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 Chapitre 49 - L'offensive thérane

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 49 - L'offensive thérane   Sam 18 Juin - 17:04

Chapitre 49 – L’offensive thérane
 
Le lendemain trouva l’ensemble des équipages de bonne humeur. Langue-Jaune et ses t’skrangs avaient été vaincus, nous avions échappé aux thérans, le trésor était à bord et le Haut-landais violent faisait partie du butin.
Grâce à Miraëlan, j’avais passé une si bonne nuit que j’en aurais presque participé à la béatitude collective.
Presque.
 
Les motifs d’inquiétude ne manquaient pourtant pas.
Nous n’étions pas encore au lac Ban, loin s’en fallait, et tous les t’skrangs du coin allaient nous prendre en chasse ou signaler notre passage. Notre meilleure arme serait la discrétion.
Ensuite, ces déplacements de navires thérans et la revendication de cette région n’était pas pour nous plaire et laissait craindre un conflit plus général de la région.
Enfin, je me demandais toujours comment mettre en adéquation mes aspirations et mes projets avec la présence de Miraëlan.
 
Dès le second jour, et tous les suivants jusqu’au lac Ban, il fallut ruser pour éviter les patrouilles t’skrangs sur le fleuve. Plus inquiétant, une navette thérane accompagnait parfois les navires locaux, ce qui attestait visiblement d’une alliance. J’avais déjà noté, lors des combats à bord du Haut-landais violent, que certains t’skrangs disposaient d’armes de facture théranes. Il fallait donc en déduire que c’était plus un don qu’une prise de guerre.
Lors d’un repas dans la salle à manger du navire pirate, Volupsia nous rappela que, lors du précédent conflit contre les thérans, cinquante ans plus tôt, le clan K’tenshin s’était déjà allié à Théra et avait connu la défaite. Considérés comme des traîtres, ces t’skrangs avaient alors été méprisés des autres familles du fleuve serpent. Apparemment, ils entendaient bien prendre leur revanche et recommencer.
 
Compte tenu que les choses pouvaient tourner mal à tout moment, il fut décidé de répartir le trésor à bord sans attendre notre arrivée au lac Ban.
Alors que j’entrais dans la grande salle à manger, suivi par Miraëlan/Faliniaë, j’assistai à la fin d’une discussion houleuse entre Volupsia et Thregaz. Le troll cherchait visiblement des crosses à la capitaine et arrosait copieusement tous les t’skrangs de son mépris. Je n’étais pas présent au déclenchement des hostilités et ne je comprenais pas tout mais l’attitude belliqueuse de mon ami m’étonna. Autant il est teigneux quand il a une arme à la main, autant il est plutôt calme et accommodant le reste du temps. Cela ne lui ressemblait pas mais je mis cela sur le compte de l’appréhension de passer plus d’une semaine sur un navire qui flottait.
 
Nous débutâmes le partage une fois les esprits calmés. Volupsia présida la séance et tout le monde constata que Kat’sika était prête à en découdre pour négocier âprement le bout de gras. Dans un premier temps, Volupsia décréta que le Haut-landais violent faisait désormais partie du trésor. Les deux capitaines t’skrangs tombèrent assez rapidement d’accord sur un prix de 50.000 pièces d’argent. Comme la plupart des autres n’étaient guère versés dans le prix des navires, la proposition fut acceptée.
Volupsia signala ensuite que la valeur de ce qui avait été pris par les t’skrangs dans la dernière barque représentait environ 15.000 pièces d’argent. Cela faisait donc un total d’environ 255.000 pièces d’argent à se partager.
Histoire de partir sur un compte plus rond, je proposai de répartir 5.000 PA entre les 4 elfes qui nous avaient accompagnés. Cela pouvait sembler peu mais ils n’avaient guère pris de risques dans cette affaire et avaient gagné en plus la liberté, ce qui n’a pas de prix.
 
Kat’sika qui avait droit à 30% revendiqua le navire pirate et 25.000 PA en monnaie afin de pouvoir se payer un équipage. De notre côté, nous avions également 30% mais à nous répartir en cinq (Thregaz, Afiriz, Ghorghor, T’saslinka et moi), ce qui faisait 15.000 PA chacun. Le reste, soit 100.000 PA revenait à Volupsia et son équipage. Vu les dégâts subis par son navire et les morts dans son équipage, ce n’était pas de l’argent si facilement gagné.
 
Je proposai également de mettre les anneaux d’Astendar dans le trésor mais Kat’sika se rebiffa.
« Quoi ? C’est un cadeau de Jeb ! C’est à moi ! s’énerva la t’skrang.
- Ils n’ont plus d’utilité pour toi maintenant que nous avons trouvé le trésor.
- Ils en ont encore moins pour toi l’éclaireur ! Bas les pattes ! C’est tout ce qui me reste de Jeb !
- Elle a raison, Valérian, intervint diplomatiquement Ghorghor, ça faisait partie des dernières volontés de Jeb. Tu ne vas pas lui prendre.
- Bon, soupirais-je, si c’est pour une raison sentimentale, je veux bien lui laisser. »
Je croisai le regard furieux de la t’skrang ou brillait désormais une étincelle de victoire. Du sentiment chez elle ? Allons donc ! Ces anneaux avaient encore de la valeur, voilà tout !
 
Hormis les pièces d’or, le trésor comportait un grand nombre d’objets de valeur et de pierres précieuses. Il fallait donc nous répartir tout cela de manière équitable selon les parts définies.
Les reflets d’un bleu profond d’une étrange pierre attirèrent mon regard. Je tournai l’objet dans ma main et ressenti un étrange picotement. Sa forme caractéristique en étoile n’était certes pas commune et me rappela un souvenir précis et… familier. Ce que je pressentais m’apporta des frissons d’excitation. Ma réflexion vola en éclat lorsque Kat’sika remarqua ma fascination.
« Elle t’intéresse cette pierre ? C’est vrai qu’elle est belle, elle doit avoir beaucoup de valeur, intervint la t’skrang d’une voix mielleuse.
- Hein ? Heu.. je la trouve jolie mais je pense qu’il y en d’autres toutes aussi belles pour vous.
- Tsss tsss ! Ne change pas de sujet ! Tu veux celle-là et pas une autre. Elle doit au moins valoir 5.000 pièces d’argent cette pierre, non ? Regardez-moi cette merveille. »
Cette garce n’avait pas apprécié que je tente de lui reprendre les anneaux et elle avait décidé de me le faire payer cher.
« C’est vrai qu’elle est belle, intervint Ghorghor, mais 5.000 pièces d’argent, tu exagères !
- Peut-être… ou peut-être pas. Ça s’rait pas magique des fois ? Y’en a qui peuvent voir ça chez vous non ? » insista la t’skrang.
Afiriz examina la pierre à l’aide de sa vision astrale. L’écarquillement de surprise de son regard valait tous les commentaires.
« Ah ! Je le savais ! C’est magique et pas qu’un peu ! Allez, on dit 8.000 ? s’exclama la rouée t’skrang.
- Quoi !? Mais ça va pas, m’énervai-je. Je suis sûr qu’il y a d’autres trucs magiques dans le trésor ! Occupez-vous de votre part et foutez-moi la paix !
- Justement, je veille à ce que tu ne prennes pas la part des autres avec la tienne, répondit la maîtresse d’armes avec un sourire venimeux.
- Bon, j’en ai ma claque de vos magouilles ! Je prends cette pierre et débrouillez-vous pour le reste. Je retourne sur le pont ! Mira, prends ce que tu veux, ou plutôt ce que tu pourras !
- Sans problème, mon chéri. Un brin de négociation ne me fait pas peur. »
Le regard triomphant de Kat’sika se mua en méfiance à l’encontre de ma compagne elfe. Elle n’avait peut-être pas gagné au change en me poussant à bout.
 
Miraëlan revint un peu plus tard, les yeux brillants et un lourd coffre dans le bras.
« Finalement, j’ai négocié ta pierre étoilée à 2.000. Je t’ai pris ensuite pour 3.000 en pièces, or et argent, et pour 2.500 en objets et bijoux. Et pour moi, j’ai trouvé quelques bijoux corrects pour un équivalent de 7.500 pièces d’argent. Cela te convient ?
- Oui, tout à fait. Heureusement que tu étais là sinon je me faisais plumer par cette garce de Kat’sika !
- En fait, c’est un jeu pour elle. Et elle s’attendait à plus de résistance de ta part.
- Désolé mais j’ai du mal à négocier avec quelqu’un à qui on a sauvé la vie. On lui a donné de l’argent pour se rendre présentable et on s’est battu côte à côte pendant plusieurs semaines ! Et maintenant cette comédie de boutiquier !
- Je te l’ai dit, ça n’a rien de personnel. Ce sont des pratiques de forbans.
- N’empêche, ça m’énerve cette ingratitude…
- Hum… je vois que tu es de nouveau ronchon. Il va encore falloir que je m’occupe de te remonter le moral. »
Mais la corvée ne semblait pas lui déplaire plus que cela. Tout sourire, elle s’assit sur mes genoux et sa bouche trouva la mienne. Quelques secondes plus tard, les marchandages de Kat’sika était le cadet de mes soucis.
 
 
Les jours suivants furent assez stressants. La partie de cache-cache sur le fleuve avec le clan K’tenshin et les navettes théranes mirent les nerfs des équipages à rude épreuve, d’autant plus que ceux-ci s’étaient aventurés au-delà de leur territoire habituel et étaient remontés jusqu’au sud du lac Ban. Toutefois, grâce aux talents de nos capitaines et équipage, nous y parvînmes sains et saufs.
 
Mais une mauvaise surprise doucha la satisfaction d’avoir atteint notre but. En effet, nous constatâmes qu’un behemoth théran s’était posé sur la montagne d’Ayodbya. Cette montagne était, en réalité, une gigantesque pierre de vie obsidienne. L’endroit était sacré dans tout Barsaive, notamment pour les t’skrangs et les obsidiens. C’était un lieu de pèlerinage et le voir transformé en forteresse thérane était un rude coup au moral des barsaiviens.
Cela augurait bien du nouveau conflit avec les thérans. La guerre serait aussi psychologique que militaire.         
 
En arrivant au lac Ban, nous constatâmes qu’il y régnait une certaine confusion. Les populations des villages du sud avaient tous fuit vers la grande ville du clan V’strimon afin d’y trouver refuge et éviter l’esclavage. Toutefois, nul ne pouvait dire si les thérans avaient prévu d’attaquer la ville située sur le lac.
Profitant d’être à proximité, j’avais le projet de rendre visite à ma famille pendant que Thregaz et ceux qui voudraient le suivre regagneraient Vräss, tout en passant par Throal pour y faire un rapport de ce qui se passait ici. Il me faudrait une bonne semaine de marche en direction de l’est mais cela me semblait faisable. Mon village natal, situé à côté de la cité suspendue t’skrang d’Axalalail ne m’avait jamais paru aussi proche.
 
Je mis à profit de nos derniers instants à bord pour discuter avec les trois elfes et les inviter à Vräss. Et s’ils ne s’y plaisaient pas, ils pourraient aller à Brindol où existait une petite communauté elfe.
Merendis et Vestrell semblaient tentés par cette option. Ils hésitaient encore à se considérer comme libres et ne connaissaient rien de Barsaive. Nous les avions libérés, bien traités et ils avaient de l’argent pour eux. Ils décidèrent de continuer avec le groupe. Le premier était intéressé par le métier de chasseur et le second était un marchand. Dans les deux cas, ils seraient utiles à la communauté.
Plus aventureux, Elinas décida de nous quitter et de trouver sa voie par lui-même.
 
Une fois arrivé au port, il était temps de rendre sa liberté à Faliniaë. Nous allâmes dans ma cabine car je ne savais pas trop ce qu’il pouvait se passer. Mira se retira du corps de la jeune elfe et cette dernière tomba soudainement, comme un pantin dont on coupe les ficelles. Elle convulsa d’horrible manière pendant plusieurs minutes sous mes yeux effarés. Je sentais Mira était tout aussi désemparée que moi et je devinai un brin de culpabilité face aux effets de son emprunt corporel.
L’agitation spasmodique de l’elfe se calma progressivement mais son regard était vacant. Faliniaë semblait brisée, absente.
Je demandai l’aide de Thregaz pour la porter au temple de Garlen local. Les t’skrangs l’acceptèrent et nous demandèrent de revenir le lendemain. Ils avaient besoin de temps pour l’examiner.
Durant le reste de la journée, nous fîmes quelques préparatifs pour nos expéditions. Moi vers ma famille, les autres pour réapprovisionner l’Insoumise qui les mènerait vers Throal.
 
Le jour suivant, avec Thregaz, nous retournâmes au temple de Garlen. Les questeurs avaient diagnostiqués un choc ou un traumatisme mental. Il n’y avait rien de physique ni de séquelles permanentes. Il faudrait du temps et un environnement propice pour qu’elle se remette pleinement. Bien évidemment, une cité t’skrang sur un lac ne pouvait constituer un environnement adéquat pour une jeune elfe et ils nous enjoignirent de la reprendre et de trouver un lieu plus approprié.
Là, c’était la tuile ! J’allais devoir assumer mes faiblesses jusqu’au bout et trouver un endroit adéquat pour que la jeune elfe se refasse une santé.
Je pouvais dire adieu à mon projet de revoir ma famille. Mira me renouvela ses excuses et plaida sa méconnaissance des conséquences.
J’allai trouver Volupsia pour réserver à nouveau ma cabine. Je me fis rapidement une raison. Il eut été étonnant que je parvienne à faire quelque chose qui reposait sur un choix personnel.
 
Le voyage vers Throal dura une dizaine de jours. Faliniaë se remettait lentement. Son corps fonctionnait et elle acceptait qu’on l’alimente mais son esprit semblait toujours ailleurs, hésitant à reprendre possession d’un corps dont elle avait été privée brutalement.
L’autre sujet d’inquiétude était Thregaz. Son humeur ne s’améliorait guère et il semblait distant, comme éteint. L’évocation d’un bon godet ou de Thystonius ne provoquait plus les exclamations enjouées que je lui connaissais.
J’en parlai à Afiriz qui me confia qu’elle était aussi un peu inquiète mais que lui démentait tout problème. Je lui demandai d’utiliser discrètement sa vision astrale sur lui quand elle en aurait l’occasion.
Bientôt, elle revint me voir, troublée. Elle m’indiqua avoir détecté un point sombre au centre de la trame de Thregaz, comme un concentré de corruption.
Voilà qui était effectivement inquiétant. Il s’agissait de revenir rapidement à Vräss pour que So’tek l’examine attentivement.
 
Une fois arrivés à Grand-foire, nous nous installâmes à l’auberge de Mon ami l’obsidien, l’auberge d’Ulnish, spécialisée dans la clientèle de grande taille. J’en profitai pour demander à ce dernier de nous organiser un rendez-vous discret avec Galahel. Peu après, l’aubergiste nous informa que Galahel serait là le lendemain.
Alors que chacun allait visiter ses connaissances et sa communauté raciale, j’installai au mieux Faliniaë dans une chambre avec quelques instructions précises à Ulnish, puis je me rendis chez Charboyya, histoire de saluer le brave marchand. Mais mon but véritable était bien sûr Keleshane.
J’avais besoin de tissu pour me refaire quelques vêtements et je tâtai le terrain quant à sa disponibilité. La trouvant dans de bonnes dispositions, je lui fis une invitation dans les formes pour le lendemain soir, dans l’une de ses auberges de référence.
 
Sur le chemin du retour, Mira s’enquit de ce rendez-vous pour le lendemain. Je sentis que la contrariété de me voir séduire une autre femme le disputait à la curiosité.
« Tu comptes aller jusque où avec elle, m’interrogea la princesse d’un ton volontairement pincé.
- Aussi loin qu’elle souhaitera aller, répondis-je sans m’avancer.
- Sauf qu’elle sait déjà que cette invitation peut aller plus loin que la table, reprit-elle avec la même distance.
- Bien sûr qu’elle le sait mais ce n’est pas obligatoire. Je devrai être à la hauteur et la séduire pour avoir droit au dessert. Ce n’est pas une prostituée qui couche à la demande mais une femme très libre.
- Et moi je fais quoi pendant ce temps-là ? Tu crois que je vais regarder te taper une autre fille sans réagir ? répliqua-t-elle avec énervement.
- En fait, l’important n’est pas demain soir mais le soir suivant, répondis-je sur un ton volontairement neutre.
- Comment ça, le soir suivant ? Tu as prévu de remettre ça, en plus ?
- Demain soir, je lui sors le grand jeu pour la mettre dans de bonnes dispositions et ensuite je lui fais la proposition.
- Et quel genre de proposition, je te prie ? s’enquit-elle. »
Je sentais son ton de plus en plus colérique. Elle était à la limite de la crise de jalousie  et j’estimai que j’avais suffisamment ménagé mon effet.
- La proposition de te laisser emprunter son corps pour que nous passions la seconde soirée tous les deux ensemble, à une bonne table puis dans une bonne chambre avec un lit confortable. Cela te plairait ?
- Ah… heu… bon… vu comme ça, cela peut justifier que je fasse preuve de tolérance et de patience, répondit-elle après un petit silence. »
 
Vu que l’épisode de Faliniaë était encore frais, je ne pensais pas prendre trop de risques et je comptais sur Miraëlan pour ne pas dépasser le temps imparti cette fois. Et goûter à nouveau à un certain confort, même de manière fugace, ne devait pas être pour lui déplaire.
 
Le lendemain trouva tout le groupe attablé dans une petite salle discrète de l’auberge. Galahel fit son entrée, toujours aussi quelconque dans ses vêtements élimés et passe-partout. Le genre de gars sur lequel personne ne se retourne et que l’on oublie sitôt qu’on l’a vu. Et pourtant, c’était un agent de Throal des plus influents et compétents.
Nous lui fîmes un rapport succinct de notre dernière aventure et plus détaillé des rencontres avec les thérans et de ce que nous avions vu au lac Ban. Il ne se montra guère surpris car il avait déjà eu la plupart des informations mais il apprécia certains détails et les comptes rendus de nos rencontres avec les thérans.
En retour, il nous informa que Throal ne prendrait pas de position officielle tant qu’ils n’en sauraient pas plus sur les intentions théranes. Néanmoins, les armées étaient mobilisées et les forces d’exploration envoyées au plus près. Il nous annonça également que les galions que nous avions retrouvés étaient en cours de réparation et que ceux-ci pourraient prochainement être engagés contre les assaillants.
Galahal repartit ensuite, nous laissant discuter entre nous de ces nouvelles.
 
Peu après, je retournai dans ma chambre pour m’apprêter à nouveau puis j’allai retrouver une Keleshane toujours enthousiaste de me retrouver. Il est vrai qu’avec ma tenue élégante et les récits de mes aventures, je sortais du lot de ses fréquentations habituelles. Je n’étais peut-être pas le meilleur des amants, mais l’ennui ne serait pas au rendez-vous. Surtout avec l’offre que j’allai lui faire.
Je m’appliquai de mon mieux tout au loin de la soirée pour séduire et distraire la belle vendeuse elfe. J’eus droit à de nombreux sourires et à quelques compliments en retour. Le jeu de la séduction mutuelle fonctionnant à plein, nous finîmes la soirée dans une chambre confortable.
Par chance, Mira se tint à peu près tranquille et je n’eus droit qu’à quelques commentaires et même un conseil. Elle vivait l’instant comme une répétition du lendemain mais avec un rôle tout autre pour elle.
 
Plus tard dans la nuit, une fois nos désirs assouvis et nos esprits alanguis, je me tournai vers la belle elfe et lui déposai un tendre baiser sur son épaule dénudée avant de lancer la conversation.
« Kelashane, c’était un moment délicieux et je t’en remercie sincèrement.
- Je crois que tu as déjà montré tes remerciements et ta sincérité lors des instants passés, répondit galamment l’elfe avec un sourire repu.
- Serait-ce abusé d’envisager la prochaine soirée sous les mêmes auspices, lançai-je doucement.
- Valérian, j’ai passé une soirée des plus agréables. Toutefois, tu sais que je n’ai pas pour habitude de passer deux soirs de suite avec la même personne, répondit-elle avec un léger soupçon d’exaspération.
- Certes, j’ai connaissance de tes principes. Toutefois, ma proposition sort de l’ordinaire et ne sera pas semblable à celle-ci.
- Si tu souhaites m’inviter aussi demain, cela risque de finir de la même manière, poursuivit-elle sur le même ton.
- J’y compte bien, mais je souhaite y introduire un nouvel élément. Quelque chose de particulier qui n’est guère facile d’expliquer.
- Un truc sexuel bizarre ? J’aime bien la nouveauté et l’exotisme mais pas jouer les poupées dociles, attention ! me prévint-elle avec un froncement de ses jolis sourcils.
- En fait, j’ai une amie qui a besoin d’aide, hasardai-je.
- Tu veux faire un truc à trois ?
- Heu… oui et non… »
 
Je commençais à perdre mes moyens et à m’embrouiller tant la chose à expliquer était délicate. Je ne voulais pas brusquer ni effaroucher l’elfe qui était désormais complètement réveillée et à deux doigts de me virer du lit si ma proposition lui semblait indigne d’elle.
 
« Comment ça ?! C’est oui OU non ?
- C’est un peu plus compliqué que cela…
- Et bien expliques-toi ou fiches le camp ! s’impatienta-t-elle
- Voilà… j’ai une amie qui est… comment dire…
- J’en suis ravie pour toi ! Et ?
- … qui est privée de corps et qui aurait envie d’une soirée en tête-à-tête avec moi, lâchai-je.
- Hein ? Comment ça privée de corps ? Tu te fiches de moi ? Ça n’existe pas ce genre de truc !
- Je peux t’assurer que si…
- Et je fais quoi moi là-dedans ?
- Tu lui prêtes ton corps le temps d’une soirée, répondis-je d’un ton égal.
- Rien que ça ! Et j’y gagne quoi dans l’affaire ?
- À toi de voir ; les négociations sont ouvertes.
- Tu me prends donc pour une prostituée qui vend son corps, c’est ça ? s’énerva-t-elle à nouveau.
- Pas du tout. Miraëlan est une elfe qui a beaucoup de classe et des critères sociaux très élevés. Elle refuserait d’emprunter un corps qui lui déplait. Et parmi mes connaissances, tu es la seule que je connais qui puisse correspondre à ses critères, rétorquai-je sur un ton que je voulais le plus flatteur et gentil possible.
- Une elfe, hein ? Et si je refuse ?
- Et bien, tu refuses. Nous restons amis et on se reverra une prochaine fois, voilà tout. Je connais ton caractère et tes principes ; je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit et je ne vais pas commencer aujourd’hui.
- Cela durerait combien de temps ?
- La soirée et la nuit si tu y consens.
- Hum… cela mérite réflexion. »
 
Keleshane s’était calmée et elle étudiait ma proposition avec sérieux cette fois. Dire que la vendeuse elfe était une sentimentale aurait été un mensonge. En revanche, elle était matérialiste et aimait les belles choses. Je sentais que son prix allait être exorbitant mais j’étais en-dessous de la vérité.
Après quelques minutes de réflexion que je meublai en caressant l’une des superbes jambes de ma compagne d’un soir, l’elfe tourna à nouveau son regard vers moi. La méfiance y était toujours présente.
« J’accepte ta proposition en échange d’un service à venir, de toi ou de ta copine désincarnée.
- Heu… quel genre de service ? m’enquis-je prudemment.
- Je ne sais pas encore pour le moment. C’est une sorte d’assurance pour le futur. Si j’en crois tes histoires d’aventure, tu es capable de bien des choses. Peut-être aurais-je besoin un jour de tes talents. Et est-ce que je te demande ce que vous allez faire avec mon corps ? Je suppose qu’une fois que ta copine aura pris les commandes, je ne pourrai plus dire non ?
- C’est ça… Une seconde, je la consulte pour savoir si elle est d’accord.
Kelleshane m’observa avec curiosité durant les quelques secondes de mon échange mental avec ma princesse personnelle.
- Très bien. C’est d’accord pour nous. Une soirée et une nuit en échange d’un service à venir.
- Fort bien. Et j’espère que tu n’auras pas la mauvaise idée de te faire tuer avant de tenir ta promesse.
- Je… nous l’espérons aussi, répondis-je gravement.
- Bon sang ! s’exclama-t-elle soudainement. Tu as vraiment un esprit en toi ?!
- Heu… un second, oui. Parce que j’ai quand même le mien d’origine, répondis-je avec un sourire. Mais je vois que tu doutes encore.
- Tu m’étonnes mon lapin !
- D’accord. Mira, peux-tu dissiper les doutes de ta future hôtesse ?
 
L’image spectrale de la princesse Miraëlan apparut à côté du lit. Son regard fixait celui de Keleshane qui en resta muette de saisissement tout en la regardant de haut en bas.
« Très bien… je suis fixée. À demain… Mira »
L’image spectrale s’estompa, non sans un dernier sourire carnassier de la thérane.
« Une dernière chose, Kel’. Si tu parles de cela à quiconque, notre accord est caduque.
- Je comprends. Rassures-toi, je ne dirai rien : je n’ai pas envie de passer pour une folle auprès de mes connaissances. Bien, il est temps de dormir ; je ne voudrais pas vous laisser un corps épuisé demain, dit-elle en m’adressant un clin d’œil. »
Nous retournâmes nous coucher mais le sommeil fut long à venir, tant pour elle que pour moi.
 
Le lendemain soir et la nuit suivante furent à la hauteur de nos attentes. J’avais réservé une table à l’auberge Le Saule et le Sylphelin, la meilleure de  la ville. J’y étais déjà venu, il y avait quelques années, dans des circonstances moins agréables. Kelleshane s’était faite resplendissante pour l’occasion et sa robe bleu nuit la mettait parfaitement en valeur. Une fois que Mira pris le contrôle du corps, son expression changea subtilement, tout comme son regard. Si celui de Kelleshane était séduisant avec un brin d’espièglerie, celui de Miraëlan était de l’amour vorace et exigeant.
Le service et les plats furent parfaits et même Mira sembla les apprécier. Je craignis au départ qu’elle ne tente d’expédier les plats pour se précipiter dans la chambre, mais elle se prit au jeu et apprécia l’instant, renouant avec des sensations gustatives et olfactives délicieuses qu’elle n’avait pu retrouver au milieu de la jungle de Servos.
De mon côté, je savourai l’instant également car je savais que de tels moments étaient rares et que je payais celui-là au prix fort, et pas que financièrement parlant.
Le reste de la soirée fut tout aussi intense. Passés les premiers élans passionnés, vinrent des moments plus tendres que nous prolongeâmes fort tard. Nous finîmes par sombrer dans le sommeil, épuisés et enlacés.
 
Au matin, ce fut une Kelleshane fragile et troublée que je trouvai à mes côtés.
Elle déclara qu’elle avait trouvé l’expérience étrange mais qu’il ne fallait pas compter sur elle pour la renouveler. Puis elle se leva et alla dans la salle d’eau se laver longuement.  
 
Une heure plus tard, je retournai à l’auberge de mes amis afin de préparer nos affaires pour retourner à Fort Vräss. De temps à autre, je percevais Mira fredonner dans mon esprit un air joyeux.
 
 
 
     
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Chapitre 49 - L'offensive thérane
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