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 Chapitre 48 - Entretien avec Miraëlan

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Chapitre 48 - Entretien avec Miraëlan   Sam 18 Juin - 17:01

Avertissement liminaire

Ce texte concerne exclusivement Valérian.

Si vous lisez les chroniques pour y trouver les exploits des autres personnages, ignorez sans regret ce chapitre qui ne concerne que les sombres réflexions du Caliméro du groupe, ainsi que ses relations avec Miraëlan.


Ce chapitre a été écrit à quatre mains. Le MJ a rédigé les longues tirades de la princesse.
Je ne lance pas de grandes déclarations d'amour à mon personnage I love you
C'est donc un chapitre 100% guimauve et flagellation introspective.
Vous voilà prévenu.




Chapitre 48 – Entretien avec Miraëlan
 
Quelques heures s'étaient écoulées depuis notre fuite et la nuit était bien noire sur la rivière Servos, sous les frondaisons de l'épaisse jungle.
J'avais fait de mon mieux pour soigner les blessés. Certaines t'skrangs avaient hésité à se laisser soigner par le lâche et j'avais rencontré à nouveau du mépris pour ma passivité. Je pouvais comprendre leur point de vue et je le partageai dans une certaine mesure.
Maintenant, hormis quelques matelots qui faisaient leur quart, la plupart des valides étaient en train de vider quelques bouteilles tout en contemplant le trésor.
 
Pour ma part, j'étais assis à la proue du Haut-landais violent, mon journal personnel sur les genoux et ruminant de sombres pensées. Mon esprit était un maelström et j'avais bien des difficultés à y mettre de l'ordre. Ces derniers jours avaient été riches en désillusions et en revers et j'avais bien des sujets de débats intérieurs à affronter.
Quelle était encore ma place dans cette compagnie ? Était-il temps pour moi de raccrocher mes bottes d'aventurier ?
Avais-je encore le droit de feindre d'être un questeur d'Astendar ? Combien de temps pourrais-je encore décevoir ma Passion ?
Qu'allais-je faire de la princesse Miraëlan ? Est-ce qu'il y avait un avenir commun possible pour nous sans que l'un ou l'autre, voire le deux, n'en souffre ?
 
Ces sujets étaient liés, pourtant, ils nécessitaient chacun une réponse distincte. Allais-je tout plaquer sur un coup de tête, suite à une mauvaise passe ? Sauf que ce n'était pas une mauvaise passe et, comme l'avais si bien rappelé Thregaz encore aujourd'hui, j'avais régulièrement mes "périodes dépressives".
Étais-je trop sensible ou trop faible pour ces aventures ? Trop de conscience ou de scrupules ? J'avais surtout l'impression d'avoir une approche différente de celles des autres. Une quête personnelle, une rédemption intime.
 
Le problème principal était que, sur tous ces sujets, j'avais surtout l'impression que je n'avais pas de choix. J'avais envisagé la vie d'aventurier comme la liberté ultime et le plus gros des mensonges était là. En fait, je me sentais piégé à tous les niveaux. Le développement et la sécurité de Vräss dépendait de nos actions. Je devais veiller sur Carelia et Garel. Astendar m'avait choisi pour me confier une quête qui me dépassait. Miraëlan était liée à moi jusqu'à ce que je lui trouve un corps et peut-être même encore après.
Mes actions étaient dictées par mes sentiments et mes responsabilités, sans que mon libre arbitre ait sa place.
 
Où étaient mes motivations dans tout cela ? Il y a bien longtemps que j'avais mis de côté le statut de héros. Je n'en avais visiblement pas l'étoffe ni la volonté et je ne devais souvent ma survie qu'à mes amis. Alors pouvais-je me contenter d'accompagner de vrais héros ou de profiter de leur notoriété comme je le faisais déjà depuis un certain temps ? Sans doute. Mais plus qu'un héros, je voulais être utile. J'avais vu trop de choses pour reposer tranquillement mon barda et m'installer derrière une charrue. Contre les Horreurs, les thérans, les invaës, les clans orks renégats et autres sectaires, je ne pouvais sans doute pas grand-chose, mais j'essaierai. Pour protéger des gens comme Carelia et Garel, je ferai tout ce qu’il faudra.
Et le monde recelait tant de merveilles que je ne pouvais simplement me poser à un endroit. La nature était merveilleuse et si changeante, à l'image des femmes. Des reliefs à arpenter, des grottes à explorer et parfois des zones vierges à découvrir. Que l'on ne vienne pas me dire qu'il n'y avait pas de rapport entre la nature et Astendar !   
 
Avais-je encore envie de repartir à l'aventure ? Quelle était ma place dans ce groupe ? Toute cette journée avait démontré que j'étais tout sauf indispensable. Ils pourraient, sans difficulté, trouver à Throal un adepte éclaireur qui leur rendrait les mêmes services que moi, les "périodes dépressives" en moins. Il pourrait même s'en passer car Afiriz se débrouillait bien en nature et T'saslinka savait se montrer des plus discrètes.
Le problème était que ces missions s'imposaient souvent d'elles-mêmes et qu'il m'était difficile de dire non une fois les enjeux connus. Et ceux qui me connaissaient savaient pertinemment quels arguments utiliser pour me faire bouger. Étais-je prisonnier de mes amitiés et de mes responsabilités au point d'en mourir ? Il semblerait que oui jusqu'à présent. 
J'étais bien décidé à prendre un peu de temps pour moi avant de courir à nouveau mais je savais que ce n'était que vaine bravade et qu'il suffirait de tirer sur la bonne ficelle pour que la marionnette Valérian s'anime à nouveau.
 
 
Le sujet Astendar était différent. La quête d'Andelin n'avait guère progressée depuis que la Passion m'avait confié le luth. Je m'attendais chaque matin à ce que l'instrument m'ait été retiré par faute d'inaction. Soit Astendar s'était complétement désintéressée de moi et s'était fait une raison de mon incompétence, soit elle était d'une patience sans borne.
Si je faisais le compte de mes dernières actions dans ce domaine, ce n'était guère glorieux : j'avais abandonné à un sort funeste une jolie troubadour elfe sans tenter quoi que ce soit, je m'étais ridiculisé en combat dans un de ses autels, je n'avais pas su nettoyer la corruption de ce même autel. Et je doutais de l'amour d'une princesse qui n'était pourtant pas avare d'élans passionnés. Pas brillant comme bilan pour un soi-disant questeur.
Mais, là non plus, je ne pouvais guère revenir en arrière. Allais-je me rendre dans un temple, poser le luth sur l'autel d'Astendar en disant "Je vous rends votre luth. Il y a erreur sur la personne" ? L'idée était presque tentante tant cette quête était une pression supplémentaire, voire une énorme farce. Mais allais-je ajouter la désertion à l'incompétence ?
Si je reniais Astendar, je perdais ma boussole, mon phare dans les ténèbres. Je l'avais si souvent invoquée dans les moments difficiles et avec un effet déterminant que m'en détourner maintenant sera une vraie trahison. Tant pour elle que pour moi. 
 
Les paroles d'Astendar me revinrent, comme en écho : « Qui veux-tu être, Valérian ? Le héros qui sauve les personnes, qui survit aux terribles combats et qui conquiert le cœur des jeunes femmes ? Ou l’aventurier qui doute toujours de lui, qui se lamente sans fin et qui porte chaque conquête amoureuse comme un fardeau ? Quel Valérian veux-tu être ? » 
Je savais celui que je voulais être. Mais, à l'épreuve de la réalité, la question se posait plutôt en ces termes : quel Valérian avais-je les moyens d'être ?
 
Mes aventures frénétiques de ces derniers mois m'avaient détourné de mes devoirs de questeur.
Une chasse au trésor était-elle plus importante que retrouver la mythique Andelin ?
Avais-je le droit de donner la préférence aux dernières volontés d'un ami mort plutôt que trouver ce qu'il était advenu d'une célèbre cité elfe et de ses habitants ?
Mes priorités étaient sans doute à revoir.
Dans un premier temps, il me fallait trouver les bonnes personnes et revenir purifier le temple de la jungle de la corruption et faire revivre cet autel d'Astendar. Ensuite, il me fallait monter une équipe pour retrouver Andelin, quitte à la créer moi-même. Je pouvais comprendre que retrouver une cité d'elfes n'intéresserait pas forcément Thregaz et Afiriz, ni Ghorghor.
Il faudra aussi que j'ai une conversation avec la princesse. Elle avait déjà éludé deux fois mes questions à ce sujet et cela ne pouvait plus durer.
 
 
Miraëlan justement…
J'avais conservé le plus difficile pour la fin. Mes sentiments pour elles devenaient de plus en plus ambivalents. J'étais toujours fortement attiré par elle. Sa personnalité, son statut de princesse elfe, sa sensualité. J'étais fasciné par l'image qu'elle m'envoyait d'elle, tel un papillon par la flamme d'une bougie, prêt à se consumer une fois encore pour elle.
Mais son attitude de ces derniers jours m'avait rendu plus lucide et ôté une partie de mes œillères. Elle me tenait tête de plus en plus souvent et semblait assez peu préoccupée de mon sort.
 
Certes, elle m'avait aidé et sauvé la vie à plusieurs reprises mais, à bien y regarder, cela avait toujours été dans son intérêt.
Elle nous avait aidés à tuer l'Horreur mais sans cela cette dernière aurait atteint son tombeau et elle aurait définitivement basculé dans la folie, voire pire encore.
Elle nous avait soutenus à bord du Haut-landais violent mais pas avant d'avoir marchandé ses services.
Elle m'avait ramené à la conscience, et peut-être même à la vie, lors du combat contre les morts-vivants du temple de la jungle mais cela lui avait permis d'emprunter le corps de Faliniaë. Corps qu'elle n'avait toujours pas rendu.
Bref, ce n'était visiblement pas la générosité ou la reconnaissance qui motivait ses actes.
Par ailleurs, elle savait très bien comment me manipuler et ne se préoccupait aucunement de l'intérêt de Faliniaë en lui empruntant son corps durablement.
Ajoutons à cela le fait qu'elle se comportait désormais comme une princesse habituée à être obéie et à être servie par des esclaves, qu'elle disposait des pouvoirs magiques d'une puissante sorcière et des capacités d'une entité spectrale capable de posséder le corps de son choix. Sans oublier qu'elle avait dansé pendant des siècles sous forme spectrale. Un truc pas très recommandé pour la santé mentale, à mon humble avis.
Avais-je vraiment envie de faire confiance à une telle créature et étais-je prêt à la ramener avec moi pour qu'elle puisse s'amuser avec Carelia ou Maloniel, par exemple, si l'envie lui en prenait ?
Si j'étais un questeur sans conscience, notre association pourrait être idéale : nous choisissions un corps ensemble, elle s'en emparait ensuite et nous passions du bon temps jusqu'à nous lasser et changer de victime.
Mais voilà, j'avais une conscience. Un modèle même un peu trop gros, je pense.
 
Toutefois, je ne parvenais pas à considérer complètement Miraëlan sous un angle si noir.
Elle était née princesse thérane et l'esclavage était chose courante chez eux. Ses désirs passaient naturellement avant ceux des moins bien nés mais cela n'en faisait pas une personne mauvaise pour autant. Elle était une des sorcières les plus prometteuses de sa génération et elle s'était sacrifiée pour son peuple afin de confiner l'Horreur Agoastia. Une personne fondamentalement égoïste n'aurait jamais consenti à un tel sacrifice.
Par ailleurs, elle était encore jeune lorsqu'elle était morte. Qu'elle aspire à revivre pleinement, qu'elle aime faire l'amour, séduire et manipuler un peu au passage, n'était pas incompréhensible. Qu'elle se fasse tirer l'oreille (les elfes se faisaient-ils plus souvent tirer l'oreille que les humains ?) pour abandonner un corps et reprendre une désincarnation qu'elle connaissait depuis des siècles pouvait tout autant se concevoir.
 
Je n'étais pas plus avancé.
Est-ce qu’elle me faisait peur ? Oui.
Est-ce que je regrettais de l’avoir sauvé ? Non.
Est-ce que je le referai sachant ce qui arrivera ensuite ? Oui, sans hésiter. 
 
Ma princesse thérane était à la fois mon plus beau fantasme et une de mes pires craintes. Nous étions si différents que je ne voyais guère de point d'équilibre dans une relation durable. Et pourtant, j'allais devoir en trouver un.
Lui laisser une totale liberté n'était pas envisageable en l'état si je tenais à conserver ma vie en société et mes amis. À l'inverse, tenter de trop la contraindre finirait par la frustrer et elle m'abandonnerait pour vivre sa vie. Lâcher dans la région une sorcière thérane incontrôlable avec de tels pouvoirs était tout sauf une bonne idée.
Bref, j'allais devoir cultiver son affection, mon seul moyen de contrôle sur elle, si tant est que l'on puisse utiliser le terme contrôle. De toute manière, j'avais envie de cultiver son affection, tout en craignant qu'elle ne soit pas celle qu'elle paraissait être.
 
Quelque peu apaisé par mon soliloque mental et les directions qui en émergeaient, je rédigeai un acrostiche dédié à celle qui accaparait mes pensées.
 
Mystérieuse dans sa folle danse spectrale,
Intemporelle et évanescente reine du bal.
Ramenée parmi les vivants par un manant,
Attachée à son bras, la sorcière s'en éprend.
Ecartelée entre deux époques et deux mondes,
Libérée pourtant du tourment et de la tombe.
Audacieuse princesse qui fait saigner mon cœur,
Nymphe spirituelle qui joue avec mes peurs.
 
Hum. Ce n'était pas ce que j'avais fait de mieux mais cela sonnait assez juste.
 
Comme si mon poème l'avait invoqué
je sentis un pas léger approcher
et soudain la dame de mes pensées
à mes côtés vint s'agenouiller.
 
Miraëlan/Faliniaë vint se blottir contre moi. Son regard avait une telle douceur et ses gestes une telle  tendresse que mon ressentiment fondit aussi sûrement qu'une motte de beurre dans la Mer des enfers.
Étonnamment, elle renoua le lien mental entre nous plutôt que d'utiliser la voix du corps qu'elle occupait.
 
« Valérian, mon Chéri, mon Amour, mon Prince !
 
Je sais que je n'ai pas toujours été très gentille avec toi ces derniers temps. Je me suis laissée emporter par la joie de retrouver de vraies sensations physiques, et pas seulement astrales. Sentir les odeurs de ta peau, percevoir la lumière de tes yeux, entendre le son de ta voix, et ton joli petit accent quand tu parles en sperethiel (craquant !). Je n'évoquerai pas les sens du goût ni du toucher, qui m'ont tellement enivrée et porté aux nues, avec toi, que je ne m'en remets qu'à peine...

Non, laisses-moi terminer ! Le monde dans lequel tu m'as ramenée est très différent de celui que j'ai connu. Mes repères ne sont plus valables et tu es la seule balise qui me tient attachée à Barsaive. Et je sens bien que mes émotions, mes réactions, sont trop violentes ! Je vois aussi que tu déteste l'empire théran, sans trop comprendre pourquoi, et bien que cela me peine, je tenais à m'excuser si je t'ai blessé par des paroles ou des actes.

Par-dessus tout, sache que si je suis liée à toi, ce n'est pas uniquement par ces bracelets que je t'ai offerts. Du moins, pas de la manière que tu imagines ! J'y tiens énormément, mais je dois t'avouer un secret : je peux aller et venir à ma guise, agir sur le monde des esprits ou sur le plan physique, comme je le désire. Ces bracelets n'existeraient pas, que je n'aurais pas moins de sentiments à ton égard... ou d'emprise sur toi ; comme tu sembles le craindre. Je pourrais prendre possession de ton corps, si tu veux essayer, une fois ?

Cependant, c'est un don de moi énorme que je t'ai fait. Si tu t'intéressais un peu plus à la Magie, toi qui te prétends adepte, tu comprendrais que ce sont mes objets de trame, et qu'à travers eux, c'est toi qui dispose d'un grand pouvoir sur moi. J'ai choisi de t'aider quand tu me le demandais, mais si tu t'en donnais la peine, mon chéri, tu pourrais me contraindre à obéir à tes moindres désirs !

Si je te révèle cela, c'est parce que j'ai confiance en toi et que je sais tu répugneras à user de telles méthodes pour m'asservir. Mais je voulais que tu saches que je t'ai proposé ces bracelets en connaissance de cause, pour te témoigner mon affection, mon amour, ma Passion. Moi aussi j'ai vénéré Astendar dans une très lointaine existence. Et si Astendar existe toujours après cinq siècles de Châtiment, alors elle te fera entrevoir la pureté de mes sentiments.

Je t'en supplie, ne m'abandonne pas ! Les mots que tu as prononcés contre moi m'ont beaucoup peinée, moi qui croyais sincèrement à ton amour... J'espère que c'est la fureur des combats qui t'a un peu déboussolé, toi aussi... Je n'ai que toi dans ce monde, et je sens que je ferais plein de bêtises sans toi. Pardonne-moi, je t'en prie. Je ne veux pas te perdre, comme j'ai perdu tout ce à quoi je tenais auparavant...

Il y a quelque chose... d'elfique, en toi. Quelque chose qui me rappelle un souvenir ancien... enfoui. Et très agréable... N'étais-tu pas destiné à devenir mon Prince ? Je ne sais plus... tout se mélange... c'était il y a si longtemps...
Mais si tu me dis à nouveau que tu m'aimes, je pourrai faire ce que tu désires. Y compris abandonner ce petit corps charmant d'esclave en pleine jeunesse. Voire même beaucoup plus...

J'espère que nous pourrons repartir sur des bases plus sereines, après les événements de cette jungle humide et moite ! Que ces bracelets soient les symboles de notre amour, tout comme les anneaux d'Astendar ont symbolisé celui de Jeb et Katsika...
Et si nous trouvions un équilibre dans notre Passion, peut-être pourrions-nous rétablir l'équilibre dans cette province ? Que dirais-tu de régner sur Barsaive, en tant que couple royal ?

Mais pour l'instant, j'ai d'autres projets, si tu es d'accord... »
 
J'étais un peu sonné par toutes ces révélations. Elle m'avait tenu la main pendant cette longue déclaration et tentait de lire mes sentiments dans mon regard. Elle guettait un signe, un encouragement.
Elle avait déchaîné une nouvelle tempête dans mon esprit que j'avais eu toutes les peines à calmer.
Quel homme résisterait à une telle déclaration ? Était-elle sincère pour autant ? Je l'espérais de tout mon cœur car je n'entendais pas tenter de lutter contre elle. C'était perdu d'avance. Je ne voulais pas lutter et je voulais croire en elle, en nous. Et tant pis où cela nous mènera.
 
Je fermai les yeux quelques secondes et pris quelques respirations plus calmes afin de remettre un semblant d'ordre dans mes pensées. Puis je la regardai à nouveau et répondis de la même manière.
 
« Ma douce princesse, mon tendre amour.
C'est moi qui implore ton pardon pour mon égoïsme. J'aurais dû comprendre plus tôt ta soif de vie et je n'avais pas imaginé à quel point cela devait être grisant pour toi de retrouver toutes ces sensations.
Si tu le veux bien, je souhaiterais que l'on parle sérieusement de certaines choses avant de passer à tes autres projets, que j'approuve sans réserve bien sûr.
- Très bien. Je t'écoute. »
 
Elle semblait quelque peu rassurée par le début de ma réponse et curieuse de ce qui allait suivre.
 
« Je te remercie pour l’information concernant les bracelets. Comme tu t’en doute, je ne souhaite aucunement te contraindre à quoi que ce soit et j’espère n’avoir à jamais le faire. Je te sais gré pour ta confiance et ces bracelets n’en sont que plus chers à mes yeux. La contrainte, et donc l’esclavage, est une chose que je déteste et je ne le souhaite donc à personne. Lors de notre prochain passage à Throal, nous prendrons le temps d’aller à la Grande bibliothèque et de consulter les livres adéquats afin que tu comprennes pourquoi j’ai un problème avec l’Empire théran.
- Des livres écrits par qui ?
- Heu… par des sages de Throal, je suppose.
- Ce n’est pas très impartial, non ? Tu considères ta société comme meilleure parce que les livres rédigés par vos gens le disent ?
- Non, je déteste simplement l’idée de l’esclavage.
- Et moi, je déteste l’idée de la pauvreté dans laquelle vos élites maintiennent une partie de vos populations.
- Ce n’est pas pareil…
- Non, ce n’est pas pareil, mais est-ce mieux ? Un patron épuise un ouvrier en le payant une misère puis en embauche un autre dès que le premier ne tient plus la cadence. Et il faudra ensuite payer les impôts à la ville.
- C’est sûr qu’un esclave qui ne possède rien ne peut pas payer d’impôt.
- Exactement ! Il est délivré de ces contraintes. Son maître le nourrit, le loge, le soigne si besoin. En échange, il travaille pour lui. Un bon esclave est un investissement et le maître n’a pas envie de perdre son investissement. La différence est mince avec vos seigneurs ou patrons.
- L’ouvrier peut changer d’employeur à sa guise, pas l’esclave !
- Vraiment ? As-tu déjà eu un patron ?As-tu déjà obéi à un seigneur ?
- Bon, on ne va pas passer la soirée là-dessus, mais il faudra que l’on revienne sur ce sujet.
- À ta disposition, mon chéri.
- Je souhaiterais parler de notre relation de ces derniers jours. Ai-je fais quelque chose de mal ? Pourquoi joues-tu ainsi avec moi ?
- Peux-tu préciser ? Je ne joue pas avec toi.
- Cette manière de négocier à chaque fois que je te demande un peu d’aide. Le fait que tu considères qu’il est plus important de protéger le trésor que moi. Ta façon de m’ignorer pendant les combats de ce jour. Je crois que c’est tout…
- Ah. Je vois. Je t’avoue que je suis moi-même un peu perdue depuis que j’ai retrouvé une certaine autonomie dans ce corps. J’en suis parfois à me perdre dans mes propres sensations retrouvées et à oublier un peu ce qui m’entoure.
- Mouais. Il me semble que tu as vite retrouvé tes marques pour donner des ordres à ceux que tu considères comme des esclaves.
- Peut-être. C’est naturel pour moi de donner des ordres et d’être obéi. Je n’ai vécu que comme cela. Je suis née princesse et je suis morte princesse. Bon, là, c’est vrai que j’ai moins l’impression d’être une princesse mais il va me falloir un peu d’habitude pour m’y habituer. Tant que je n’avais pas de corps, il n’y avait pas de corvée à faire. Quant à ma manie de négocier, ce n’est pas de l’ingratitude mais c’est ma manière d’exister.
- Pardon ?
- Si je te donne tout ce que tu veux dès que tu claques des doigts, ma personnalité n’existe plus. Je ne deviendrai qu’une extension de tes désirs, un outil.
- Tu exagère là…
- À court terme, peut-être. Mais à moyen terme, j’ai raison. D’ailleurs, il me semble que le libre arbitre t’était cher, non ?
- Oui, mais quand on partage le même corps, tu pourrais tout de même m’aider à le préserver, non ?
- Tu t’en sortais très bien avant que j’arrive, me semble-t-il.
- Ah tu trouves, toi ? Tu n’as pas bien vu mes cicatrices !
- Oh que si ! Toutes ! Et je trouve que ça te donne un genre très aventurier, un petit côté guerrier que ta personnalité ne laisse guère deviner. On voit que tu en as bavé et que tu sais t’accrocher à la vie. C’est très… stimulant pour une femme !
- Ah bon ? Pourtant, si je pouvais me débarrasser de la plupart, je ne m’en priverais pas.
- C’est ton corps, tu fais ce que tu veux, mais je pense qu’elles font partie de toi. De ta légende. On sait que tu n’es pas juste un raconteur d’histoires mais que tu les vis.
- N’empêche qu’elle fait vachement mal la légende sur le moment.
- Tu préférerais des cicatrices comme celles de ton pote troll ?
- Ah ben non merci ! Là, je pourrais dire adieu à ma petite carrière de questeur !
- Tu vois que ce n’est pas si grave. Ensuite, il y a une seconde raison : si je me mets à faire usage de ma magie à chaque fois que tu l’estimes nécessaire, tu vas te reposer sur moi et te ramollir.
- Dis, tu ne pousses pas un peu, là ?!
- Non. Et tu n’es pas censé faire de magie je te rappelle.
- Tout comme une certaine Faliniaë n’est pas censée donner des ordres…
- Tout à fait ! Je vois que tu as compris le principe, mon chéri. Je suis fier de toi !
- Moques-toi de moi en plus ! »
 
Pour se faire pardonner, elle me fit un long baiser qui me cloua très efficacement le bec.
 
« Ensuite, pour l’histoire du trésor, j’avoue que ce n’était qu’un prétexte. Je ne voulais tout simplement pas quitter ce corps.
- C’est bien ce que je pensais.
- Et pour aujourd’hui, malgré ce que tu crois, j’ai toujours veillé sur toi.
- Tu plaisante ou quoi ! Je n’ai servi à rien et j’ai été empoisonné !
- Ce poison n’était pas mortel. De plus, côté soin, je suis nulle et je ne pouvais rien y faire.
- Je me suis pris un coup de lance dans le ventre !
- Et ton adversaire est ensuite allé voir ailleurs, non ?
- Heu.. oui !
- Tu ne t’es pas posé la question pourquoi il n’a pas poussé son avantage et continué à t’attaquer ?
- Sans doute n’étais-je pas un combattant assez valeureux pour lui…
- Eh Valérian ! C’était un t’skrang primitif, pas un maître d’armes qui t’as lancé un duel ! Chaque mort qu’il fait renforce son prestige.
- Donc tu veux dire que…
- Oui… je suis intervenue pour qu’il se détourne de toi. De même, si je donnais des ordres un peu inutiles aux elfes, c’est parce que j’étais concentrée pour semer le trouble chez vos ennemis et éviter qu’ils ne vous submergent. Tu n’as pas remarqué que leur assaut manquait d’audace et qu’ils fuyaient un peu vite ?
- Heu, non… j’avoue que je n’ai pas remarqué, répondis-je un peu penaud.
- C’est donc que j’ai bien fait mon boulot. Du coup, mon action n’a pas été observée et votre légende en sort grandie. Si je mettais à lancer des sorts à tour de bras, de qui crois-tu que l’on parlerait bientôt ?
- Bon, je suppose que je te dois des excuses et des remerciements.
- Non, j’aurais dû t’en parler. Je ne pensais pas que tu serais empoisonné de cette manière et que serais aussi désemparé ensuite.
- Mais pourquoi tu n’en as pas parlé aux autres ?
- Pourquoi ? Pour rabaisser leur bravoure dans ce combat ? Pour qu’ils ne sachent pas s’ils doivent la victoire à leur valeur ou à ma magie ? Je n’en vois pas l’intérêt. Il y a déjà bien assez d’une personne qui doute d’elle-même à bord. Et puis, à part toi, qui me croirait ?
- Tu n’as peut-être pas tort…Passons à autre chose. Pourquoi ne m’as-tu pas dit plus tôt que tu vénérais aussi Astendar ?
- Parce que je voulais être sûr que ton Astendar d’aujourd’hui était la même que la mienne. Et je souhaitais savoir à quel point tu lui étais dévoué.
- Hum. En fait, c’est assez compliqué.
- Oui, j’en ai l’impression. Je ressens chez toi la passion et une réelle envie de bien faire, mais aussi une réserve et une frustration qui t’empêche de te libérer complètement.
- Là aussi, je crois que j’ai beaucoup à te raconter.
- Parfait, j’adore les histoires !
- À propos d’histoire, que peux-tu me dire sur Andelin ?
- Andelin ?
- Oui, je t’ai déjà posé deux fois la question mais tu ne m’as jamais répondu. Pourquoi ?  
- Andelin… Andelin… ce nom me dit vraiment quelque chose. Il évoque un sentiment puissant, une harmonie et une beauté oubliées. Mais pourtant, je n’arrive pas à m’en souvenir avec précision, comme si une nappe de brumes voilait mes pensées... Pourtant, j’ai bien conscience de l’existence de ce royaume, je crois même m’y être déjà rendue en visite lorsque j’étais enfant ! Mais impossible d’en garder autre chose qu’un souvenir flou. Mis à part les époux royaux d’Andelin : d’eux, je garde un souvenir très clair, et ému. Kervala et Larkspur étaient les plus beaux elfes qu’il m’ait été donné de contempler, et leur amour était si puissant que mon cœur se gonfle de joie rien qu’au souvenir de ces merveilleux seigneurs ! 
- Tu t’y es rendu mais tu ne t’en souviens plus ? La magie de dissimulation de cette cité mystérieuse est réellement très puissante.
- Tu sais des choses sur cette cité ?
- Oui, je te ferai part des raisons et de l’avancée de mes recherches un autre jour, si tu veux bien.
Je souhaite aborder un autre sujet car j’ai négligé un aspect important de ta personne. Être princesse, c’est faire partie d’une famille régnante, d’une lignée spécifique. Qui étaient tes parents, de quel endroit étaient-ils roi et reine ? Tu as peut-être encore de la famille et j’espère pouvoir t’aider à les retrouver, si tu le souhaite. Une fois résolu ton problème de corps. Ou si nous ne parvenons pas à le résoudre.
- Quelle ignorance envers Thera ! Je ne pensais pas que les Barsaiviens étaient tombés si bas ! Je crois qu’il va falloir que je t’explique un peu plus en détail le fonctionnement de notre empire, si je veux éviter de devoir t’expliquer à tout bout de champ des choses qui étaient évidentes pour les Barsaiviens avant le Châtiment !
Sache que la plupart des richesses et du pouvoir de l’empire sont détenus par onze Maisons nobles, qui forment le principal pouvoir politique, le Conclave. Mais chaque maison est elle-même composée de plusieurs familles aristocratiques, liées par une histoire commune, et pas forcément par le sang comme il est d’usage dans les contrées barbares. La plupart des maisons comportent ainsi des familles de plusieurs races, d’autant plus que les adoptions sont monnaies courante, et constituent un enjeu politique important. Chaque famille est dirigée par un patriarche, le Podestat, qui a droit de vie et de mort sur l’ensemble de la maisonnée.
- Hum… j’ignorais effectivement tout cela et je confesse que, jusqu’à il y a peu de temps, je ne m’intéressais pas du tout aux thérans. Qu’en est-il de toi ?
- Je suis, pour ma part, une fille du Podestat Hosteus Jotyn, qui était déjà un très vieil elfe lorsque je suis née ! A ce titre, je dispose d’un rang de princesse, et mes frères sont princes. Il est probable que la maison Jotyn dirige encore les opérations minières dans les différentes provinces de l’empire, comme c’était le cas à Argovesia lors de ma jeunesse.
Mais dans un premier temps, je ne suis pas certaine d’avoir envie de renouer avec ce passé : pour ma famille, je dois être considérée comme morte depuis belle lurette ! Il me serait difficile d’établir des relations sereines avec des gens qui ont deux générations d’écart avec moi ! En plus, la communauté que je supervisais ayant disparu, il me serait difficile de prétendre retrouver mes fonctions. A moins que nous ne trouvions un moyen de restaurer les mines d’Argovesia ?
- Heu… ça me semble un peu compliqué pour le moment. J’en ai bien parlé à Throal et ils enverront certainement une expédition. Pour l’instant, il faut surtout te trouver un corps avant de pouvoir envisager une quelconque fonction officielle pour toi.
- Certes. De toute manière, je ne pourrais, au mieux, que constituer un déséquilibre du pouvoir dans ma famille et être instrumentalisée pour les desseins d’un de mes petits cousins. Ou plus probablement, je serais simplement rejetée, car n’ayant pas de raison de prétendre à un quelconque rang… Le plus simple est sans doute de patienter un peu pour découvrir ce qu’il en est aujourd’hui de cette Maison…
- En effet, nous avons d’autres priorités. Toutefois, le moment venu, je serai prêt à prendre le risque d’entrer dans l’Empire théran si cela peut aider à ton bonheur et si tu préfères retourner parmi les tiens.
- Tu ne souhaites pas que je reste à tes côtés, si je comprends bien ?
- Si, je souhaite t’avoir à mes côtés, aussi longtemps que possible. Mais ce qui m’importe, c’est ce que tu souhaites toi. Et peut-être que quand tu auras réalisé que je ne suis qu’un simple humain pas très doué, tu auras envie de retrouver tes racines.
- Idiot ! répondit-elle dans un sourire. Tu es tout sauf un simple humain. Tu es celui qui a pris tous les risques pour me sauver de ma malédiction. Et tu es doué pour plein de choses.
- Hum. Passons à un autre sujet. Mira, je choisis de te faire confiance, de croire en nous et de t’accepter dans mon monde.
- Merveilleux ! Pourquoi j’ai l’impression qu’il y a un mais sous-jacent ? dit-elle en fonçant ses jolis sourcils face à mon regard grave.
- Mais j’avais une vie avant de te rencontrer.
- Une femme ? »
 
Elle se raidit.
 
« Heu… c’est un peu plus compliqué que ça, hésitais-je.
- Plusieurs femmes ? Des enfants ? »
- En fait, j’ai un fils. Garel.
- Et sa mère ?
- Carelia ? Je l’aime encore un peu mais nous avons réussi à prendre nos distances.
- Pourquoi ?
- Je ne voulais pas l’exposer à mes aventures et je n’ai jamais voulu cet enfant.
- Il n’empêche qu’il est là et que c’est toi le père.
- Je sais et je veille sur eux comme je le peux. Ils ne manquent de rien et je passe les voir quand j’ai un moment. Hé ! Tu n’es pas plutôt censé être fâchée ou jalouse plutôt que me faire des reproches !
- Non, je n’ai rien contre elle. C’était avant et tu ne l’aimes plus. Et puis je n’aimerais pas découvrir que tu es un salaud !
- Enfin… je l’aime encore un peu.
- C’est bien ce que je dis : tu ne l’aime plus. Oses me dire en face que tu m’aimes juste un peu ! me taquina-t-elle.
- Il y a bien aussi Maloniel…
- Allons bon ! C’est qui celle-là ?
- Une jeune humaine des forces d’exploration de Throal.
- Et tu l’as bien explorée ?
- Mira !
- Pfff ! Si on pas plaisanter là-dessus avec un questeur d’Astendar ! Bon, tu en es où avec elle ?
- C’est une gentille fille. On a développé une relation qu’on renoue lorsqu’on se rencontre mais chacun conserve sa liberté et ses occupations.
- Bon, c’est une gentille fille de passage. Rien de bien sérieux.
- Comparé à toi, non… »
 
Là, c’était un vrai mensonge.
 
« Donc tout va bien. Tu n’es marié avec aucune ?
- Non. Hm, Mira ?
- Oui ? C’est quoi encore cet air sérieux ?
- Promets-moi que tu ne t’en prendras pas à elle si tu les rencontre.
- Bon… Je te promets de ne pas déclencher d’hostilités, si tu le désires. Mais ne va pas imaginer que je me laisserai maltraiter si ma présence provoque des jalousies chez tes précédentes conquêtes ! Je ne leur en veux pas, puisque tu ne les aimes pas. Mais qui me dit qu’elles ne vont pas vouloir me nuire, d’une manière ou d’une autre ? Ainsi sont les femmes, et il faut savoir se protéger de leurs méfaits !  
- Pour le moment, elles n’auront aucune raison d’être jalouse puisque, aux yeux de tous les autres, tu n’existes pas.
- Peut-être pas pour le moment, mais si elle cherche à te conquérir à nouveau, je serai sur leur chemin.
- Je ne leur donnerai pas d’illusions sur ce point. »
 
C’était bien ce que je craignais. Elle ne les avait pas encore rencontré qu’elle était déjà jalouse et prête à en découdre. J’avais intérêt à éviter autant que possible Carelia et Maloniel. Ça sera un crève-cœur mais je vais devoir museler mon amour pour elles afin de les protéger.
« …et qui porte chaque conquête amoureuse comme un fardeau. » Cela n’aura jamais été aussi vrai qu’avec ma princesse. Je m’arrachai à ces pensées amères et repris notre conversation avant qu’elle ne soupçonne quoi que ce soit.
 
« C’est quoi cette histoire de m’appeler ton prince ? Et je n’ai rien d’elfique. Je te rappelle que je suis un humain, et de basse extraction.
- Je ne sais pas… C’est curieux, quand je te regarde avec ces yeux, je vois effectivement un humain du nom de Valérian. Quand je te regarde avec ma vision astrale, ta trame se brouille et je vois un prince elfe et un jeune humain qui te ressemble – ton frère peut-être ? – se mêler à toi.
- Hum… je vois. Pour cela, j’ai sans doute une explication. Je ne me suis pas toujours appelé Valérian et le jeune homme doit être mon moi d’avant.
- Intéressant. Et qui étais-tu avant ?
- Quelqu’un dont je n’ai pas envie de parler…
- Très bien. Mais ça serait mieux que tu fasses le point là-dessus afin de regrouper tes deux personnalités car elles se parasitent.
- Quoi ?
- C’est une partie de toi refoulée qui cherche tout de même à exister. Elle t’influence, d’une manière ou d’une autre. Un fardeau, une conscience, une fracture de trame, appelles-cela comme tu veux. Je parierais que cela n’est pas étranger à tes périodes dépressives.
- Ça n’a rien à voir. Si mon moral vacille, c’est à cause des événements qui nous tombent dessus et de mes échecs successifs.
- Faux ! Comme tu l’as dit : ces événements nous sont tombés dessus. Pas juste sur toi mais sur tout le groupe. Pourtant, toi seul réagis ainsi et broie du noir.
- Peut-être mais les autres ont fait face et ont réussi à vaincre. Moi, je suis allé de défaites ridicules en passivité coupable.
- Tu as sous-estimé un adversaire et tu t’es mis trop de pression à cause d’enjeux importants pour toi seul dans le temple de la jungle. Aujourd’hui, tu as été empoisonné. Mais tu es en vie et ton heure viendra. Tu ne vois que ce qui ne va pas et tu occultes tes réussites.
- Des réussites ?! Mais où ça, bon sang ? Vas-y, cites m’en pour voir ! »
 
Elle déploya une main et compta ostensiblement sur ses doigts.
 
« Un : tu as fait ton boulot d’éclaireur pour le groupe et tu l’as bien fait puisque nous sommes arrivés à destination sans trop de bobos. Deux : tu as tenu tête à Rancar et tu as libéré trois esclaves.
- Seulement trois…
- Rancar t’avais savonné la planche avec son discours avant le tien. Franchement, trois ce n’est pas si mal. Si tu en avais libéré plus, nous aurions eu des problèmes de nourriture. Et surtout, tu as libéré la petite elfe dont j’emprunte le corps. Sans cela, ce serait Vesrell qui serait dans tes bras… ».
 
Sa remarque nous fit rire tous les deux. Cela me fit du bien. J’ignorais que j’en étais encore capable.
 
« Trois : c’est grâce à toi que nous avons trouvé le trésor. L’idée des anneaux est de toi.
- Bah, quelqu’un d’autre aurait fini par y pensé.
- Cela, nous ne le saurons jamais. C’est toi qui avais soupçonné depuis longtemps qu’ils étaient plus importants que ce que tout le monde pensait. Quatre : ta réaction contre Aychasu nous a permis de mettre la main sur le vrai trésor. Sans cela, nous nous serions partagés le truc ridicule négociés par tes amis. Et le trésor, c’était quand même le plus important dans cette affaire non ?
- Mouais. Ce sont quand même les autres qui ont gagné ce combat sans moi.
- Peut-être, mais c’est toi qui a provoqué ce combat. Tu n’es pas un grand guerrier ? La belle affaire ! Ce n’est pas ce que tu veux devenir, non ?
- Non, mais si je pouvais juste éviter d’être trop ridicule…
- Foutaises ! Si tu étais aussi mauvais que tu le crois, tu serais mort depuis longtemps. Tu te souviens du combat contre l’éclaireur ork de Rancar ?
- Heu.. oui.
- Tu as eu peur quand il a rameuté les gardes ?
- En fait, non, pas du tout.
- Exact. Tu étais sûr de toi et tu n’as pas douté, malgré que tu sois seul face à trois adversaires.
- J’étais dans mon élément et je pouvais rompre le combat quand je voulais.
- Tu t’es battu de nuit contre un ork, un truc qui voyait mieux que toi, et tu l’as terrassé en une passe d’armes. Et tu es un éclaireur, tu es partout dans ton élément ! Tout est question d’état d’esprit et il va falloir que l’on bichonne un peu le tien. Bon, tout ça ne me dit pas qui est ce prince elfe qui se mêle à ta trame.
- Je pense qu’il s’agit du prince Kervala d’Andelin. C’est son luth que je trimballe et j’ai tissé le premier filament avec cet objet. Comme le luth était intimement lié à la trame du prince, je suppose que nos trames vont se lier au fur et à mesure de ma progression. Si je parviens à tisser les autres filaments, bien entendu.
- Intéressant… très intéressant. »
 
Elle me fit un large sourire et me déposa un rapide baiser.
 
«  Je préfère que ta personnalité soit influencée par un prince elfe plutôt que par l’ancien toi qui te tire en arrière. Peut-être finiront-ils par se neutraliser même si j’ai un doute à ce sujet car ils ne jouent pas du tout sur les mêmes traits de ta personnalité. Depuis quand tu t’intéresses au peuple elfique ?
- Heu… ça dépend de quoi on parle. Si on parle des elfes en général, culture elfique et truc comme ça, c’est assez récent. Si c’est des jolies elfes, notamment les princesses, ça remonte à très loin, quand j’étais encore gamin…
- Tiens donc ?! Nous étions donc destinés à nous rencontrer.
- Holà ! Tu vas peut-être vite en besogne ma belle ! Destinés, comme tu y va !
- Nous sommes ensemble non ?
- Coïncidence…
- Mes fesses oui ! Pas une personne sur mille n’aurait eu le courage de faire ce que tu as fait pour me sauver.
- Courage ou inconscience ?
- Il faut un peu des deux pour faire de grandes choses. Et Le gamin pleurnichard d’avant Valérian est prié d’aller jouer plus loin avant que je ne m’énerve ! grinça-t-elle.
- Tu pourrais faire ça ?
- Faire quoi ?
- Le neutraliser ? M’en débarrasser ? »
 
Elle me regarda pensivement.
 
« Peut-être, mais ce n’est pas conseillé. Je pourrais le mettre en sommeil ou l’atténuer temporairement s’il m’ennuie trop. Mais il ne faut pas le détruire : c’est une partie de toi, Valérian. Il faut que tu fasses la paix avec lui. Il faut que tu l’acceptes, pas que tu le tues.
- Mouais, c’est pas gagné. Mais tu as raison, il faudra que je m’occupe de ça un jour.
- Et le plus tôt sera le mieux.
- Oui chef ! répondis-je avec un sourire volontairement contrit. »
 
Faire la paix avec Aloysius, cela voulait dire faire la paix avec Valériane. Et là, je n’étais pas sûr du tout d’être prêt. Surtout pas avec mon moral actuel et un spectre jaloux dans ma tête. Je repris :
 
« En revanche, pour ce qui est de régner tous les deux sur Barsaive, il ne faut pas trop y compter. La place est prise. Et je me sens déjà perdu avec un petit village en devenir, alors un royaume…
Bah, l’essentiel, c’est de trouver les  bonnes personnes pour déléguer.
- C’est pas mon truc non plus de faire faire aux autres. Je suis un homme d’action, je fais les choses moi-même.
- Bon, ce n’est pas grave, on en reparlera plus tard. Quand je me serai occupé de ton moral. »
 
J’estimais qu’il était temps de remettre le sujet qui fâche à l’ordre du jour.
 
« Hum… je crois qu’il faut que l’on parle…
- … du corps que j’occupe ? abrégea-t-elle devant mon hésitation.
- Oui. Que va-t-il se passer ?
- Je reviendrai avec toi, sous forme désincarnée.
- Non, je parlais de Faliniaë…
- Ah !  Elle ? En fait… je ne sais pas vraiment.
- Comment ça, tu ne sais pas ?!
- Mais c’est la première fois que je fais cela, mon chéri ! Je pense qu’elle sera désorientée, un peu en colère, mais ça passera et elle pourra à nouveau nettoyer nos vêtements. Enfin, les tiens…
- Ta compassion me laisse sans voix, répondis-je en laissant passer un soupçon d’énervement dans ma voix.
- Tu t’intéresses à elle ? Tu veux qu’on l’achète pour la conserver à proximité au cas où ?
- Mira, ce n’est plus une esclave !
- Alors pourquoi tu dis « ce » n’est plus une esclave et non pas « elle » n’est plus une esclave ?
- Hein ? Mais c’est juste une expression…
- Bon, je n’ai pas envie de me fâcher avec toi. Pas ce soir. Pas notre dernier soir où je peux me serrer contre toi.
- Eh bien, je crois que… que je risque de le regretter, mais je t’accorde un sursis jusqu’au lac Ban.
- Oh ? Ça c’est très gentil ! Que me vaut un tel bonheur ?
- Je suis d’accord avec toi sur le fait que Faliniaë sera sûrement en colère. Et que ce sera plus que justifié. Je n’ai tout simplement pas envie de rester plusieurs jours coincé sur le même navire qu’une jeune femme qui aura peut-être envie de me tuer. Donc on va attendre jusqu’à notre destination, comme ça elle pourra débarquer et me maudire de loin. »
 
C’était effectivement une raison. Mais ce n’était pas la seule : il me fallait impérativement un délai pour remettre de l’ordre dans mes idées et dissimuler tous les doutes que je nourrissais au sujet de notre amour et mes sentiments encore bien réels pour d’autres femmes.
 
« - J’approuve complètement ce raisonnement. Et puis, elle n’est pas à trois ou quatre jours près, non ?
- Ça va Mira, n’en rajoutes pas. 
- D’accord, répondit-elle avec un large sourire et un clin d’œil coquin. Au fait le partage du trésor, c’est quand ?
- Je ne sais pas, on doit en parler avec les autres.
- J’aurai ma part bien sûr ?
- Ah non, ma belle ! Je ne crois pas que ça marchera.
- J’ai aidé à porter le trésor et j’ai pris des risques !
- Le corps de Faliniaë a porté le trésor et pris des risques. Toi, pas vraiment. Et d’ailleurs, tu en ferais quoi ?
- C’est pour plus tard. Et puis…
- Ne t’énerves pas ! La moitié de ma part reviendra à ma princesse.
- C’est vrai ça ?
- Oui. Je te mettrai ta part de côté, ainsi tu auras un peu d’argent lorsqu’on te trouvera un corps avec un usage plus durable.
- Merveilleux ! J’ai ma part du trésor et je… pardon… nous allons encore pouvoir profiter de ce jeune corps plusieurs jours. Tu sais parler aux femmes, Valérian ! »
 
Elle me prit la main et se leva souplement.
 
« La discussion est terminée pour ce soir. Passons à mes autres projets. »  
 
Je ne fis guère de difficulté pour la suivre dans notre cabine.
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Chapitre 48 - Entretien avec Miraëlan
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