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 Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque   Lun 11 Nov - 16:48

Chapitre 35 – Vol à la Grande Bibliothèque
 
Une fois arrivés à Grand-Foire, nous prîmes nos quartiers à l'auberge "Mon ami l'obsidien", chez Ulnish, comme à notre habitude. Chacun ayant un cercle à passer ou des recherches à mener, nous convînmes de nous retrouver le soir à l'auberge ; pour le reste, chacun vivait sa vie.
Je commençai par me rendre à la Bibliothèque de Throal pour y déposer le deuxième tome de mes récits d'aventure : Les Chroniques de l'Éclaireur. Le second volume était un peu moins épais que le premier mais j'avais surtout besoin d'argent. Nous avions vaincu une Horreur (une petite en sale état, certes, mais une Horreur quand même…), défait des nuées d'orks et autant de créatures de tout poil et de toute écaille, empêcher la destruction de la ville de Brindol et de ses environs et j'en étais à compter sur mes travaux d'écriture pour me faire un peu d'argent afin de vivre décemment. C'est vrai que ça ne paie pas le boulot d'aventurier !
 
Ensuite, je parvins à trouver un éclaireur suffisamment compétent et fauché pour accepter de me faire passer un cercle d'adepte. Il s'agissait d'un nain bougon du nom d'Onae. Je sais que les nains sont tous bougons, mais celui-ci l'était plus encore, c'est dire. Toutefois, la semaine se déroula correctement et Onae se contenta d'être parfois pénible et pas le type abject que j'avais craint.
Je revins ensuite à la Bibliothèque afin de voir s'ils acceptaient l'ouvrage et la somme qu'ils m'en proposeraient. Les lieux semblaient assez agités et il y avait nettement plus de gardes que lors de mes précédentes venues. L'ambiance était étrange dans ce lieu habitué au recueillement. Je décidai néanmoins de poursuivre et je m'adressai au comptoir habituel. Dès que je donnai mon nom, le nain à la réception fit signe à deux gardes qui me prièrent de les suivre. Tout cela me sembla inquiétant et je craignis d'avoir mis des choses compromettantes dans mon ouvrage. Les deux militaires m'amenèrent directement au bureau du gardien de la salle des fiches, le respecté Merrox.
 
Après m'avoir fait signe de m'asseoir, le dignitaire nain se présenta puis entra dans le vif du sujet :
"- Un apprenti archiviste elfe du nom de Parr Bois-Obscur nous a dérobé des documents très importants. Il faut impérativement le retrouver avant qu'il ne revende son larcin."
- Heu… certes, mais en quoi suis-je concerné ?
- L'un de mes adjoints a lu vos recueils et nous savons que vous faites partie d'un groupe d'aventuriers qui pourrait nous aider dans cette affaire. Je dirais même que vous êtes l'homme de la situation.
- Ah ?!… bon, admettons. Néanmoins, si ces documents sont si importants pour vous, pourquoi vous ne faites pas appel à vos hommes à vous. Vous ne nous connaissez même pas !
- Nous vous connaissons mieux que nous ne croyiez. Vos récits parlent pour vous et le Baron Lemak nous a aussi faire un rapport sur votre compte. De plus, vous êtes connus de certains habitants de Throal. À moins que vous refusiez de nous aider ? ajouta-t-il avec une pointe de menace.
- Non, la question n'est pas là, m'empressais-je de le rassurer. Je crains simplement que vous ne placiez trop d'espoir en nous. Quelles informations avez-vous pour démarrer la piste ? De quand date le vol ?
- Bien… nous entrons dans le vif du sujet ! commenta-t-il avec satisfaction. Les documents ont été volés hier. Nous savons qu'il est ensuite rentré brièvement chez lui avant de repartir. Il a certainement quitté Throal rapidement. Mais votre mission n'est pas simplement de retrouver et ramener les documents. Vous devrez retrouver le voleur, le suivre, remplacer les documents par d'autres et, enfin, identifier les acheteurs.
- Rien que ça ?! Bon, soupirais-je, je vais voir ce que l'on peut faire. J'espère au moins que Throal saura se montrer reconnaissant si nous ramenons ces documents si importants…
- Rassurez-vous, même si nous n'apprécions guère les mercenaires, vous serez récompensés."
 
J'avais perçu la menace à peine voilée et je pris congé après avoir obtenu l'adresse de l'elfe, ainsi qu'un garde comme escorte et pour éviter tout problème lors de la fouille de l'appartement du voleur.
 
Une fois sur place, il ne fut guère difficile d'entrer dans les quartiers de Parr Bois-Obscur. L'endroit était propre mais dénotait un départ précipité. Je remarquai assez vite des traces de terre sur le sol, de la couleur caractéristique de Grand-foire.
Je quittai Throal et revins à Grand-foire. Je fis un passage par l'auberge pour prévenir les potes que nous avions été embauchés (limite réquisitionnés) et je leur expliquai la mission. Pour l'instant, je remontai simplement la piste et je viendrai les rechercher ensuite. Thregaz insista pour m'accompagner et j'acceptai sa compagnie de bon cœur. Ce que je perdais en discrétion, je le gagnais en sécurité.
Je retrouvai les traces, non sans difficulté, dans les rues boueuses et fréquentées de la ville marchande. Celles-ci finirent par nous mener à l'auberge miteuse de la Bibliothèque, celle-là même  où nous avions rencontré un t'skrang louche du nom de Nas'katal et où j'avais tué un client à coup de chope. J'avoue avoir marqué un temps d'hésitation à l'idée d'entrer à nouveau dans cet endroit.
Et cette hésitation fut utilisée par un groupe de quatre voleurs nains qui décidèrent de s'en prendre à nous. Quelques baffes de troll plus tard, nous pénétrâmes dans l'établissement glauque.
 
Malgré mon appréhension, le tavernier ne nous reconnut pas et personne ne fit de commentaires. Les seuls regards curieux auxquels nous eûmes droit confirmèrent que nous étions trop bien habillés pour l'endroit mais le visage ravagé et les armes de Monsieur dissuadèrent les imprudents. Nous aperçûmes bientôt Nas'Katal à sa place habituelle. Cela était d'autant plus étonnant qu'il était censé être mort. Lui-même marqua une certaine surprise à notre vue mais il n'avait rien perdu de sa volubilité ni de sa curiosité. Passé les salutations, je décidai de louer ses services pour retrouver Parr. Je n'avais aucune confiance en lui mais ma piste s'arrêtait là et je n'avais pas d'autre alternative. Contre 5 pièces d'or, je lui demandai de trouver tout ce qu'il pourrait sur l'elfe d'ici ce soir. La prime était sans doute excessive mais elle le dissuaderait peut-être de chercher à trop finasser.
 
De retour à l'auberge, nous retrouvâmes So'tek et Gothzul, ainsi que Jeb arrivé à Grand-foire entretemps. Cool, l'équipe était au complet. Je fus nettement plus étonné en voyant Maloniel en leur compagnie. Celle-ci me fit un grand sourire et me serra dans ses bras. Je lui rendis son étreinte non sans plaisir. Elle accompagnait Rosper, le type qui aurait la charge des faux documents. Tous deux allaient se joindre à nous pour la suite de la mission. Si je me félicitais de la venue de notre jolie voleuse (une seconde personne discrète ne serait pas de trop), j'étais plus réservé sur Rosper. Le type n'avait pas l'air très aimable. Très concentré sur un travail de lecture, So'Tek nous informa qu'il ne nous accompagnerait pas ce soir-là.
 
Alors que la nuit commençait à tomber, le groupe revint à la Bibliothèque. Nous n'eûmes pas droit à l'attaque des nains cette fois. Ils avaient peut-être assez de jugeote pour estimer qu'un groupe de six personnes bien équipées était au-dessus de leurs forces. Ou sans doute léchaient-ils encore leurs plaies. Quoi qu'il en soit, nous retrouvâmes Nas'Katal comme convenu. Ce dernier se fit un peu prier mais finit par lâcher que Parr s'était rendu récemment dans une auberge de mauvaise réputation, La Rivière Noire. Des combats y étaient organisés et tous les participants ne repartaient pas sur leurs jambes. Contre cinq nouvelles pièces d'or, il nous révéla également que cette auberge abritait une cellule locale de therans chargés de déstabiliser Throal. Rien de moins.
 
Nous décidâmes d'aller immédiatement à la Rivière Noire et de faire deux groupes. Le premier était constitué de Gothzul, Thregaz et moi-même et s'occuperait de monopoliser l'attention en organisant des combats. Les autres, Jeb, Maloniel et Rosper, entreraient en ordre dispersés et se mêleraient aux clients pour observer et profiter de toute opportunité.
L'établissement était effectivement un cloaque. Des tables dépareillées, des chaises cassées et des tabourets bancals, des déchets douteux ici et là, un comptoir sans fioritures et un espace dégagé pour les combats. Les tâches brunâtres au sol attestaient que le fairplay n'était pas la règle d'or lors des confrontations.
Le maître des lieux derrière le comptoir fut très intéressé par mes deux musculeux compagnons et il proposa un combat entre eux avec un prix de 5 PO au gagnant. Avant que j'aie pu négocier ou essayer d'avoir d'autres adversaires, Gothzul et Thregaz rejoignaient l'arène de combat et s'échangeaient des bourre-pif sous les acclamations des clients. La tactique pour attirer l'attention était réussie mais nous venions de perdre notre force de frappe et ces deux furieux ne faisaient pas semblant. En cas de problème, nous aurions nos deux combattants déjà sérieusement amochés.
Compte-tenu de l'endurance des deux combattants, cela pouvait durer un certain temps et je décidai de profiter de la diversion pour tenter de neutraliser discrètement le patron. Enfin, ça c'était le plan…
 
Pour la discrétion de mon attaque, rien à redire. Je me glissai souplement derrière de comptoir, en raflant une chope au passage, avant que l'aubergiste ne remarque quoi que ce soit. En revanche, côté efficacité, ce fut moins glorieux : mon premier coup de chope le frappa à l'épaule et je retrouvai rapidement face à un adversaire armé d'un gros poignard et pas très heureux. Malgré l'aide de Maloniel, rapidement intervenue à mon côté, nous ne parvînmes pas à le neutraliser et encore moins à l'empêcher d'alerter les clients. Thregaz et Gothzul décidèrent d'ajouter à la confusion en distribuant les baffes parmi les spectateurs. L'affaire tourna rapidement à la baston générale.
De notre côté, le patron reculait vers une porte mais il finit par succomber sous nos assauts conjoints avant d'avoir pu l'ouvrir, ce qui nous laissa juste le temps de nous retourner pour faire face aux clients qui arrivaient dans notre dos.
Rosper choisit ce moment pour intervenir et lança un sort de gel dans la mêlée, jetant quasiment tous les protagonistes à terre tant le sol était devenu glissant. Par chance, la zone du comptoir fut épargnée. Cela devenait un peu trop pour la plupart des clients qui cherchèrent à fuir l'établissement. Quelques minutes plus tard, les rares récalcitrants étaient neutralisés et nous quittâmes l'auberge avec le patron sous le bras à la recherche d'un coin discret pour un petit interrogatoire.
 
Isolé de ses hommes de main et cernés d'inconnus hostiles, le patron de la Rivière Noire, qui s'appelait Derfilion, n'en menait pas large. Il suffit de quelques froncements de sourcils de Monsieur pour qu'il se mette à table. Nous apprîmes ainsi que Parr était parti la veille pour la lisière de la Jungle de Servos, accompagné de six mercenaires, afin d'y rencontrer des thérans auxquels il vendrait les documents. Selon Derfilion, ceux-ci concernaient les Dragons et étaient importants. Tellement importants qu'il n'a pas voulu s'occuper lui-même de la transaction et avait envoyé l'elfe au loin. De mieux en mieux…
Leur groupe était parti à cheval et il avait une bonne journée d'avance sur nous. Thregaz proposa d'utiliser un navire volant pour les rattraper. Il avait justement accès à l'un d'eux et n'attendait que son baptême de navigation. L'idée n'enthousiasma pas tout le monde mais nous n'avions pas vraiment le choix. Et cela semblait faire tellement plaisir à notre écumeur du ciel que nous acceptâmes son plan.
 
Nous revînmes à Throal et confiâmes Derfilion à Galahel et à quelques gardes.
Sur le chemin, j'en profitai pour discuter à part avec Maloniel et la remercier de son aide face au tavernier. Elle sembla un peu étonnée et me rétorqua que c'était normal puisque nous étions une équipe. Mais je remarquai qu'elle avait néanmoins apprécié ma gratitude.
 
Après quelques heures de repos, nous retrouvâmes notre troll aux Portes du Ciel, le port aérien de Throal. L'endroit était des plus particuliers. Les navires entraient dans d'immenses cavernes à flanc de montagne, directement connectées au cœur du royaume nain, et aménagées de telle sorte qu'elles permettent aux navires aériens de s'amarrer sans avoir à toucher le sol de la vallée. La vallée, en effet, appartenait juridiquement à Grand-Foire et Throal conservait ainsi le total contrôle du trafic aérien.
Les navires de commerce étaient nombreux et ils permettaient au royaume d'échanger avec le reste de la province de Barsaive. La flotte militaire est également stationnée, mais de manière moins visible.
Cette convergence entre la roche chargée d'histoire et de magie de Throal et les navires aériens mus par de nombreuses gemmes élémentaires d'air ne manquait pas de titiller mes sens d'éclaireur. Cette confluence élémentaire était…curieuse et étonnamment harmonieuse. J'avais une impression de complémentarité plutôt que celle d'une opposition. L'endroit était assurément digne d'intérêt.
 
Thregaz était en pleine discussion avec Bruurka, un troll commandant de galère volante qui avait accepté de mettre à notre disposition Le Griffon de glace, un drakkar éclaireur de faible tonnage, élancé, et qui semblait tout à fait approprié pour notre mission. Notre écumeur du ciel ne tenait plus en place et avait hâte de prendre l'air. Avec un peu moins d'enthousiasme, nous montâmes  à bord. So'Tek avait temporairement remis ses recherches à plus tard et s'était joint à nous. En revanche, Jeb n'avait pas été tenté par l'aventure aérienne et était reparti à ses activités marchandes. Gothzul, Maloniel, Rosper et moi-même complétions l'équipe chargée d'intercepter l'elfe voleur.
 
Le décollage et l'ascension furent époustouflants. Le petit navire glissait sur le vent avec souplesse et assurance. La maîtrise de l'équipage et les paysages prodigieux nous firent bientôt oublier nos craintes et nous appréciâmes tous le voyage comme un instant magique.
Enfin… presque tous : Gothzul ne quitta guère l'arrière du navire et il rendit tout ce que son estomac contenait. Notre ork téméraire n'avait visiblement pas le pied aérien et il avait beaucoup perdu de son habituelle arrogance. Et pour une fois, nous fûmes tous d'accord : un ork c'est vert !
 
Pour ma part, je ne me lassai pas de la beauté de la vue et de l'impression de calme et de liberté. C'était un peu comme sur un navire, le bruit de la mer en moins et le souffle du vent en un peu plus puissant. Accoudé au bastingage, Maloniel à mes côtés et les yeux perdus dans les nuages, je me sentis apaisé comme je ne l'avais pas été depuis longtemps.
 
Le lendemain, je fus le premier à repérer les cavaliers au sol. Même à 300 mètres de hauteur, je restais un éclaireur. Le groupe comptait une demi-douzaine de personnes et c'était vraisemblablement Parr et ses gardes.
Quelques heures plus tard, je sentis le vent forcir brusquement et les nuages se ressembler à proximité de notre navire. L'équipage semblait lui-même nerveux et le commandant Bruurka nous informa que cette formation rapide d'un orage n'était sans doute pas naturelle. Nous remarquâmes alors, à quelques dizaines de mètres en dessous de notre drakkar, une galère marchande assailli par une concentration de nuages noirs. So'Tek identifia rapidement cet amas comme un spectre orageux, un rejeton d'Horreur. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce type de créature était tout à fait vulnérable aux attaques physiques, ajouta notre érudit t'skrang.
 
Bruurka demande notre aide pour aller porter assistance à l'équipage de la galère attaquée. Thregaz se prépara à sauter sur l'autre navire et me proposa de venir avec lui. Je me sentais relativement à l'aise sur le drakkar, mais de là à me jeter dans le vide pour aller secourir des inconnus, il y avait un pas trop grand pour moi. Je l'informais que je l'aiderai depuis ici avec mon arbalète.
Notre écumeur plongea dans le vide et, sans que je puisse vraiment me l'expliquer, il dirigea sa descente vers l'autre navire et freina sa chute avant d'atterrir sur le pont où le spectre orageux faisait un massacre parmi l'équipage de la galère.
Le troll attaqua immédiatement le rejeton d'Horreur et lui asséna un coup violent coup de hache qui fit reculer la créature. Celle-ci répliqua par une décharge électrique qui secoua rudement l'écumeur du ciel. Alors que je commençais à viser le spectre, nous en vîmes deux autres sortir des nuages. Aïe ! Cela s'annonçait plus compliqué que prévu. L'une des créatures alla aider son collègue de la galère et l'autre vint vers nous. Je décochai un carreau sur le second adversaire de Thregaz et le blessai  mais sans gravité. Le troisième spectre me prit à son tour pour cible et je reçus une décharge électrique mais j'encaissai le choc.
De son côté, Thregaz semblait avoir toutes les peines du monde face à deux adversaires aussi coriaces. Négligeant celui qui s'en prenait au Griffon de Glace, je continuai à harceler l'un des ennemis du troll afin de l'aider de mon mieux. Maîtrisant de mon mieux la rage froide familière qui commençait à m'envahir, j'ajustai posément ma cible. Mon second carreau fit mouche et le spectre orageux partit en vrille dans les nuages. Il revint bientôt dans la bataille, mais très affaibli et nettement plus prudent.
Sur le drakkar, la défense s'organisa et le rejeton Horreur qui avait eu la mauvaise idée de venir là en fut pour ses frais. Les assauts de l'équipage et les sorts de So'tek vinrent rapidement à bout de sa résistance et il se dissipa bientôt au vent.  
Sur la galère, Thregaz gisait contre le pont. Il se releva grâce à son talent de Sang de feu puis fonça à nouveau sur le spectre orageux qui s'en prenait à nouveau à l'équipage. Après quelques assauts, le troll détruisit le rejeton d'Horreur. Le dernier adversaire envoya une ultime décharge sur l'écumeur du ciel qui s'effondra à nouveau sur le pont puis s'enfuit en voyant que notre drakkar s'approchait de la galère.
 
Constatant que mon ami troll ne bougeait plus, je pressai Bruurka de s'approcher plus vite. Comme je pressentais le pire, je pris mon élan pour sauter sur la galère. Au même moment, le drakkar freina son approche pour éviter tout danger de collision. Cela suffit pour perturber mon saut audacieux et me faire comprendre que j'allais rater le pont en face. Par chance, tout autant que par réflexe, j'attrapai de justesse un filin sur ma trajectoire et m'y accrochai de toutes mes forces. J'adressai une brève mais fervente prière de remerciement à Astendar. Je fus ensuite hissé par des matelots étonnés de la galère. Ils devaient me prendre pour un fou.
Entretemps, le drakkar s'était amarré et So'Tek était déjà aux côté de Thregaz. Je m'étais fait une belle frousse pour rien et j'avais failli mourir sur une pulsion subite. Encore du grand Valérian…
      
Le nécromancien t'skrang nous informa bientôt que Monsieur avait copieusement dégusté (ça, ce n'était pas une nouvelle…) mais qu'il s'en sortirait encore cette fois. Une potion plus tard, notre troll reprit connaissance sous les acclamations des survivants de la galère, qui s'appelait La Rencontre de Chorolis, et du drakkar. Il était en piteux état mais souriant à tous, ravi de son exploit. Sacré troll, aussi increvable qu'inébranlable ! Avec les soins prodigués par So'tek et sa robuste constitution, il serait en état de combattre si besoin demain.
 
Bruurka prêta quelques matelots au capitaine de la galère afin que celle-ci dispose d'un équipage suffisant pour retourner à Throal, puis nous reprîmes notre cap. Nous avions décidé de nous faire déposer une journée devant le groupe de Parr afin de le voir venir à nous et d'intervenir pendant la nuit. Le seul inconvénient, c'est que nous n'aurions pas droit à l'erreur car il atteindrait la lisière de Servos dès le jour suivant.
 
Après une nuit que nous mîmes à profit pour soigner nos blessures (surtout Thregaz et moi), nous commençâmes à mettre le piège en place. Il convenait tout d'abord de localiser nos adversaires et de vérifier si nous étions en bonne position pour les intercepter.
Maloniel et moi partîmes en reconnaissance afin de les découvrir le plus tôt possible le long de la piste marchande. Sur le chemin, la jeune femme semblait d'humeur particulièrement taquine et nous nous défiâmes régulièrement à des petits jeux qui mettaient nos talents à contribution. Sur bien des points, nous étions d'un niveau très proche. À un autre niveau, je remarquai aussi notre proximité : lors de la journée, elle me frôla souvent et son comportement, autrefois assez timide, avait évolué.
Alors que nous étions allongé côte à côte au somment d'un petit surplomb qui nous procuraient une bonne vue sur les environs, la conversation pris un tour inattendu.
"- J'ai été particulièrement contente de te revoir à Throal après tout ce temps, m'annonça-t-elle avec un sourire où perçait encore un peu de timidité.
- Je peux t'assurer qu'il est va de même pour moi, répliquai-je avec un sourire qui n'avait rien de timide.
- Tiens ! Maintenant que nous sommes tranquilles tous les deux, il faut que je te raconte un truc. J'ai rencontré une fille lors d'une mission entre Syrtis et Tansiarda : elle s'appelait Valériane et elle était éclaireuse. Plutôt jolie d'ailleurs. Marrant non ?
- …. ! (blême)
- Houa ! Tu verrais ta tête ! Hé ! T'es sûr que ça va ?
- Oui (voix blanche). Hem ! Heu… elle allait comment ?
- Ben… bien je crois. J'ai discuté un moment avec elle. Elle était avec une t'skrang du nom de Kia'santh. Tu les connais ? C'est quand même trop fort, non ? Pour vos noms, j'veux dire !
- Oui, je les connais. Mais ça remonte à quelques années.
- Cool ! Tu racontes ?
- Non, je n'ai pas envie d'en parler !
- OK, je vois. Bonjour l'ambiance…"
La jeune humaine se détourna avec une moue renfrognée et quelque peu dubitative.
 
Le ciel venait de me tomber sur la tête et je n'arrivai pas à contrôler mes idées et mes émotions avant plusieurs minutes. Valériane vivante ? Je venais de faire un saut de plus de 3 ans en arrière et je ne savais pas sur quoi cela allait déboucher. Il s'était passé tellement de choses depuis et j'avais moi-même bien changé.
J'étais à la fois soulagé de savoir qu'elle était en vie et angoissé par tout ce que cela remettait en question. Que lui avait dit Maloniel sur moi ? Certainement assez pour que l'éclaireuse devine qui se cachait derrière le nom de "Valérian". Qu'est-ce qui se passerait quand nous nous rencontrerons un jour ? Car ce jour arriverait… M'aura-t-elle pardonné ou cherchera-t-elle à se venger ? Difficile de savoir avec elle !
Était-elle toujours avec les Téméraires ? Certainement si Kia'santh l'accompagnait. Et Alcanthar, était-elle toujours avec lui ?
 
Je finis par mettre fin à mes réflexions désordonnées. Je mis l'information de côté pour plus tard. Il était important que je me concentre sur la mission en cours. Au grand soulagement de la jeune voleuse, je discutai et badinai bientôt à nouveau avec elle, comme si de rien n'était. Mais je surprenais parfois son regard interrogateur à mon encontre et je sentais qu'elle n'était pas dupe.
 
En début d'après-midi, nous aperçûmes le groupe de Parr. Comme ils étaient à cheval et pressés, et nous à pied et contraints à la discrétion, ils nous semèrent bien vite mais leurs traces étaient faciles à suivre. Nous découvrîmes aisément leur lieu de campement en fin de journée.
Nous retrouvâmes le reste de notre groupe à quelques kilomètres de là et entreprîmes de nous rapprocher un peu avant la tombée de la nuit puis de prendre un peu de repos. En milieu de nuit, je menai l'équipe dans un gros bosquet à environ 200 mètres du camp de l'elfe et ses sbires, face au vent afin que leurs montures ne nous sentent pas. Nos amis seraient là pour nous secourir si cela tournait mal.
Ensuite Maloniel et moi partîmes discrètement vers le camp, emportant les faux documents remis par Rosper. Malgré les sentinelles, nous parvînmes à entrer dans la tente de Parr Bois-Obscur sans être détectés. Nous remarquâmes bien vite que l'elfe dormait avec la tête sur un coffre cadenassé.
Les talents de voleuse de Maloniel firent merveille : elle parvint à glisser à la place du coffre un objet de taille et forme similaire sans réveiller Parr, puis elle crocheta le cadenas, désamorça le piège à aiguille empoisonnée et fit l'échange de documents, referma le coffre, réarma le piège et remis le cadenas avant de replacer le coffre sous la tête du dormeur. Tout cela sous mes yeux ébahis et émerveillés par tant d'adresse. Malgré mes protestations muettes, la jeune voleuse consulta rapidement les vrais documents puis les replaça dans la peau de protection prévue à cet effet.
 
La sortie du camp se fit avec la même discrétion et nous retrouvâmes bientôt nos compagnons. Nous nous éloignâmes pour installer notre propre campement. J'étais ravi de cette réussite et très fier de Maloniel. J'enlaçai la jolie voleuse et lui déposai un baiser appuyé sur la joue. Elle ne me repoussa pas et rougit légèrement.
L'affaire n'était pas terminée mais la partie la plus délicate était accomplie. Il fallait désormais prendre un peu de repos pour poursuivre le travail le lendemain. Maloniel plaça sa couverture à côté de la mienne, encore un peu plus prêt que la veille me sembla-t-il.
Mais le sommeil me fuyait. Mes pensées dérivaient en un chaos de conjectures, d'espoirs et de craintes où se mêlaient Carelia, mon fils, des invaës, Maloniel, Fort Vräss, Thregaz tombant face à des spectres orageux, Keleshane, des cadavéreux… et Valériane. 
Je finis par m'endormir et, par chance, il n'y eu pas de cauchemar.
 
Le lendemain, Maloniel et moi repartîmes pour suivre la piste de Parr. Il n'était pas besoin de les suivre à vue, leurs traces étaient aisées à suivre, mais il ne fallait pas prendre trop de retard sur eux de crainte que l'échange se fasse sans nous. Je laissai des indices afin que le reste du groupe mené par Gothzul puisse nous suivre.
Nous retrouvâmes le groupe de Parr alors que l'échange débutait au milieu des ruines d'un bâtiment. Il convenait de s'approcher suffisamment pour identifier les autres protagonistes… mais sans se faire repérer pour autant. Alors que je la rejoignais, je vis Maloniel me faire un signe rapide d'avertissement. Je plongeai dans le premier buisson pendant qu'un sylphelin s'approchait de notre position en voletant discrètement.
Par chance, il passa sans nous voir. Nous pûmes alors assister à l'échange et je fus surpris de reconnaître la thérane qui menait la négociation : l'elfe Telba Shiresa. La même que Thregaz et moi avions rencontré à Grand-Foire pendant notre enquête ratée. Tout cela laissait sous-entendre un paquet de complots et manigances que nous n'avions pas soupçonné. Intéressant.
Quoi qu'il en soit, l'échange se déroula sans problème et Parr repartit bientôt avec son escorte pour aller camper plus loin.
 
Nous rejoignîmes le reste du groupe et décidâmes de laisser un peu d'avance à Parr. Comme son groupe se constituait majoritairement d'orks et de troll, il était préférable pour nous de les attaquer de jour. Nous décidâmes de localiser leur campement et de les attaquer à l'aube, avant qu'ils ne soient prêts au combat. Gothzul ne tenait plus en place et il avait soif d'action. Son absence au combat contre les spectres orageux lui était restée en travers de la gorge.
L'objectif premier restait la capture de Parr. E proposai que Maloniel et moi contournions le camp de nos adversaires pour arriver sur leurs arrières afin d'éviter que l'elfe ne s'enfuit. S'il parvenait à monter à cheval, nous ne pourrions pas le rattraper. Le plan reçu l'assentiment du groupe.
 
À l'aube, mes compagnons lancèrent l'assaut alors que les adversaires s'apprêtaient à prendre leur petit-déjeuner. La surprise fut totale pour les occupants du camp et ils commençaient tout juste à réagir que la mêlée s'engageait déjà. Gothzul et Thregaz traçaient leur sillon sanglant alors que So'tek et Rosper bombardaient de projectiles ceux qui s'écartaient. Maloniel et moi entrâmes en action également : elle poignarda un humain de dos qui s'effondra au sol alors que je décochai un carreau sur un troll qui se tournait vers elle. Bien que blessé, l'ennemi n'en continua pas moins vers la voleuse et lui asséna un coup de hache qu'elle ne parvint pas à esquiver. Alors que la jeune humaine tombait au sol, inconsciente, je poussai un cri de dépit et dégainai mon épée en chargeant le troll, sentait un rage froide m'envahir brutalement. Le troll vit venir le coup mais ne put le parer à temps ; il contempla ensuite d'un air incrédule la plaie béante qui venait de s'ouvrir dans son ventre avant de s'effondrer à son tour. Du coin de l'œil, j'aperçus Gothzul qui venait de neutraliser Parr Bois-Obscur d'un coup de hache. J'espérais que le coup n'était pas fatal. Après quelques instants, la totalité des ennemis gisaient à terre et la victoire était nôtre. Le corps inanimé de Maloniel dans mes bras, je n'avais guère le cœur à m'en réjouir. Accouru à mes côtés, So'tek examina la jeune voleuse et m'assura bientôt que la blessure n'était pas trop grave et qu'elle serait bientôt sur pieds. Soulagé, je laissai Maloniel aux bons soins du petit t'skrang et allai vérifier l'état de Parr. Là aussi, la blessure n'était pas mortelle mais il s'en était fallu de peu et il était en piteux état. À peine m'étais-je redressé pour l'annoncer la nouvelle aux autres que Rosper envoya un sort de glace sur le corps de l'elfe inanimé. Cette nouvelle blessure l'avait achevé sans doute possible. Stupéfaits, nous nous tournâmes vers Rosper pour avoir des explications mais celles-ci ne vinrent pas et nous ne lûmes qu'un petit rictus de satisfaction sur le visage peu expressif du sorcier. Énervé, je lui décochai un coup de poing en plein visage mais j'avais à peine amorcé mon geste qu'il se plaçait déjà hors de la trajectoire, comme s'il avait anticipé mon geste. Il profita ensuite de l'étonnement général pour partir tranquillement sur la piste, en direction du nord. J'étais à deux doigts de prendre mon arbalète pour lui souhaiter un au-revoir à ma manière mais Thregaz m'en dissuada. Il avait sans doute raison mais ce type de comportement m'énervait au plus haut point. Cette froide arrogance me faisait penser à un autre connard de tisseur de filaments : Augure.
 
Nous soignâmes les deux survivants de notre attaque et leur laissâmes leur récompense. En revanche, nous fouillâmes les autres et trouvâmes une petite fortune, notamment sur Parr. La récompense des thérans pour les documents.
En soirée, le Griffon de glace revint nous récupérer et le voyage du retour se déroula sans incident. Je passai pas mal de temps à veiller au bon rétablissement de Maloniel. Ses blessures et le manque d'intimité nous empêchèrent de céder à notre envie de rapprochement mais l'instant, associé à la beauté du vol du drakkar, fut des plus agréables. Il me permit aussi d'éviter de trop penser à Rosper.
Je reparlai brièvement de Valériane et Maloniel me dit qu'elle lui avait parlé de moi et mentionné, notamment, nos projets à Fort-Vräss. Bon, si l'éclaireuse tenait vraiment à me mettre la main dessus, elle saurait où chercher. Maloniel ajouta qu'elle espérait ne pas avoir mal agi et qu'elle ignorait que je la connaissais. Je la rassurai en lui disant que ce n'était pas grave. Elle n'insista pas mais elle n'était pas idiote.
 
Toutefois, Maloniel me donna également matière à penser lorsqu'elle m'apprit que les documents récupérés dans la tente de Parr parlaient du village de Hanto. C'était la pièce du puzzle qui me manquait et tout s'éclairait désormais d'un jour nouveau. Les documents, s'ils tombaient en de mauvaises mains pouvaient être préjudiciables pour les dragons nous avait dit Derfilion. Or, Aardéla, la jeune humaine que nous avions protégé à Hanto, semblait avoir un lien avec les dragons. Nous l'avions confié aux bons soins d'Arondry, lui-même lié aux dragons. Du coup, le fait que Merrox ait choisi notre groupe pour cette mission m'apparaissait également nettement moins dû au hasard. Les thérans étaient-ils à la recherche d'informations capables de leur donner de quoi menacer les dragons ou les influencer ? Sans aucun doute.
Je pressentais l'existence d'une confrérie, à l'image des Porteurs de Lumière, mais axée sur la préservation et la collaboration avec les dragons. Selwyn et Rosper en faisaient certainement partie.
 
Tout cela nécessitait un approfondissement et il faudrait que j'en parle avec mes compagnons car je supportais de moins en moins d'être balloté par les événements et manipulé par des gens qui en savaient beaucoup plus que moi. Il nous appartenait de reprendre notre destin en main et de comprendre les conséquences de nos agissements.
 
De retour à Throal, nous fîmes notre rapport à Merrox. À la fin, je lui fis part de mon ressentiment à l'encontre du comportement de Rosper. Le gardien de la salle des fiches m'informa alors, d'un air un peu gêné, que Rosper ne travaillait pas pour lui. À la lumière de mes réflexions des jours précédents, j'en fus à peine surpris.  
 
Côté récompense, j'avais eu le temps de réfléchir à la chose et le demandai à Merrox qu'il nous recommande auprès d'un créateur d'objets à filaments compétent. Compte tenu de la bonne santé actuelle de nos finances, il pouvait être intéressant pour certains d'investir dans du bon matériel. Je lui demandai également la possibilité de recourir gratuitement à l'un de ses assistants pour faire des recherches sur mon luth. Il accéda à mes deux requêtes sans aucune difficulté et me versa également la somme de 10.000 pièces d'argent pour le second tome de mes Chroniques. Ce fut assurément un entretien très enrichissant.
 
Nous prîmes congés et revînmes à l'auberge de "Mon ami l'obsidien", histoire de fêter dignement le succès de notre dernière aventure et le passage au cinquième cercle de Monsieur et de moi-même.
La soirée fut animée et il y eu son lot de tournées générales, des chansons (quelques-unes paillardes), des histoires (quelques-unes salaces) et des danses. Bien évidemment, je mis tous mes modestes talents à contribution, sans oublier de continuer à flirter avec Maloniel. Mais l'heure était à la fête commune et pas à l'intimité et nous restâmes assez sages.
 
Le lendemain, en fin de matinée, je réunis le groupe qui était dans un état relativement frais. Par chance, nos plus gros buveurs étaient aussi ceux qui récupéraient le mieux. En présence de Maloniel, je les informai des découvertes de la jeune voleuse quant au contenu du document volé et notamment la mention du nom de Hanto. J'envisageai la possibilité d'une visite sur place pour vérifier que tout allait bien avec Aardélea mais Gothzul renâcla car tout cela n'évoquait rien pour lui. Par ailleurs, contrairement à ce que j'avais cru, Maloniel m'informa que le nom d'Hanto n'était pas cité au début du texte mais dans une page prise au milieu du livre. Cela avait attiré son attention parce qu'elle connaissait le village. Compte tenu de ces éléments, il était probable que le nom du village ne figurait pas dans les faux documents et que les thérans n'avaient aucune raison de s'intéresser à cet endroit. En fait, notre arrivée là-bas pourrait même attirer l'attention.
J'en profitais également pour leur faire part de mes soupçons au sujet de Rosper et qu'il me semblait intéressant d'en savoir plus à ce sujet. Le groupe étant d'accord, je demandai à Maloniel de prendre un rendez-vous pour nous auprès de Galahel, ce dernier me semblant être toujours bien informé.
 
Ensuite chacun vaqua à ses occupations le reste de la journée. Dans un premier temps, j'accompagnai So'tek chez un alchimiste pour refaire le plein de potions pour le groupe. Je payai la somme en prélevant sur le pécule reçu pour mon dernier ouvrage. J'allai ensuite faire faire un portait de moi puis me rendit chez Charboyya afin qu'il expédie un colis à ma famille : 100 pièces d'or, le portrait, une lettre pour ma mère et une autre pour ma sœur Cerina. J'avais commencé la rédaction de ces courriers à bord du Griffon de Glace en y incluant un charme de présent enchanté destiné à réconforter les personnes à qui ils étaient destinés. Charboyya m'assura qu'il ferait le nécessaire dès que possible. Un brave homme ce Charboyya.
 
J'allai ensuite au marché de Grand-Foire pour y trouver une belle robe pour Carelia, ainsi qu'un bijou. Je parvins à trouver deux jolies broches et ne parvins pas à choisir. Je les achetai donc toutes les deux. La première sera pour Carelia et la seconde pour Maloniel. Il était temps de passer à la vitesse supérieure avec la jeune voleuse et j'aspirais à une parenthèse romantique avant de replonger dans les ennuis d'ici quelques semaines. Toutefois, sa timidité la desservait et j'estimais qu'il était temps d'équilibrer le jeu grâce à un charme de présent enchanté adéquat. Un peu plus de confiance en elle devrait l'aider à se décider.
 
En fin de journée, Gothzul, Thregaz et moi nous retrouvâmes chez un armurier qui nous avait été recommandé par Merrox. Effectivement, à notre arrivée, nous fûmes immédiatement pris en charge et nous expliqua ce que l'échoppe était capable de fournir. Pour ma part, je voulais arriver à un peu plus d'efficacité dans les combats afin de mieux aider mes compagnons. Ces deux dernières années d'aventures effrénées m'avaient un peu aguerri et je me sentais désormais suffisamment fort pour manier une épée large. J'en choisi une et pris toutes les options magiques disponibles. Vu la réduction consentie, point d'hésitation ! L'inconvénient majeur était que l'arme ne serait disponible que dans trois mois. Toutefois, vu tout ce que j'avais encore à faire à Throal, cela ne constituait pas réellement un problème.
 
Le soir, de retour à l'auberge, nous évoquâmes nos projets. Thregaz avait envie de retourner dans son clan, revoir ses femmes et travailler au drakkar. So'tek et moi avions prévu des recherches et des entraînements mais devant la durée prévue, Gothzul nous arrêta tout de suite.
 
"- Dites les gars, au cas où vous l'auriez oublié, on a toujours un petit souci avec les Plaies Béantes. Moi, je ne vais pas rester là trois ou quatre mois à vous attendre.
- Heu… les Plaies Béantes ?
- Dis donc Valérian, t'étais pas là quand Gortrash nous a expliqué tout le bazar ? Le fait que les Plaies Béantes squattent la mine recherchée par la Compagnie de la Poignée de Main… les nains que nous avons sauvés et qui nous aident actuellement à retaper Fort Vräss, au cas où, là aussi, t'aurais des trous de mémoire ! Sans parler du kaër occupé par la Main de la Corruption. Va peut-être falloir s'occuper de tout ça avant qu'ils ne nous déboulent sur la gueule sans crier gare, non ?
- Ah ben… vu comme ça, c'est sûr que …
- A la bonne heure ! Moi, je vous préviens que je termine de passer mon cinquième cercle de guerrier et je retourne à Fort Vräss.
Un peu penaud, je consultai So'tek du regard. Visiblement, il était aussi embarrassé que moi.
- OK, nous partirons tous ensemble dès que possible. De toute manière, je me vois mal passer trois mois ici avec une telle menace qui plane sur Vräss. Nous partirons tous dès que tu auras passé ton cercle."
Et voilà ! C'était déjà reparti ! Je poussai un gros soupir intérieur en pensant à Maloniel et au peu de temps qu'il me restait. Je ne voulais pas d'une relation à la va-vite avec elle et notre histoire allait devoir patienter encore. Mais comment faisait le Val d'Olsir pour survivre avant que nous n'arrivions dans la région ?    
 
Deux jours plus tard, Maloniel nous emmena à la grande bibliothèque où nous fûmes reçus par Merrox et Galahel. Le fait que ces deux-là travaillent ensemble ne m'étonnait pas le moins du monde.
Ce fut le gardien de la salle des archives qui prit la parole.
"- Bien ! Vous avez souhaité nous rencontrer car vous auriez quelques petites questions. Je vous écoute.
- Merci noble Merrox, commençais-je. Je ne sais pas si vous pourrez ou voudrez répondre à nos interrogations, mais nous apprécierions quelques compléments sur notre dernière mission. Nous avons compris qu'il y avait beaucoup en jeu et nous apprécions moyennement d'avoir l'impression d'être de simples pions au service de puissances dissimulées et qui nous dépassent visiblement. Nous comprendrons si certaines questions vous embarrassent.
- Intéressant préambule. Poursuivez.
- Je soupçonne Rosper d'être un agent au service d'un groupe chargé de maintenir les liens avec les dragons, voire de les protéger. Tout comme le dénommé Arondry vers qui vous nous aviez orienté il y a quelques temps, précisais-je en me tournant vers Galahel.
Nos deux interlocuteurs échangèrent  un regard de connivence.
- Vos soupçons sont plutôt fondés, répondit l'agent de Throal.
- En fait, compte tenu de son comportement distant à notre encontre, ses pouvoirs et sa sociabilité quasi inexistante, j'en viens même à me demander s'il ne passe pas plus de temps avec les dragons qu'avec les humains… ou s'il n'en est pas un lui-même ! poursuivis-je.
- En effet, répondit le nain, "Rosper" fait normalement plus de vingt mètres. Bien évidemment, je vous prie de ne pas ébruiter ce genre de chose.
- Il n'aurait pas pu nous le dire tout de suite ?! Et pourquoi un truc si balaise avait besoin de nous ? Il ne pouvait pas y aller tout seul et ramener les documents ? s'insurgea Gothzul.
- La discrétion était indispensable dans cette affaire. Il fallait surtout profiter de l'occasion pour effectuer une mission de désinformation auprès des thérans et tuer Parr n'était pas l'objectif premier.
- À voir le comportement de votre Rosper, c'est pas l'impression qu'on n'avait, commenta Thregaz.
- Rosper n'aime ni les thérans, ni les traîtres, ajouta Merrox. Je pense qu'il a préféré sa justice plutôt que la nôtre.    
- Je suppose que ce genre de créature - les dragons capables de se transformer en humains et inversement – ne sont pas censés exister, repris-je. Je me trompe ?
- Non, c'est pour cela qu'il ne pouvait pas se présenter ainsi à vous, répondit le dignitaire de la grande bibliothèque.
- N'empêche qu'il aurait au moins pu s'expliquer quand il a tué Parr au lieu de nous planter là sans un mot ! s'entêta notre guerrier ork.
- Il me semble difficile de juger l'attitude de Rosper selon des critères de donneur-de-noms, commentai-je. Je comprends désormais mieux son attitude tout au long de la mission.
- C'est pas une excuse, grommela  Gothzul.
- Hrem ! Passons à autre chose, repris-je. Nous avons remarqué le nom d'Hanto dans les vrais documents repris par Rosper. Le fait que vous ayez choisi notre groupe pour cette mission est tout sauf une coïncidence, n'est-ce pas ?
- Oui, vous étiez déjà au courant de ce qui se passe dans ce village. Toute indiscrétion consistant à lire les documents que vous deviez retrouver serait sans grande conséquence. Je constate que nous avons bien fait de prendre cette précaution, ironisa Merrox.
- Nous n'avons donc aucune raison d'aller à Hanto pour vérifier que tout va bien pour Aardeléa ?
- En effet, intervint Galahel. Cela pourrait même attirer l'attention sur ce village et personne dans cette pièce ne le souhaite, je pense.
- Vous pouvez donc nous assurer qu'Aardeléa va bien ?
- Oui, nous avons tenu parole.
- Très bien. Je souhaiterais revenir aux dragons. Quel est le rôle de Throal dans tout ça ? Et la position des dragons ?
Merrox réfléchit quelques secondes avant de répondre.
- Disons, sans entrer dans les détails, que nous sommes plus ou moins alliés contre les thérans. Pour eux, nous sommes des ennemis de leurs ennemis, sans être vraiment des amis. Vous comprendrez que le sujet est trop vaste et sensible pour que je sois plus précis.
- Cela nous suffit tout à fait. Pas d'autres questions, les gars ?
Comme mes compagnons n'avaient pas d'autres questions, nous mîmes fin à l'entretien après avoir remercié nos interlocuteurs. J'avoue avoir été assez surpris de la bonne volonté et de l'importance des informations qu'ils nous avaient données. J'avais comme dans l'idée que c'était un calcul de leur part afin de pouvoir à nouveau faire appel à nous en cas de besoin.
 
Avant de quitter le bureau de Merrox, celui-ci me remit quelques notes relatives aux recherches entreprises au sujet du luth elfique. Je le remerciai puis nous revînmes à l'auberge. Chacun alla vaquer à ses occupations ensuite. Pour ma part, je m'isolai pour étudier les documents trouvés à la grande bibliothèque. Dans un premier temps, je pensai à une erreur et ne vit pas le rapport avec mon luth. Puis tout s'éclaircit et je fus saisi par l'ampleur de ce que je venais d'apprendre.
Pour faire simple, ce luth avait été créé par une puissante sorcière elfe du nom de Larkspur et offert à son mari le prince Kervala. Kervala dirigeait la mythique cité elfique d'Andelin située dans les bois au nord de la mer Aras. Il l'avait quitté peu de temps avant que les sceaux de protection ne soient activés et la cité protégée contre le Châtiment et les Horreurs. Depuis, malgré trois expéditions parties de Throal, personne n'avait pu retrouver Andelin. Et le luth était la clé qui permettait de passer les sceaux de garde pour accéder à la cité, rien de moins. Enfin, s'il fallait en croire les écrits…
L'énormité de la révélation me laissa stupéfait quelques instants. Pourquoi Astendar avait-elle confié à un incapable dans mon genre une telle tâche ? J'étais à la fois fier et tétanisé par une telle confiance. Tout aussi impatient et curieux que craintif et découragé par l'ampleur de la tâche.
Je soufflai un grand coup et pris un peu de recul. C'était assurément une quête majeure mais la tenter sans être préparé ne pouvait avoir que l'échec comme issue. Si la magnifique cité d'Andelin vivait hors du monde depuis avant le Châtiment, elle pourrait patienter encore quelques mois, voire quelques années. Et il me fallait en savoir plus sur le luth et ses pouvoirs. Peut-être suffirait-il de se pointer au bon endroit pour que tout soit limpide et facile. Mais je n'y croyais pas vraiment. Les sympathiques et rapides ballades des troubadours parlent rarement des difficultés et de tous les malheureux morts en essayant de devenir des héros. Je ramassai les documents et les rangeai précieusement dans mes affaires.
 
En soirée, je retrouvai mes amis dans la salle centrale de l'auberge, ainsi que Maloniel. J'avais décidé de lui offrir mon cadeau tout de même, histoire qu'elle ait un souvenir de moi et qu'elle sache que je tenais à elle. Le groupe devait repartir dans deux jours mais tant pis.
Elle fut ravie de la broche et l'épingla immédiatement à sa veste de cuir. Au cours du repas, je constatai que l'enchantement se mettait progressivement en place et que la jeune voleuse participait plus facilement à nos conversations et n'hésitait plus à donner son avis et à le défendre. Et surtout, ses regards à mon encontre étaient nettement plus directs et sans équivoque. À tel point que ce fut moi qui me fis prendre au jeu de la séduction. Nous dansâmes et parlâmes beaucoup et son regard et son sourire me captivèrent toute la soirée.
Toutefois, nous savions tous deux que je devais partir le surlendemain. Je parvins à résister à mon attirance pour elle car sinon le départ serait encore plus difficile. Nous nous limitâmes à poursuivre notre flirt et à quelques baisers et caresses pas trop appuyés.
Le lendemain fut tout aussi cruel, et plus encore quand Gothzul me demanda pourquoi je ne l'invitais pas à venir avec nous. J'y avais bien pensé mais je craignais deux choses : que Carelia soit déjà arrivé à Fort Vräss malgré mon interdiction et que la présence de la jeune voleuse dans les nombreux combats me compliquent la tâche. J'avais déjà toutes les difficultés à me garder en vie, alors veiller sur une autre personne en plus et grincer des dents à chacune de ses blessures, cela risquait d'être trop pour moi compte tenu de mon état nerveux et mental actuel.
Maloniel avait bien compris ma réticence et elle sembla se satisfaire de la situation. Par ailleurs, elle m'évita tout regret en évoquant le fait qu'elle devrait repartir en patrouille d'ici quelques jours. Vérité ou excuse, je n'avais pas envie de le savoir.
 
Le départ fut une délivrance pour nous deux. Thregaz avait réussi à nous obtenir un voyage en navire volant jusqu'à Vräss et nous allions rattraper sans difficulté le temps passé par Gothzul à passer son cercle.
Maloniel était venue nous saluer aux Portes du Ciel et il y avait beaucoup d'émotion dans nos deux regards, même si nos paroles étaient banales en apparence.
Je vis sa silhouette rapetisser alors que le navire prenait de l'altitude. Je me tournai résolument vers le nord et la vallée de l'Olsir. Les Plaies Béantes allaient me payer cher ce départ précipité.
 
   


Dernière édition par Valérian le Mar 3 Déc - 16:49, édité 2 fois
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Valérian
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MessageSujet: Re: Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque   Lun 11 Nov - 16:52

8 pages pour ce 35e épisode, je me demande si ce n'est pas le plus long...
Comme l'a remarqué Arnaud, ces rapports sont de plus en plus fouillés, et celui-ci particulièrement.
Mes perceptions d'éclaireur, mes tendances de questeur, mes soucis personnels interfèrent forcément dans les aventures.

Ce rapport n'est sans doute pas définitif car j'ai plein de choses à faire et pas mal de questions à poser.
Je crois qu'il est temps de passer à la vitesse supérieure...
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Augure
Maître du Jeu


Messages : 1309

MessageSujet: Re: Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque   Lun 11 Nov - 21:12

Quelques petits trucs à revoir :
- le spectre orageux de Thregaz est quand même mort,
- Bruurka est un commandant de galère et non un capitaine de drakkar : il est venu diriger un navire plus petit juste pour Thregaz
- Augure n'est pas magicien, mais Troubadour
- Hanto avec un A
- Parr Bois-obscur était "apprenti archiviste" et Merrox "gardien de la salle des fiches"

Sinon c'est super. J'attends la suite avec impatience !!!
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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Re: Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque   Jeu 14 Nov - 18:26

- J'avais noté qu'un des spectres orageux s'était enfui. Comme Thregaz a shooté le sien et que celui qui est venu sur le drakkar n'en est pas reparti, il ne reste plus que le second adversaire du troll me semble-t-il.
- Je fais la rectification pour Bruurka. Toutes mes excuses commandant ! Embarassed 
- Pour Valérian, Augure est un magicien ! Il n'a rien à voir avec un Rodrick ou n'importe quel troubadour de ma connaissance. C'est mon rapport, si je veux mettre qu'Augure est un écureuil-garou du 82e cercle c'est mon droit ! Scrogneugneu ! Twisted Evil 
- Hanto ? Ha bon ? OK, je rectifie... et je vais rectifier aussi l'épisode de la Légion du crépuscule.
- Je rectifie aussi les titres de Parr et Merrox.
Merci.

Et j'adore quand le MJ dit aux joueurs qu'il attend la suite ! Laughing
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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Re: Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque   Mar 3 Déc - 16:50

Et hop ! Une mise à jour.
Suite et fin de l'épisode 35.
Assurément le plus long de tous.
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Chapitre 35 - Vol à la Grande Bibliothèque
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