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 Journal d'un Armurier - épisode 1

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Maître du Jeu


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MessageSujet: Journal d'un Armurier - épisode 1   Jeu 14 Jan - 13:03

On me fit entrer dans le bureau du Maître de la guilde des marchands. On n'attendait plus que moi. Un Obsidien était appuyé contre le mur à ma gauche, un chaman. Un humain lui faisait face. Sa dégaine ne laissait pas beaucoup planer le doute sur spécialité, un sorcier manifestement. Et puis, il y avait Maloniel, une voleuse qui commençait à avoir sa petite réputation ici. Pas con notre employeur, quoi de mieux qu'un voleur pour attraper un voleur. Car c'était bien le boulot que l'on nous proposait. Depuis plusieurs nuits déjà, des vols était perpétrés au sein du bazar de Throal, le plus étonnant est que seule de la nourriture était chippée. On avait d'abord pensé à un clodo du coin, mais les quantités volées ne collaient pas, trop importantes. Enfin, la guilde des marchands se moquait bien de la nature des bien dérobées, l'important est qu'il y avait vol et que ça, c’était pas bon pour le commerce.


On nous promit une petit salaire pour les nuits de garde, plus une récompense si l'on découvrait et capturait le malfrat.




C'est ainsi que je me retrouvai de garde, pour une seconde nuit, la première n'ayant rien donné. On s'était trouvé un petit coin discret qui nous permettait, sans être vus, d'épier quelques allées. Vu la taille du bazar, il est illusoire de tout surveiller, mais notre poste de guet était suffisamment central pour couvrir rapidement une grande partie du marché, et particulièrement le quartier où il y a de quoi becter.


Ce n'était pas un moment propice à se raconter nos vies, et je n'avais eu que peu d'occasion de faire connaissance avec mes compagnons de circonstances. Maloniel nous avait fait faux-bon pour cette deuxième nuit. Nous n'avions pas plus protestés que ça, on se passerait bien d'une pisseuse ...
Cette mission n'avait rien d'héroïque, mais il fallait bien commencer par quelque chose pour se faire un nom. Et côté finances, il m'était encore plus difficile de faire le fine bouche.


Après de longues heures trop calmes, je commençais à piquer du nez lorsque des cris et un fracas nous tirèrent de notre torpeur. Nous nous précipitâmes vers l'origine du bruit. C'était du côté des poissonniers, il y avait des chances que ce soit notre type.


Deux corps gisaient sur le sol, le premier était un garde, vu son uniforme. Il avait une large plaie au thorax et était visiblement inconscient... au mieux. Le second était un ts'krang, mais je n'en avais jamais vu de semblable, il avait la peau pâle, laiteuse, limite translucide. Il était aussi pas bien épais, il ne devait pas manger souvent à sa faim, à moins qu'il ne soit végétarien. Corant examina rapidement les deux victimes. Pour le ts'kang, il était trop tard, mais il détecta un pouls faible sur le garde et lui prodigua les premiers soins. Ne pouvant l'aider dans ce domaine, je me rendis utile en passant la scène au peigne fin afin de comprendre ce qui avait pu se passer. Le ts'krang n'était pas armé et il n'y avait aucune arme dans les environs, mis à part celle du garde. Ce n'était donc vraisemblablement pas notre pâlot qui avait amoché le soldat. L'examen du périmètre me fit découvrir des traces de sang qui s'éloignaient de la scène. Nous avions une piste.


Entre temps, faut croire que notre compagnon sorcier avait un certain talent car notre garde bien mal en point reprit connaissance. Nous étions attentif à ses paroles, mais il retomba dans les vapes avant même de nous délivrer une information d'une quelconque utilité.


Après s'être assurés que le soldat était pris en charge, nous décidâmes de suivre la piste. Celle-ci nous emmena vers un des tunnels principaux qui s'enfonçaient dans le royaume souterrain, le couloir de Tav. Très fréquenté dans le journée, il était désert à cette heure de la nuit. Les traces de sang s'espaçaient de plus en plus et j'avais peur de perdre la piste lorsqu'elle emprunta un boyau dissimulé par une anfractuosité de la roche, rien à voir avec les tunnels utilisés par les habitants du coin. C'était le point de non retour, soit nous retournions au marché faire part de nos découvertes, soit nous continuions la poursuite. Ce Ts'krang était vraiment particulier, personne n'en avait vu de pareil, nous ne savions donc pas à quoi nous avions affaire. D'ici peu, la piste jusqu'ici serait effacée par l'activité matinale et il y avait fort à parier que personne ne pourrait nous retrouver si nous nous engagions dans ce boyau. Il était donc logique de faire demi-tour et de prévenir la guilde de nos découvertes, quitte à revenir avec des renforts. Forts de cette analyse, nous avons donc choisi de continuer. Si on était toujours logique, ça serait pas drôle.


Nous nous engouffrâmes dans le boyau, qui était juste assez large pour pouvoir laisser passer Alfen, notre obsidien.
Une étrange mousse phosphorescente couvrait la paroi et nous permettait d'y voir sans mal. C’était de bonne augure, car partis un peu précipitamment, nous étions un peu légers côté équipement d'exploration.
Après une heure à crapahuter, le boyau déboucha sur un tunnel de dimensions plus respectables et qui s'enfonçait en pente douce vers les profondeurs. Alfen poussa un soupire de contentement, il pouvait enfin déplier complètement sa carcasse. Le sol était chaotique, mais nous progressions bien. Cela faisait deux bonnes heures que nous avions quitté le couloir de Tav et nous étions forts étonnés de ne pas avoir réussi à rattraper notre fuyard blessé. Peut-être avions-nous perdu sa piste, peut-être avait-il emprunté un autre boyau dissimulé. Ces doutes furent balayés lorsque notre tunnel déboucha sur une vaste caverne. Au milieu de cette caverne se trouvait un village construit sur pilotis, au bord de ce qui pouvait ressembler à une rivière presque asséchée. Et de toute évidence, ce village était habité. C'était tout bonnement incroyable, nous venions de découvrir un peuple oublié, à deux heures de marche du cœur du royaume nain.
- Parfait, nous avons trouvé nos voleurs, on peut rentrer et prévenir la guilde, lâcha Corant.
Je le dévisageai d'un œil circonspect avant de comprendre. Il allait falloir que je m'y fasse, à l'humour de notre magicien.
Après tout ce chemin, il était évidemment hors de question de faire demi-tour maintenant, les questions se bousculaient dans ma tête. Une civilisation perdue, j'en frémissais d'excitation. Et à voir les yeux de notre Obsidien qui pétillaient, je n'étais visiblement pas le seul.
Nous entrâmes tous les trois dans le village et mon enthousiasme joyeux s’envola aussitôt. Ces gens, des ts'krangs pâles comme le macchabée du bazar, n'étaient pas au mieux de leur forme. Les rares que nous croisions avaient les traits tirés, les yeux vides et étaient d'une extrême maigreur.
Nous fûmes accueillis sans violence, bien que je discernais une réelle méfiance à notre égard. Contrairement à nous, ils ne semblaient pas surpris de nous voir. Une jeune guerrière, K'skirla, nous introduisit auprès de La Lahala V’liskra, la chef du village.


- Que venez-vous faire ici, étrangers ? nous demanda V’liskra,
- Nous sommes en mission pour le royaume de Throal, nous enquêtions sur des vols de nourriture et nos investigations nous ont menés ici. Y êtes-vous pour quelque chose ? répondit Corant.
« Ça, c'est ce qui s'appelle être direct, n'est-ce pas ? ». Je le trouvais bien sûr de lui, notre magicien, les habitants n'étaient certes pas dans un état de forme phénoménal, mais en nombre suffisant pour ne pas laisser planer de doute sur l'issue d'une éventuelles confrontation.
- Oui, nous sommes bien à l'origine de ces vols, je n'en suis pas fière, mais vous avez vu les villageois, c'est la famine et c'est la seule solution que nous avons trouvée pour survivre.
- Qu'est-ce qui est à l'origine de cette famine ? Depuis quand vivez-vous ici ?
- Nous vivons ici depuis aussi loin que remonte la mémoire de mon peuple. La rivière qui coulaient dans cette caverne nous donnait tout ce dont nous avions besoin, mais elle est tarie et mon peuple se meurt.
- Avez-vous cherché à découvrir l'origine de ce phénomène? poursuivis-je
- Oui, nous avons envoyé deux groupes vers l'amont, personne n'est jamais revenu. Les mâles valides ne sont plus très nombreux et je ne peux malheureusement plus me permettre de risquer leur vie.
- Peut-être pourrions-nous aller voir nous aussi, si mes compagnons sont d'accord, continua le magicien.
Nous nous entre-regardâmes et acquiesçâmes tous d'un hochement de tête.
« Dans quoi allons-nous nous fourrer ? Je le sens moyen quand même... »
Le visage de la Lahala s'illumina, elle ne s'attendait visiblement pas à ce que nous lui proposions spontanément notre aide.
- Mais pourquoi feriez-vous ça pour nous ?
- Notre mission est de stopper les vols. Si nous découvrons l'origine de votre mal et si la rivière coule à nouveau, vous n'aurez plus besoin de voler et nous aurons accompli notre mission, expliqua Corant.
C'était pas forcément la solution la plus simple pour nous, mais ma curiosité de découvrir ce qui se cachait derrière tout ça me poussa à me taire.
La Lahala ne releva pas l'argumentaire un peu tiré par les cheveux, elle n'avait sans doute plus d'autres solutions.
Après un moment d'hésitation, elle nous scruta un à un, puis accepta.
Les Ts'krangs partagèrent ensuite une partie de leurs maigres réserves avec nous, il valait mieux être en pleine possession de nos moyens si nous voulions avoir une chance de réussir.
4 Ts'krangs nous accompagnèrent, dont K'skirla.
Pendant que nous cheminions, je pris à part notre magicien.
- Je voulais te remercier, j'hésitais à proposer notre aide, ce que tu as fait est noble et courageux.
- Oui, bien sûr, dit-il en bombant le torse. Mais n'as-tu rien remarqué pendant notre entretien avec la Lahala V’liskra ? chuchota-t-il, un sourire en coin.
- Ben...euh, ils sentent le poisson ?
- Mais non, triple buse, ils possèdent des quantités impressionnantes d 'eau élémentaire. Et j'ai bien l'impression qu'ils n'imaginent même pas les richesses qu'ils détiennent. S'ils nous sont redevables, y a moyen de palper bien plus que ce que la guilde des marchands pourra bien nous donner.
« OK, je comprend mieux maintenant son élan humaniste ! »
Après quelques heures de marche, le lit de la rivière devenait de plus en plus encaissé, nous empruntâmes alors un sentier qui remontait à flanc de paroi. Nous nous trouvâmes bientôt à une vingtaine de mètres au-dessus du lit, la largeur du sentier ne nous permettait que de marcher en file indienne, Deux ts'krang marchaient en tête, suivi de K'skirla que je suivais, Corant et Alfen fermaient la marche.
Soudain, K'skirla nous fit signe de stopper la marche, elle avait aperçu le corps d'un ts'krang sur un petit promontoire rocheux à une dizaine de mètres en-dessous de nous.
- Je vais descendre, nous prévint Corant, s'il est encore vivant, je pourrai peut-être faire quelque chose.
- Ok, je descends avec toi, ajoutai-je. On trouvera peut-être des indices pour expliquer ce qui a pu lui arriver.
La vraie raison était que le sorcier avait pas l'air bien solide et que mon bouclier et ma hache ne seraient sans doute pas de trop pour lui assurer une certaine sécurité en bas, mais je ne voulais pas blesser mon compagnon dans son amour propre.
- Je vous tiens la corde, proposa Alfen.
Ça marche.


Corant passa en premier. Sa descente en rappel n'était pas très élégante, ni très rapide, mais l'important était qu'il ne se fasse pas de bobo.
- Ahhh.....
Blaf !
Finalement, la seconde partie de la descente avait été plus rapide que la première. Corant laissa échapper la corde pour venir s’aplatir sur le promontoire. La bordée de jurons qui suivit nous rassura tout de même sur son état de santé.
J'étouffai mon début de ricanement, car lesté de mon armure et de mes armes, j'étais pas certain de faire mieux.
J'entrepris alors la descente à mon tour en lançant un petit coup d’œil inquiet à Alfen.
- Me lâche pas, hein ?
- T'inquiète pas, j'ai pas des biceps de sorcier, ricana-t-il, tout en faisant tressauter la corde, fier de sa vanne.
Alors que j'étais concentré sur mes appuis, Corant commença son examen.
- Bon ben, il est trop tard pour lui. Par contre, y a un truc qui m'inquiète, il a plusieurs morsures de belle taille.
Cette simple information suffit à me déconcentrer, mon pied ripa et je perdis l'équilibre. Je tenais toujours la corde, mais je me balançais maintenant tel un étron pendant au cul d'un troll. C'est dans cette position que j'aperçus un trou dans la paroi rocheuse. Je perçus quelques ombres changeantes au fond de ce trou... il était manifestement habité.
Sans doute dérangé par mon numéro d'acrobate, un aiguillon (une sorte de croisement entre un ragondin et un porc-épic) sortit de son terrier et me fit face. Il montra les crocs et son haleine donna une dimension olfactive à mon analogie sur l'étron.
Je dégaina ma hache et tentai de le faire fuir. Mais dans cette position, il fallait bien admettre que je n'étais pas bien dangereux, mes coups tapaient dans le vide.
- Magne-toi Ghorghor, il y en a deux ici aussi, cria Corant.
Le sorcier engagea le combat, mais peu armé pour le corps à corps, il se retrouva rapidement en fâcheuse posture.
Je décidai alors de me laisser tomber pour tenter de secourir l'humain. J’atterris lourdement sur le promontoire et asséna dans la foulée un coup terrible à un aiguillon qui recula, mais déjà un second prenait sa place et me mordit à la cuisse.
- Arg, ça brûle cette saloperie !
- Fait gaffe, leur morsure est empoisonnée, m'avertit Corant
- Et c'est maintenant que tu me le …
La fin de ma phrase ne sortit pas de ma bouche. Je venais de me retourner vers lui, son visage était blanc... ou vert, je ne savais pas trop, et il suait à grosse goutte, bref, il était déjà mal en point.
« Merde, ça craint ! »
- Accrochez-vous à la corde, je vous remonte, hurla Alfen
Ce sursaut d'espoir me rendit quelques forces et je ne me fis pas prier pour attraper la corde,et mon compagnon non plus.
- Vas-y, tire, lançai-je
….
- Eh ben, vas-y, tire !!
- Humpf...y arrive pas...z'êtes trop lourds...
- Damned !


Je lâchai la corde et fit de nouveau face à ces saletés de rongeurs qui nous arrivaient dessus et chargeai. Mais le poison faisait déjà son effet et mes coups manquèrent de puissance.
Je percevais des cris, des grognements et le fracas de l'acier, bref quelques indices qui m'indiquaient que le reste de la troupe restée sur le sentier n'était pas non plus à la fête. La corde était toujours là, ce que je considérai avec optimisme comme une bonne nouvelle.
C'est qu'ils étaient vifs et agressifs, ces saloperies, je n'arrivais pas à les repousser. Entre deux parades, je me retournai pour voir comment se débrouillait Corant.
Mon sang se glaça à la vue de mon compagnon étendu et inanimé. Je me dis que j'étais vraiment mal quand je vis son assaillant me contempler alors comme son prochain bifteck.
Épuisé, empoisonné, attaqué de deux côtés, je succombai bientôt sous les attaques de ces sales bêtes.

Je repris connaissance dans une petite pièce, dans un bon lit. Je mis un moment à reprendre mes esprits et parvins à identifier l'endroit où je me trouvais, il s'agissait à n'en pas douter d'une maison du village des ts'krang pâles. Ma jambe droite et mon bras gauche, là où j'avais subi les morsures les plus profondes, me faisaient un mal de chien, impossible de me lever, et en plus j'avais la dalle. Je savourai cependant le fait d'être toujours en vie et fouillai dans ma mémoire embrumée comment j'avais pu me retrouver ici. C'est alors Qu'Alfen entra dans la pièce et s'assit à mon chevet sans dire un mot. Il avait le regard sombre et les traits tirés.


- T'en fais pas Alfen, je vais m'en tirer, lui lançai-je avec un sourire que je voulus réconfortant.
L'Obsidien resta de marbre, me fixant de son regard rougi.
- Et Corant ?
- On n'a rien pu faire, me répondit-il après un temps d'hésitation.
Le sorcier était mort, et j'en portais une part de responsabilité. Cette mission tournait au fiasco.
Je restai ainsi sans rien dire, fixant mon bandage au bras, je n'osais affronter le regard d'Alfen.
Après plusieurs minutes de silence pesant, La Lahala V’liskra et K'skirla entrèrent dans la pièce.
- Je suis navrée pour votre ami. Nous avons aussi perdu un membre de notre clan.
Nouveau silence, il est toujours difficile de trouver ses mots dans pareilles circonstances. Mais au-delà de la tristesse, je percevais de l’inquiétude et de la détresse dans le regard de la Lahala, il est vrai qu'au-delà du deuil, la situation du village était toujours aussi critique.
- Puis-je savoir ce que vous comptez faire ? continua-t-elle
Compte tenu des circonstances, nous n'avions pas encore évoqué le sujet avec Alfen. Il se tourna vers moi pour m'interroger du regard. j'y lis une détermination sans faille. Comprenant ses intentions, j'acquiesçai d'un hochement de tête. J'espérais avoir compris ses intentions, sinon je ne savais pas à quoi j'avais dit oui.
- Nous ne comptons pas renoncer, annonça l'Obsidien
- Loin de moi l'idée de vous manquer de respect, mais le temps presse pour mon peuple, et les derniers événements ne me permettent pas d'envisager la suite avec sérénité, lui répondit la Lahala.
- Certes, nous aurons besoin de renfort, nous pouvons retourner au bazar, et revenir avec des renforts qui nous permettrons de ne plus nous faire surprendre, continuai-je.
V’liskra ne semblait guerre enthousiasmée par l'idée.
- Cela pourra être l'occasion de vous rapporter des vivres, proposa Alfen.
- Et de révéler notre existence aux nains ?
- Nous ferons notre possible pour l'éviter, mais si vous avez une meilleure solution.
- Faute de mieux...


Le lendemain, j'étais de nouveau sur pied, je ne sais pas ce que les Ts'krangs avaient fait pour contrer les effets du poisons, mais cela avait été sacrément efficace, j'étais comme neuf.
Nous avions réussi à convaincre les autochtones de nous confier un peu d'eau élémentaire, leur assurant que cela nous servirait de monnaie d'échange pour des vivres, et repartîmes vers le royaume de Throal.
Le retour se passa sans encombres et nous décidâmes de retourner voir le Maître de la guilde, nous lui devions des explications pour ces deux jours d'absence et c'était aussi notre meilleur contact pour trouver des adeptes susceptibles de nous prêter main forte.
Alfen et moi étions encore très marqués par les tragiques événements, aussi nous nous présentâmes devant le chef de guilde sans avoir accordé nos violons sur ce que nous allions raconter. Il était simplement évident que ni lui ni moi n'avions envie de lui révéler l'existence du village Ts'krang et de l'eau élémentaire dont il regorgeait. La cupidité des marchands peut mener à bien des extrémités, et le bien être des Ts'krangs pâles serait bien le cadet de leurs soucis.
Alfen tenta de couper court à un long compte-rendu en lui assurant que cette affaire de vols était résolue et qu'il n'avait plus à s'en inquiéter.
Évidemment, cela ne suffit pas, le maitre comprit tout de suite qu'on lui cachait quelque chose, et ça, ça ne lui plaisait pas du tout, mais alors pas du tout du tout, vu que c'est lui qui payait.
Ses questions nous mirent à mal, et sans s'être concertés préalablement, nos discours respectifs ne purent que susciter la méfiance, mais le principal était sauf, l'emplacement du village n'avait pas été dévoilé.
Nous aurions simplement droit à une nouvelle conversation à notre retour. Et cette fois, il faudrait être plus loquaces.
Avant de se quitter, le maître de la guilde nous rencarda sur des adeptes friands d'aventures. C'est ainsi que nous fîmes connaissance de Jeb, un élémentaliste T'skrang, qui pourrait aussi nous être utile pour parlementer avec les t'skrang pâles, et Flinn, un archer Sylphelin à la langue bien pendue.
Nous croisâmes également Maloniel. Nous lui racontâmes les derniers événements. Elle dut éprouver une certaine culpabilité – faut dire aussi qu'on l'avait couverte auprès du maître pour son absence lors de cette fameuse nuit de garde – et elle nous proposa de se joindre à nous.
Jeb nous fit profiter de son réseau pour revendre l'eau élémentaire. Avec cet argent, nous purent nous procurer tous les vivres que nous pouvions transporter.
Notre retour au village des T'skrang fût beaucoup plus chaleureux, sauf avec la Lahala, qui n'était visiblement pas spécialement impressionnée par les renforts que nous lui apportions, faut dire qu'une crevette avec des ailes et une voleuse, ça fait un peu léger côté force de frappe.
Mon cœur se serra lorsque nous passâmes à proximité d'une tombe toute fraîche un peu à l'écart du village. S'il fallait aller jusqu'au bout, ce n'était pas seulement pour notre employeur, ni pour les T'skrangs, ni pour l'aventure ou la beauté du geste, mais aussi pour Corant, même s'il devait bien s'en fiche comme de sa première fiole là où il était.
Nous poursuivîmes notre chemin, accompagnés de K'skirla et de deux autres T'skrangs pâles.
Alfen et moi furent particulièrement sur nos gardes lorsque nous passâmes à nouveau à l'endroit de notre dernière confrontation, mais pas un aiguillon ne se montra.
Au fur et à mesure que nous avancions, j'étais de plus en plus tendu, K'skrirla avançait en tête, suivie de Maloniel, que je suivais de près...histoire de me changer les idées... et aussi pour m'éloigner le plus possible du sylphelin, posé sur l'épaule d'Alfen qui fermait la marche. Il commençait à me fatiguer celui-là. Mais surtout pour la discrétion, c'était raté, s'il y avait des aiguillons dans le coin, ils ne pouvaient pas ignorer notre présence.


Ce fut Maloniel qui les aperçut la première. Planant proche du toit de la caverne, trois espèces de ….
- Des raies-scorpions, cria K'skirla
Voilà, c'est ça, des raies scorpions, tout moche, avec un dard, des griffes, des dents, bref, de l'amusement en perspective.
- Leur dard est empoisonné, nous prévint K'skirla
« Chouette, je me disais aussi que ça faisait longtemps que j'avais pas eu ma dose de poison. »
Sans crier gare, les trois raies fondirent sur nous, l'une d'elle planta son dard dans un T'skrang pâle, pendant que nous parvenions à esquiver les deux autres, mais sans avoir eu le temps de riposter.
Nous fûmes plus adroits à la seconde attaque. Je tranchai la queue d'une bestiole. Déséquilibrée, elle vint s'écraser aux pieds d'Alfen, qui lui écrabouilla la tronche d'un coup de pied rageur. Les flèches de Flinn et l'épée de Maloniel eurent raison d'une seconde raie. Quant à la troisième, elle ne demanda pas son reste et repartit se mettre à l'abri, la queue entre les …ailes.
Cette petite escarmouche eut le mérite de me donner confiance dans notre groupe, et aussi de faire taire Flinn, désormais nettement plus attentif à son environnement.
Tout en remontant le cours de la rivière, les dimensions de la caverne se rétrécissaient jusqu’à un endroit où celle-ci ne formait plus qu’un goulet.
Nous franchîmes ce goulet et débouchâmes dans une caverne plus vaste. Sur notre gauche, se trouvait une issue, mais le plus curieux était ce mur d’eau qui nous faisait face.
Nous avions retrouvé l’eau, mais j’étais bien incapable de savoir quoi faire pour lui redonner un écoulement plus naturel. Heureusement, nous avions un élémentaliste qui devrait trouver une solution, après tout, c’était son rayon, non ?
Alors que nous réfléchissions à comment s’y prendre, un groupe de trolls débarqua par l’autre issue.
Il y avait un chaman. Leur chef semblait être un maître des animaux. Quant aux quatre autres, aucun doute, des guerriers impressionnants de près de trois mètres vingt de haut, massifs. Ils avaient la peau blanche et pâle comme nos T’skrangs, ils devaient sans doute avoir le même écran total. Ils étaient aussi couverts de pustules pas très naturelles. Le troll classique est déjà assez éloigné de mes canons de beauté, mais ceux-là, c’était vraiment le pompon.
Conscients qu’il ne valait mieux pas leur chercher des noises, Alfen, toujours avec Flinn posé sur son épaule, se dirigea vers eux, sourire amical aux lèvres ̶ il semblait apprécier les trolls. Je lui emboîtai le pas, bien qu’un peu moins confiant.
En réponse à notre approche qui se voulait sans animosité, les quatre guerriers trolls nous chargèrent en hurlant.
A ce moment, Jeb se précipita face au mur d’eau et mit ses mains en opposition. Je ne comprenais rien à ce qu’il faisait mais cela avait l’air important.
Nous prîmes les guerriers de plein fouet. Nous ne pûmes que reculer sous le choc tant il fut violent. Maloniel se faufila entre les Trolls et chargea le maître des animaux. Leur sorcier commença à incanter, et lança un sort de glace sur Jeb qui hurla de douleur.
- Couvrez-moi, bande de moules !!
Aussitôt, Flinn qui s’était envolé, pris pour cible le chaman troll.
De notre côté, Alfen, K'skirla, l’autre T’skrang pâle survivant et moi avions forts à faire avec ces guerriers troll. Les coups pleuvaient. Si mon bouclier montrait son efficacité, Alfen s’en prenait plein les dents. Le T’skrang pâle se fit rapidement découpé en morceaux, et son assassin chargea Flinn qui tenta de l’esquiver de son mieux. Manque de pot, le toit de la caverne était trop bas pour que notre archer puisse se mettre hors de portée de ces immenses trolls.
Froutch…
« Ben, qui c’est qu’a fait froutch ? »
Une moitié de Sylphelin s’écrasant à mes pieds répondit à ma question. Flinn venait se faire raccourcir encore un peu.
La vision de la moitié de mon compagnon baignant dans son sang à mes pieds, l’œil livide, me tétanisa quelques secondes, avant de faire remonter du plus profond de mes tripes une fureur incontrôlable. J’esquivai un coup de hache de mon adversaire et lui plantai avec toute la force possible la mienne dans la cuisse, faut dire qu’il m’était plus difficile de viser plus haut.
Le troll hurla de douleur et s’effondra sur le sol.
Je vis alors Alfen en fâcheuse posture, blessé, il n’allait pas tenir longtemps face à la montagne qui l’attaquait. Heureusement, de son côté, K’skirla, profitant de son agilité, tenait bon.
Mon adversaire étant temporairement hors de combat, j'en profitai pour venir à l'aide d'Alfen et frappai son adversaire dans le dos, au niveau de … ses fesses, ce qui n'est pas très intelligent, car il n'y a rien de vital à cet endroit. Malgré tout, celui-ci n'apprécia pas du tout, mais alors pas du tout, il se retourna vers moi, l’œil mauvais. Aïe aïe aïe, j'allais prendre cher.
J’entraperçus alors l'assassin de Flinn se diriger vers Jeb.
Jeb transpirait, haletait, l'effort et la douleur se lisaient sur son visage, il avait un genou à terre, je ne savais pas que c'était aussi douloureux de faire de la rétention d'eau. Flinn éliminé, il devait aussi encaisser les attaques du chaman. Bref, avec le troll qui lui arrivait dans le dos pour le découper en rondelles, ça commençait vraiment à sentir le sapin.
Libéré de son adversaire, Alfen se précipita alors au secours de Jeb en vociférant dans sa langue ce que j'interprétai assez facilement comme des insultes.
La tactique marcha très bien car le Troll se détourna de Jeb pour répondre à sa manière aux gentillesses de l'Obsidien.
K'skirla vint finalement à bout de son adversaire et chargea le chaman, ce qui devait laisser un peu de répit à Jeb.
De mon côté, les choses ne s'étaient pas améliorées : mon premier adversaire s'était relevé, il boitait, mais cela n'avait semble-t-il pas entamé son envie d'en découdre. J'avais donc deux trolls bien bâtis qui s'approchaient de moi, un rictus de satisfaction aux lèvres. Ils avaient visiblement envie de faire durer le plaisir...
Un bruit sourd attira notre attention, du coin de l’œil, j'aperçus Alfen s'écrouler à son tour.
Tout était perdu, nous allions bientôt rejoindre Corant et Flinn. J'étais cependant bien décidé à vendre chèrement ma peau ! Je réajustai ma prise sur ma hache, montrant ostensiblement le sang troll qui la recouvrait et attendis l'impact, bien planté sur mes appuis derrière mon bouclier.
Mais l'impact ne vint pas, seul un cri de délivrance de Maloniel vint percuter et s'amplifier sur les parois de la caverne. Elle venait de planter son épée dans le cou du maître des animaux, jusqu'à la garde.
Les trolls, décontenancés, se regardèrent puis prirent la fuite, sans demander leur reste, suivis par le chaman qui avait quand même bien morflé.
Je tombai à genoux, l’extrême tension du combat retomba en même temps que mes forces. C'était vraiment pas passé loin...encore une fois.
C'est Jeb qui me ramena brusquement à la réalité :
- Barrez-vous sur la corniche, je vais lâcher, nous hurla-t-il
Aussitôt, Maloniel et K'skirla se précipitèrent sur l'éperon rocheux
Je rejoignis à la hâte Alfen, toujours inconscient, et tentai de le tirer. Mais j'étais à bout de force, mes jambes me soutenaient à peine, et un Obsidien, ça pèse !! Il ne bougea pas d'un … caillou ?
Jeb aussi avait épuisé ses réserves et s'écarta, s'accrochant à la paroi.
Les flots ainsi libérées jaillirent dans un vrombissement infernal.
J'avais un instant pour faire mon choix, courir jusqu'à la corniche, ou tenter de sauver Alfen de l'écume mortelle.
Je fis alors le choix...de vivre. Je sortis du lit de la rivière et regardai, impuissant, le torrent emporter mes compagnons.
La rivière mis plusieurs minutes avant de retrouver son cours normal, isolant l'éperon rocheux sur lequel nous étions.
Durant ce temps, je restai prostré, accroupi, les bras enlaçant les genoux, le regard dans le vague. Les images défilaient dans ma tête, le corps de Corant surmonté d'un aiguillon, Flinn baignant dans son sang, le regard fixe, chargé d'incompréhension, Alfen, le corps désarticulé par les flots. Les images et les questions...
Jeb posa sa main sur mon bras. Son regard se voulait bienveillant, réconfortant. Il me releva et nous regagnâmes le village Ts'krang, en silence...
Le chemin du retour se fit sans encombre, et de retour au village, l'atmosphère avait changé du tout au tout. Les enfants jouaient à nouveau, ils pataugeaient au bord de la rivière retrouvée, sous le regard détendu des adultes. Cette joie ambiante n'avait pas la même saveur pour moi.
La Lahala nous reçut. Le soulagement se lisait sur son visage, elle gardait tout de même la retenue due à son rang, et aussi parce le prix à payer pour le retour des eaux nourricières avait été bien lourd. Elle nous était redevable, elle consentit à nous laisser révéler l'existence du village et nous accorda le privilège de négocier avec le royaume nain les accords commerciaux avec son peuple.
Je ne fus pas pour grand chose dans ces accords, j'étais un peu … ailleurs.... Le mérite revint à Jeb.
Le grand maître de la guilde décida de clore cette affaire de vol, il avait sans doute flairé que ces quelques pertes pèseraient peu face aux profits que laissaient prévoir les échanges avec les Ts'krangs pâles. Nous fûmes récompensés par notre action, mais ceci me sembla bien dérisoire au vu des événements.
De son côté, Jeb avait des projets, une histoire de bâton à récupérer dans les contrées plus au nord, il me proposa de me joindre à lui. J'acceptai, j'avais vraiment besoin de changer d'air.
Nous reprîmes alors la route vers une petite bourgade inconnue, le fort Vrass.
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Valérian
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MessageSujet: Re: Journal d'un Armurier - épisode 1   Jeu 14 Jan - 17:59

Bigre, c'est exhaustif et plutôt bien rédigé.
On sent un peu l'influence des écrits de Valérian que tu as eu le courage (la folie ?) de lire en entier avec ces commentaires décalés en "off".
J'ai pas trop reconnu Coranthe dans la description mais faut dire qu'il n'a pas joué longtemps... Wink

En fait, en se rend compte que notre Ghorghor est un grand sentimental.
Bien joué Nico !
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MessageSujet: Re: Journal d'un Armurier - épisode 1   Dim 5 Juin - 20:40

A quand la suite ??? bounce
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