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 Chapitre 04 - Formation d’un adepte

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MessageSujet: Chapitre 04 - Formation d’un adepte   Ven 4 Déc - 16:52

Chapitre 4 - Formation d’un adepte


A partir de ce jour, mon intégration dans la Compagnie des Téméraires ne fût plus remise en question. J’étais tellement avide d’apprendre à leur contact et de rendre service que nul n’aurait eu le cœur de me renvoyer. Tous les membres de la compagnie étaient des adeptes et je découvrais chaque jour avec émerveillement la magie de nombreuses disciplines.

Tirell était chargé de mon apprentissage et il entreprit de m’aider à découvrir mes talents et apprendre la vie d’aventurier. Agé d’à peine plus de deux ans que moi, il était toujours de bonne humeur et optimiste. Le grand frère que j’aurais rêvé d’avoir. Bien évidemment, nous devîmes rapidement de grands amis et son enseignement était tout sauf une corvée.
J’appris également à apprécier l’ensemble de la compagnie. Le fantasque Troubadour elfe Kessaëlir et ses envolées lyriques, jamais bien loin de ses précieux grimoires où il consignait l’histoire de la compagnie écrite à sa manière. L’Armurier nain Dungorn, bourru, teigneux, à l’amitié solide et rugueuse comme son marteau de guerre. La Maîtresse d’arme t’skrang Kia’Santh, élégante et aussi vive avec sa langue que sa rapière ; ses duels verbaux avec Kessaëlir étaient toujours savoureux. Tirell, l’Archer humain enjoué, serviable et à la vue perçante comme ses flèches. Alcanthar, le Sorcier et le chef de cette compagnie ; il était l’un des plus discrets mais tous se taisaient lorsque s’élevit sa voix profonde. Et Valeriane, l’Eclaireuse du groupe. Val, dont le corps de liane et le caractère entier m’obsédait chaque jour un peu plus…

« - Arrêtes de rêver et amènes-toi !
- Hein ? On va où ?
- Là où tu n’auras pas Valeriane dans ton champ de vision ! »
Je jetai un coup d’œil surpris vers Tirell pour croiser son regard mi-amusé, mi-réprobateur.
« - Moi aussi, cette fille m’a fait gamberger pendant quelques semaines quand j’ai intégré la compagnie. Mais tu te fais du mal pour rien : elle est raide dingue d’Alcanthar et ce dernier n’est pas du genre à partager.
- Ça ne fait pas de mal de juste la regarder, non ?
- Que dalle mon gars ! Tu ferais mieux de te faire une raison tout de suite, de la considérer comme une grande sœur ou ce que tu veux, mais pas comme une conquête potentielle, sinon tu vas finir par énerver Al. Sous ses airs froids, il est compréhensif mais il y a des limites. En plus, les autres commencent à prendre des paris.
- Des paris ? Sur qui ? Pourquoi ?
- Sur le nombre de jours avant qu’Al ne craque et ne te sermonne ou t’en colle une pour baver sur sa copine.
- Et elle ?
- Quoi elle ?
- Valeriane je veux dire… elle ne dit rien ?
- Valeriane c’est Valeriane. Elle sait l’effet qu’elle provoque mais elle n’y peut rien. La solution au problème, c’est toi qui l’a, pas elle !
- Mouais… facile à dire.
- Allez, arrêtes d’y penser et viens bosser ! »

Pourquoi avais-je choisi la discipline d’éclaireur ? Je me répétais que c’était ce qui était le plus proche de ce que connaissais déjà, l’aboutissement logique de mes occupations antérieures dans les bois. Bien évidemment, tous les autres avaient une autre idée sur mes motivations profondes et une part de moi-même ne pouvait leur donner tort.
Quoi qu’il en soit, l’entraînement se passa et bien d’autres ensuite. Tirell possédait certains talents qu’il m’enseigna, ainsi que des notions de compétences bien utiles. Mais, rapidement, ce fut Valeriane qui passa de plus en plus de temps avec moi car elle était la seule à posséder certains talents qui m’étaient indispensables pour avancer sur la voie de l’Eclaireur. Les exercices de pistage, d’escalade, et de déplacement silencieux en milieu naturel nous laissaient seuls pendant des heures.

Au bout de quelques jours, je parvins à tenir mes résolutions et me montrait plus discret et moins lisible pour les autres. Les paris cessèrent, la vigilance d’Alcanthar à mon encontre se relâcha et même Tirell cessa ses commentaires et conseils. L’affaire semblait de l’histoire ancienne et tous pensaient que je m’étais fait une raison, comme l’archer avant moi. Valeriane, elle, n’était pas dupe mais ne fit aucun commentaire de nature à relancer les suspicions à mon encontre. Une trêve semblait s’être tacitement établie entre nous : elle ne pouvait pas m’empêcher de fantasmer sur elle et de flirter légèrement quand nous étions seuls, mais je ne devais rien attendre en échange et ne pas dépasser les bornes. On peut regarder, mais on ne touche pas. C’était un marché gentiment cruel de sa part. Tout à fait son genre.

Toutes ces heures, tous ces jours, je m’astreignais donc à ne pas penser à elle comme à une jeune femme séduisante. Mais le soir, une fois dans mon sac de couchage, c’est elle qui occupait mes pensées et qui me tenait éveillé parfois tard dans la nuit. Je me suis souvent surpris à comparer Valeriane et Elyne. La fille qui avait partagé mes aventures enfantines, et bien plus encore, aurait tout à fait pu être Valeriane, à deux ou trois années près.

Valeriane. Vêtue comme un homme et pourtant si féminine. Parfois brusque et têtue, parfois amicale et compréhensive. Je ne savais jamais à l’avance comment elle allait réagir. L’amitié qu’elle avait pour chacun des membres de la compagnie, la malice de ses regards et la tendresse que je surprenais parfois quand elle était avec Alcanthar, tout cela me mettait la tête en vrac.
Son visage se superposait désormais à celui d’Elyne dans mes rêves. Tout cela enflammait mon caractère romantique. Elle n’était pas pour moi, mais cela ne m’aidait pas vraiment.
J’en venais à m’interroger moi-même sur les raisons de cette attirance sans trouver la moindre réponse rationnelle. Elle était très jolie mais j’en avais rencontré d’aussi jolies sans qu’elles me fassent cet effet. Je n’arrivais pas à lui trouver de défaut. Hormis d’être amoureuse d’Alcanthar.

J’appréciais nos trop rares haltes dans les villages et les villes. Cela me permettait de me changer les idées et de rencontrer d’autres filles. Mais toutes me semblaient si fades au regard de la belle Éclaireuse et je me surprenais à penser à elle lorsque j’en étreignais une autre. Je me fis même virer un soir de la chambre d’une fille peu farouche après lui avoir murmuré un prénom qui n’était pas le sien. C’est pas facile tous les jours la vie d’aventurier…

Pour le reste, la vie d’un membre de la Compagnie des Téméraires était bien moins passionnante que je que j’avais espéré. Cela pouvait globalement se résumer en boulots d’escorte pour des marchands, de l’investigation ou de la recherche pour le compte de communautés, et même une fois pour les forces d’exploration de Throal. Point de trésors ou de princesses en détresse. D’ailleurs, c’était sans doute préférable car ce n’aurait pas été moi qui aurait sauvé quiconque. Mes talents guerriers étaient tout juste moyens et mon courage ne valait pas mieux.
Tant qu’il s’agissait de chasser des animaux, je pouvais m’en sortir et faire illusion. Mais dès que les vrais combats commençaient, les choses se compliquaient. Pendant toute la période que je passais auprès de la compagnie, je n’ai tué que deux donneurs-de-noms.
Le premier fut un maraudeur orc, lors de l’attaque d’un convoi que nous protégions. Je vins en aide à Tirell pour achever l’assaillant qu’il avait déjà blessé. Alors que tout le monde me félicitait pour ma première réussite martiale, je m’éloignais rapidement pour vomir plus loin. Je fus malade pendant 2 jours, morose pendant 4 jours… et la risée des autres pendant 6 jours !

Les circonstances dans lesquelles je fis ma seconde victime furent tout à fait différentes. Nous venions de poser le camp pour le soir quand Valeriane décréta qu’elle allait faire un brin de toilette à la rivière située un peu plus loin. Juste après, j’annonçais que j’allais chercher du bois et partis ostensiblement à l’opposé de Valeriane. Contourner le camp ne fut pas très difficile mais il fallait approcher de la rivière sans se faire repérer par une Éclaireuse autrement plus douée que moi. Une fois en vue, je m’aperçus qu’avec chance elle se baignait à proximité d’une petite cascade dont le bruit pouvait couvrir ma progression. Je m’approchais autant que possible, les yeux rivés vers l’objet de mes désirs. Elle avait déjà ôté le haut et bataillait avec la ceinture de son pantalon. Ma bouche devint subitement sèche lorsqu’elle se débarrassa de ses derniers vêtements et plongea dans l’eau.
Tous mes sens (mais pas seulement mais sens...) étaient tellement tendus vers la naïade qui nageait tranquillement à vingt mètres de moi que je ne perçus l’arrivée des deux hommes qu’au moment où Valeriane commençait à sortir de l’eau. Les deux chasseurs pensaient pouvoir prendre un peu de bon temps. Ils s’étaient interposés entre elle et ses affaires et commençaient à ôter leurs vestes tout en abreuvant l’Eclaireuse de commentaires salaces. De son côté, Valeriane semblait calme, de l’eau jusqu’aux genoux. Immobile, elle jaugeait ses adversaires et les provoquait par la perfection de sa nudité qu’elle cherchait en rien à dissimuler.
Dans mon esprit se mélangèrent le syndrome de la princesse en détresse que je pouvais enfin sauver et la crainte que ces marauds posent la main sur Val. Bref, je me retrouvais chargeant les deux hommes, mon poignard à la main et l’esprit obscurci par une rage meurtrière. Alertés par les bruits de ma course, tous deux se retournèrent mais celui que je visais n’eut pas le temps d’esquiver mon coup porté avec fureur en pleine poitrine. Il tomba d’un bloc, avec une grimace de douleur surprise. Son compagnon se tourna vers moi et sortit sa dague en m’injuriant copieusement et s’apprêtait à me faire payer mon intervention lorsqu’un fin poignard de jet se planta dans son cou. Gargouillant, il tomba à genoux en essayant pitoyablement de retirer l’arme. Valeriane arriva à grandes enjambées, arracha son poignard et l’égorgea dans le même geste. L’homme tomba à terre, gigotant encore quelques secondes.

Dans un état de confusion totale, je ne savais plus où regarder. Les deux cadavres ensanglantés, le corps nu de Valeriane, son poignard rougi, son regard furieux. Assommé par la conséquence de mes actes, je m’effondrais à genoux, sans forces. J’entendis Valeriane se rhabiller à quelques mètres de moi et je n’avais même plus le courage de regarder ce spectacle.
Quelques instants plus tard, je sentis une main douce se poser sur ma tête. Je me redressais péniblement, le visage inondé de larmes.
« - Aloysius, me dit-elle avec une voix douce mais impérieuse, viens m’aider à porter les corps.
- Que… quoi ? Porter les corps ?
- Oui, on ne va pas les laisser comme ça ici. Bouges-toi ! »
Elle était d’un tel calme... se comportant comme si la situation était normale. Cela me terrifia tout en réveillant le peu de courage et de fierté qu’il me restait. Je devais me montrer à la hauteur, face à elle au moins.
Nous portâmes les deux corps dans un bosquet à quelques mètres de là. A moins de les chercher à cet endroit, ils étaient invisibles.
« - Bon, soupira-t-elle, je crois qu’il faut que l’on cause tous les deux.
- Je suis désolé, je n’aurais pas dû le tuer, je n’ai pas réfléchi…
- Tu as raison sur les deux points. J’étais également armée et si tu t’étais simplement montré avec ton poignard, je crois que cela aurait suffit pour qu’ils décampent. Tirer un coup avec une fille ne vaut pas le risque de prendre un coup de couteau. Et nous aurions pu crier pour appeler les autres et les affoler. Bref, on aurait pu éviter deux morts.
- Je suis désolé… je ne sais pas trop ce qui m’a pris…
- Moi je sais très bien et je crois qu’il va falloir que tu arrêtes ce petit jeu.
- Quel jeu ?
- Quel jeu ? répéta-t-elle en m’imitant. Tu m’expliques comment tu as fait pour arriver à point nommé alors que je t’ai entendu partir de l’autre côté en annonçant à la cantonade que tu allais chercher du bois. Je suppose que tu es venu avec ton tas de bois ?
- Heu… ben… il doit être par là sans doute…
- Ne te fous pas de moi, Alo ! Tu es venu me mater pendant que je me baignais ! Il faut vraiment que tu arrêtes ça ! Cela va finir par nous attirer des ennuis. Il faut bien que tu te mettes en tête que je suis avec Alcanthar. Soit tu te fais une raison et tu arrêtes de baver sur moi, soit tu quittes la compagnie. Je suis assez claire ?
- Compris… Heu… je suppose que tu vas en parler à Al…
- Pourquoi faire ? Tu veux que je le fasse ?
- Hein ? Ben … non !
- Moi non plus parce qu’on se ferait engueuler tous les deux et je n’ai pas envie de me faire gueuler dessus pour tes conneries. On garde ça pour nous. Mais si tu continues ton manège, je le ressortirai au moment opportun. Compris ?
- Compris Val ! Je lui tournai le dos et repartis, abattu.
- Alo ?
- Oui ?
- Merci quand même pour ton intervention. Sans toi, j’aurai pu être blessée. Merci d’avoir été là, même si c’est pour les mauvaises raisons. En plus, je ne t’avais même pas entendu, bravo ! Et ne te fais pas trop de bile, le monde se portera aussi bien sans ces deux salauds ».

Et voilà, ça c’était du Val tout craché ! Une engueulade et un mot gentil derrière. Faut plus le faire mais c’est bien que tu l’aies fait. Qu’est-ce que vous voulez y comprendre ?

Je revins au camp quelques instants plus tard, avec un tas de bois si pitoyable qu’ils m’ont renvoyé en chercher encore. Ce qui m’a permis de vomir un bon coup une fois que j’eus réalisé que j’avais assassiné un type. Un type qui avait peut-être une femme et des gosses. Un type qui avait simplement plus de courage et moins de scrupules que moi.
Je fis la gueule pendant presque une semaine. Plusieurs me taquinèrent pour me faire réagir jusqu’à ce que Val leur demande de me foutre la paix. Ils ne m’ennuyèrent plus mais beaucoup se posaient des questions. Et Alcanthar n’était certainement pas le dernier.



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