
- Bien sûr, suivez-moi par ici si vous voulez bien. Thregaz n’est pas là ? Et qui est ce nain ?
- Je vous présente Ghorghor, armurier de profession et aventurier accompli. Un type fiable, vous pouvez m’en croire, répondis-je. Quant à Thregaz, il avait à faire dans son clan.
- Dommage, on devra faire sans lui. Je vous emmène dans la cellule de Gothzul, continua Lemak tout en descendant des escaliers.
- Gothzul ?!
So’tek et moi nous étions exclamés à l’unisson.
- Oui. Il est revenu à Brindol il y a quelques jours avec une prophétesse ork et ils veulent emmener tous les orks avec eux pour aller restaurer le royaume de Cara Fahd.
- Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? m’exclamai-je de surprise.
- En attendant, avec ces conneries, comme vous dites, ils ont réussi à convaincre la majorité des orks de la ville et je risque de perdre un bon quart de la population. Vous comprendrez que je ne peux pas les laisser faire.
- Effectivement. Et qu’est-ce que vous attendez de nous ? s’enquit le nécromancien t’skrang.
- N’importe quoi qui empêche le départ des orks de la ville. Vous le faites changer d’avis sinon il va y avoir du vilain, répondit le baron.
- Faire changer d’avis Gothzul ?! On voit bien que vous ne le connaissez pas bien, rétorquai-je avec aigreur.
- C’est aussi dans son intérêt, sauf s’il veut rester moisir en prison.
Le baron s’arrêta devant une porte et fit signe au garde d’ouvrir la porte.
- C’est là ! Je compte sur vous.
Nous entrâmes dans la cellule pour y retrouver notre ancien compagnon d’armes.
 
La cellule était plutôt une chambre correcte avec des barreaux aux fenêtres et notre ancien compagnon ne semblait pas trop souffrir de son incarcération. Il se leva avec un grand sourire à notre entrée.
« So’tek ! Valérian ! Je suis bien content de vous voir. Comment allez-vous ?
- Ben… couci-couça vu les circonstances de nos retrouvailles, commença So’tek.
- On aurait préféré une bonne auberge pour discuter de nos vies respectives, poursuivis-je sur le même ton.
- Bah ! Vous inquiétez pas, ça va se régler ! Le baron n’a pas le choix. Il ne peut pas enfermer la moitié de sa population ni les empêcher d’aspirer à la vraie liberté.
So’tek et moi échangeâmes un regard. Cela se présentait mal.
- C’est quoi cette histoire de demander aux orks de partir de Brindol, demandai-je patiemment.
- C’est l’aboutissement du pourquoi j’ai quitté la compagnie. Avec la prophétesse Kratis Gron, nous allons libérer le peuple ork et restaurer le royaume de Cara Fahd.
- Le libérer ? Mais de quoi ?
- Du joug de Throal et du mépris des autres races, bien sûr ! répondit l’ork comme s’il énonçait une évidence à un demeuré.
- Mais le baron est un ork ! m’étonnai-je
- Un vendu à la solde de Throal !
- Et la population est majoritairement ork, continua Ghorghor qui n’avait rien dit jusque-là.
- Cela n’empêche pas les autres races de profiter de nous, répliqua Gothzul avec un regard peu amène au nain qu’il semblait découvrir.
- T’es sûr que c’est pas plutôt ta sous-disante prophétesse qui te bourre le mou ?
- Ho Valérian ! Tu manques pas de respect à Kratis sinon je vais m’énerver !
Ghorghor lâcha alors une blague vaseuse sur les femelles orks et reçu immédiatement une droite du guerrier ork.
So’tek tenta de calmer Gothzul pendant que je faisais sortir Ghroghor de la cellule pour éviter les choses ne s’enveniment plus encore. Le t’skrang vint nous rejoindre ensuite et nous retournâmes voir le baron qui patientait un peu plus loin.
 
« Alors, comment ça se présente ? s’enquit le baron à notre arrivée.
- Mal ! Il est borné comme un ork… enfin… heu… comme un ork guerrier emprisonné, poursuivis-je sous le regard courroucé de Lemak.
- C’est pas gagné…, résuma So’tek.
- Hum ! C’est bien ce que je craignais. Même vous, vous n’arrivez pas à le raisonner.
- Il m’a l’air bien parti dans son truc politique, notre Gothzul. Ça pue la manipulation ce truc, fis-je observer.
- Pas forcément, tempéra So’tek. Il avait quitté le groupe pour des raisons politiques et raciales. C’est cohérent avec son discours d’aujourd’hui.
- Mouais… et sa prophétesse ? Elle tombe du ciel ?
- Quoi qu’il en soit, il va falloir agir pour éviter un gros problème, reprit le baron. Je ne peux pas laisser tous les orks partir sans réagir.
- Vous avez déjà une idée, questionna le nécromancien ?
- Oui. Un jugement. Et vous serez dans le jury.
- Nous ? m’exclamai-je. Mais c’est notre ami ! On est un peu un juge et partie là…
- Pas forcément. Vous êtes les Lions de Pierre et vous avez déjà prouvé votre attachement à la ville mais vous n’en faites pas partie. Les gens vous connaissent et vous respectent. Vous êtes prêts à soutenir le projet de votre ami ?
- Heu… pas vraiment, non.
- Vous voyez que vous vous souciez plus de la ville que de lui, conclu le baron avec un petit sourire de satisfaction ».
 
Je grommelai un commentaire sur tout le bien que je pensais de cette idée de jugement et retournai voir comment allait Ghorghor, pendant que So’tek retournait discuter avec Gothzul. Le t’skrang était plus patient et posé que moi.
Je retrouvai le nain en pleine discussion avec un humain assez âgé qui portait la tenue de la garde de Brindol. Le garde, du nom de Thiedus, répondait aux questions de Ghorghor qui cherchait un pote nain qui travaillait dans la garde, Thorfin. Selon Thiedus, Thorfin avait mystérieusement disparu la veille. À la fin du bref entretien, l’armurier nain me fit part de ses soupçons à l’encontre de Thiedus. Selon lui, il était louche. Il ne disait pas tout et la disparition de son binôme ne semblait pas l’affecter outre mesure.
 
Nous retournâmes au palais pour demander où habitait Thorfin quand nous croisâmes So’tek et Gothzul qui rendaient visite à Kratis Gron. Curieux de voir à quoi pouvait ressembler une prophétesse orks, nous nous joignîmes à eux.    
Une fois passés quelques rideaux de gardes, nous pûmes accéder à ladite prophétesse. Je dois bien avouer que, si on oubliait les crocs et la couleur de peau, elle était tout à fait charmante. Outre une séduction naturelle incontestable, il émanait d’elle une certaine sérénité. Elle nous accueilli avec une calme bienveillance. Questionnée mentalement à ce sujet, Miraëlan me révéla qu’elle était très puissante et disposait d’un pouvoir qu’elle avait rarement vu, même de son temps. Ce n’était donc pas une affabulatrice mais cela n’en disait pas plus sur ses motivations ni ses allégeances réelles.
Kratis Gron discuta un peu avec Gothzul puis nous révéla sur le ton de la conversation que des gardes avaient essayé de l’assassiner la veille mais que les Passions l’avaient protégée. Elle n’incriminait pas Lemak mais pensaient plutôt à des fanatiques opposés au départ des orks. Elle nous précisa que l’assassin était un nain et que son corps avait été emmené par un autre garde, un vieil humain, afin qu’il n’y ait pas de traces.
Ghorghor et moi échangeâmes un regard de connivence. Le garde qui avait tenté de la tuer pouvait être Thorfin et son complice serait Thiedus. La description correspondait et notre armurier nain avait eu le nez creux en se méfiant de Thiedus.
 
Alors que nous quittions la cellule de la prophétesse, toutes les cloches de la ville se mirent à sonner le tocsin. Nous sortîmes sur une terrasse afin de voir ce qui justifiait une telle agitation. Comme tous les habitants, nous constatâmes rapidement que la ville était ceinturée sur une moitié par des troupes orks. Pour le moment, elles se contentaient d’attendre, mais rien n’incitait à penser que cette attente sera longue. La patience n’est pas une vertu chez les orks. En cas de conflit, ça sera un véritable massacre si la moitié des habitants soutenaient les assaillants. 
Nous nous précipitâmes dans la salle du conseil pour y retrouver Lemak et faire part des demandes de Gothzul et Kratis Gron. So’tek fit un rapport rapide mais précis des derniers éléments au baron, en présence des nobles du conseil.
J’aperçus Luriel et Dame Verissa Nale et les saluai toutes deux d’un signe de tête que je voulais aussi respectueux que galant.
Face aux arguments développés par le nécromancien t’skrang, et compte tenu de la pression exercée par l’arrivée des combattants orks autour de la ville, Lemak admit qu’il fallait lâcher du lest et composer avec Gothzul. Il accepta de le laisser sortir pour qu’il rencontre les orks afin qu’il évite toute attaque intempestive.
 
Ghorghor et moi discutâmes ensuite plus discrètement avec le baron et Luriel pour les informer de la tentative d’assassinat à l’encontre de Kratis Gron et de nos soupçons au sujet de Thiedus. Nous lui demandâmes de nous confier un sergent pour notre enquête, ce qui nous permettrait de nous déplacer sans problème et d’ouvrir toutes les portes, y compris parmi ses propres troupes. Après un soupçon de réticence, Lemak fit venir un sergent, un ork, pour nous épauler.
Alors que Lemak allait libérer temporairement Gothzul, So’tek se joignit à nous.
 
Avec le sergent, les gardes s’écartaient devant nous et personne ne posait de questions. En revanche, tout le monde répondait aux nôtres, ce qui facilitait tout de même bien notre boulot d’enquête.
Nous retrouvâmes Thiedus sur les remparts, face à l’armée ork. Gothzul était justement en chemin pour aller discuter avec leurs chefs et toute la ville retenait son souffle car beaucoup dépendait de la capacité du guerrier à tempérer l’ardeur belliqueuse de ses congénères.
Face à nos questions précises et assurées, Thiedus perdit rapidement contenance et se mit bientôt à table. Il avoua qu’il travaillait pour le conseiller Andraki Lenn et qu’il avait effectivement fait disparaître le corps de Thorfin qui devait tuer Kratis Gron. Le garde nain avait été mystérieusement foudroyé alors qu’il s’apprêtait à frapper la prophétesse.
Je lui demandai s’il était prêt à répéter tout cela au baron mais le vieil humain se fit alors hésitant. Il nous révéla que s’il parlait, sa famille risquait de payer pour sa trahison. C’est d’ailleurs à cause des pressions faites sur sa famille qu’il avait dû accepter de faire tout cela. Alors que Thiedus, tête basse, était emmené par le sergent, je remarquai une silhouette furtive sur un toit qui semblait très intéressée par notre entretien. J’enjoignis Ghorghor d’accompagner Thiedus et de veiller à sa sécurité, car c’était un témoin précieux, et je demandai à So’tek de m’aider à coincer le type qui nous espionnait. Ce dernier, avisant qu’il était repéré, commença à détaler de toits en toits. Je le suivis sur ce parcours difficile pendant que le nécromancien t’skrang suivait par les ruelles.
 
Au fil d’une poursuite entre ciel et terre, nous changeâmes de quartier et arrivâmes dans une ruelle d’habitations modestes. L’espion pénétra bientôt dans une des petites maisons mitoyennes. So’tek, qui ne s’était pas laissé distancé, profita de son élan et se lança contre la porte qu’il défonça d’un seul coup d’épaule. Bigre ! Notre petit nécromancien était beaucoup plus physique qu’il en avait l’air.
Pour ma part, je contournai l’habitation et pénétrai par l’arrière en passant à travers une fenêtre. Par chance, j’atterris sur un second adversaire qui s’apprêtait à faire usage de son arbalète sur So’tek. Il - ou plutôt elle – se releva souplement et se mit en position de combat, un poignard à la main. De son côté, So’tek, légèrement sonné par sa rencontre avec la porte, ne parvint pas à esquiver le carreau que lui décocha l’espion qu’il poursuivait et tomba à terre.
Nos deux adversaires tentèrent alors de s’enfuirent. Je plantai ma lame dans la jambe de la femme qui s’effondra contre le mur en grimaçant de douleur. Son compagnon s’enfuit par la fenêtre que j’avais détruite, poursuivit par So’tek qui s’était relevé et qui n’entendait pas s’en laisser compter. Après toutes les créatures que nous avions affronté, deux ruffians constituaient une récréation et ils furent bientôt neutralisés et escortés jusqu’au château du baron. Une fouille rapide avait parmi de découvrir un médaillon frappé de la Main de la Corruption. Visiblement, cette organisation était une véritable hydre et couper une tête n’a pas suffi. Côté discrétion, se balader avec de tels objets n’était pas très futé et cela m’étonna un peu. Agiter le spectre de la Main de la Corruption dissuadait d’enquêter sur une autre piste.
J’avais également rencontré le gars auparavant, chez les Libres Epées, une organisation noyauté et manipulée par Shaërul Verbeclair, elle-même sbire de la Main ou truc du même acabit. Ça se tenait mais ça me semblait presque trop facile et limpide. Kratis Gron pouvait tout aussi bien être un agent des Thérans envoyé pour mettre la pagaille sur nos lignes arrière et nous priver de pas mal de combattants. Mais n’ayant rien pour l’étayer, je la gardai pour moi.
 
Le lendemain, le jugement se déroula sous les yeux de la quasi-totalité de la ville qui ne voulait pas manquer cet événement historique qui aurait nécessairement de fortes répercutions sur la cité.
Le procès s’était tenu en plein air, sur le parvis deu temple des Passions afin que le plus grand nombre puisse y assister.
Compte tenu des forces orks massées autour de la ville, condamner lourdement Gothzul et Kratis Gron aurait été suicidaire. Et les absoudre de toute condamnation aurait été un renoncement total, un aveu de faiblesse du baron et, à travers lui, de Throal. Par ailleurs, le conseil – et notamment les marchands et les financiers – voulaient absolument un dédommagement sonore et trébuchant de la part des orks pour les impôts qui ne seraient pas perçus. Bref, un véritable numéro d’équilibriste.
Avec un peu de diplomatie et de belles phrases plein d’emphase et d’apparente fermeté, le jugement fut rendu : les orks qui souhaitaient quitter la ville seraient libres de la faire mais cela signifiait l’exil pour eux et ils ne pourraient plus y revenir. Ils verseraient leurs impôts pour la totalité de l’année et pourraient emporter tout le reste, dans la mesure de leurs moyens.
Pour Lemak et son conseil, cet argent servirait surtout à l’organisation d’une foire destinée à attirer du monde et favoriser le repeuplement du val.
 
Tout cela ne me satisfaisait qu’à moitié et voir Brindol perdre près d’un tiers de ses habitants me chiffonnait, même si c’étaient des orks. Je demandai au baron la permission d’intervenir après la lecture du jugement et il me l’accorda avec un haussement d’épaule fataliste, comme si la prière était déjà dite.      
Je m’avançais sur le devant de l’estrade aménagée pour l’occasion et fis face à l’endroit où se tenait la majorité des orks. Des regards curieux se tournèrent vers moi et les commentaires concernant le jugement diminuèrent progressivement jusqu’à un silence relatif. J’eus le temps de me demander ce que je faisais là mais, fait rare, ma détermination ne faiblit pas, alimentée par la colère sourde de voir les peuples de Barsaive se déchirer alors que les thérans lançaient leur nouvelle offensive et que les Horreurs et leurs sbires pullulaient encore.
 
« Amis orks, je souhaiterais ajouter quelques mots avant que vous ne quittiez cet endroit.
Pour ceux qui ne me connaissent pas, je fais partie des Lions de Pierre et nous avons contribué à sauver cette cité il y a deux ans.
Je dois dire que je me désole de ce que je vois aujourd’hui et de votre décision de nous quitter. Ainsi que le baron Lemak l’a dit à la lecture du jugement, ceux qui choisiront de partir le feront à tout jamais. Je vous invite à bien réfléchir avant de prendre une décision irrévocable.
Vous êtes dans une ville dirigée par un ork, au milieu d’une population dont la race majoritaire est celle des orks. Que pourriez-vous trouver de mieux ailleurs ? Êtes-vous certains que ce que l’on vous a promis sera au bout du chemin ? Cara Fahd est une légende, mais n’est-ce pas désormais une chimère ?
La prophétesse Kratis Gron est une personne inspirée, sincère et qui parle bien, certes. Mais ce n’est pas parce qu’elle est sincère qu’elle a raison. Elle se revendique des Passions. C’est peut-être vrai, mais lesquelles ? Et qui pourrait le vérifier ?
Je suis inquiet car les thérans sont à nouveau à nos portes et certains veulent diviser les peuples de Barsaive. Unis, nous sommes puissants. Pris séparément, nous sommes assurés d’être vaincus.
Il m’est revenu à l’esprit que la dernière fois que des orks ont écouté et suivi une prophétesse, c’étaient les clans qui se sont ensuite tournés vers la cité de Brindol pour l’assiéger. Souvenez-vous de ce siège duquel vous êtes sortis victorieux. Des orks manipulés vous ont attaqués et c’étaient des nains, des elfes, des humains, des trolls et des sylphelins qui se battaient à vos côtés.
Nous respecterons tous votre choix. Nous ne vous demandons qu’une chose, réfléchissez bien et songez à tout ce que vous êtes certain de perdre et à tout que vous trouverez peut-être ailleurs.
Merci de votre attention. »
 
Un silence assourdissant succéda à ma petite déclaration. Puis les orks discutèrent entre eux. Je vis que certains doutaient et que des échanges passionnés se déroulaient entre eux.
Si une seule famille changeait d’avis, mon intervention n’aura pas été inutile. Mais il me semblait que cela avait porté au-delà de mes espérances et certains orks revenaient déjà vers le reste de la population, malgré les insultes de certains congénères.
Voyant le flottement provoqué par mon discours, Gothzul tourna un regard courroucé vers moi et fis mine d’avancer dans ma direction, le poing déjà fermé. La prophétesse le retint par le bras et le raisonna. Rien que cela témoignait de sa puissance de persuasion. J’avais utilisé les mêmes armes qu’elle et tout recours à la violence aurait été contre-productif pour eux, surtout face à la foule. Kratis Gron était peut-être belle joueuse mais elle était assurément plus intelligente que la moyenne
 
Avant de partir, la prophétesse vint nous voir et nous remis à chacun une lettre qu’elle prétendait être inspirée par les Passions. Une de Lochost pour So’tek, d’Upandal pour Ghorghor, de Thystonius à donner à Thregaz, et une d’Astendar pour moi. Selon elle, cela nous aiderait à comprendre certains desseins des Passions. Je trouvai la ficelle un peu grosse et brûlai le document quelques heures plus tard sans le consulter. Si Astendar avait quelque chose à me dire, elle savait comment faire et je n’accordais aucun crédit aux propos d’une soi-disante intermédiaire.
 
Les jours suivants, la population et les notables nous témoignèrent leur reconnaissance à chaque occasion. Mon discours avait participé à réduire l’hémorragie de la population orke et la ville avait perdu un peu moins d’un quart de ses habitants au lieu d’un tiers initialement prévu. Si on m’avait dit qu’un jour je serai motivé pour retenir des orks, je ne l’aurais pas cru.
 
J’en profitai de ces bonnes dispositions pour demander à Lemak la propriété d’une petite maison pour Carelia et Garel, ce que j’obtins sans difficulté vu la crise immobilière qui se profilait. En plus, cela ne coûtait rien aux finances publiques.
Carelia fut enchantée et m’invita à m’installer avec elle dès que j’en aurais envie. Je repoussai une fois encore ses propositions mais passai un peu de temps avec Garel qui commençait à moins se méfier de moi. Il ne comprenait pas vraiment mes relations avec sa mère et ne savait pas trop comment se comporter avec moi mais montrait moins de méfiance.
À défaut de pouvoir assumer un rôle de père digne de ce nom, j’optai pour celui d’un parrain attentionné. C’était bancal mais je ne pouvais guère faire mieux et mes envies n’avaient désormais plus aucune importance à ce niveau.
Alors que je regardais Garel jouer sous les yeux attentifs de sa mère assise à mes côtés, je me remémorais une conversation que j’avais eu avec So’tek la veille.
 
« Tu en es sûr ?
- Difficile de l’être complètement mais c’est ce que j’interprète de ma vision astrale sur ton fils.
- Donc, selon toi, Garel serait marqué mais pas corrompu ?
- En fait, il n’est même pas vraiment « marqué » puisque la petite marque de corruption est entièrement circonscrite par cette gangue magique de protection.
- Et tant que cette protection est là, la corruption ne peut pas s’étendre ?
- Non, et même si l’Horreur revient, elle ne pourra pas utiliser Garel car sa marque est hors de son atteinte. En revanche, je ne sais pas d’où provient cette protection mais c’est un truc aussi discret que puissant.
- Là-dessus, j’ai ma petite idée… »
Derrière cette intervention et les clins d’œil, je voyais désormais plutôt Astendar que l’Horreur que nous avions affrontée dans le kaer du Lion. Cela faisait donc un souci de moins. Pour le moment.
 
Au château du baron, l’interrogatoire du conseiller Andraki Lenn ne donna pas grand-chose et le type, démasqué et poussé dans ses derniers retranchements, montra l’étendue de son fanatisme et de sa folie. Encore un taré manipulé par la Main de la Corruption. Restait à savoir par qui le conseiller
avait été corrompu et si cela était antérieur à notre expédition contre la Main l’année dernière. Dans la négative, nous avions encore un problème. Enfin… un de plus qui n’était pas définitivement réglé.
 
Avant de quitter la ville, je passai au temple des Passions pour voir où en était Faliniaë. Son état était stationnaire et il était trop tôt pour espérer une amélioration. Je laissai une vingtaine de pièces d’argent pour participer aux frais.
Aux portes de la ville, So’tek nous quitta car il avait un rendez-vous à honorer. Je m’en étonnai mais, étant très mal placé pour faire un quelconque commentaire sur des secrets ou des cachotteries, je m’en abstins.
Ghorghor et moi prîmes la route de l’est vers Vräss.   
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