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 Chapitre 34 - Heureux événements et sombres présages

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Chapitre 34 - Heureux événements et sombres présages   Mer 2 Oct - 19:58

Chapitre 34 – Heureux événements et sombres présages
 
De retour à Fort Vräss, Thregaz et moi eûmes besoin d'une bonne semaine de repos et de soins pour récupérer de nos blessures. So'Tek veilla sur nous et sa contribution aida grandement à notre guérison. Le petit t'skrang n'était jamais causant ni expansif, mais il avait su faire sa place dans l'équipe par sa compétence et sa fidélité en amitié. Par ailleurs, Jeb étant de plus en plus absent du groupe, il restait le seul manipulateur de magie du groupe et n'en apparaissait que davantage indispensable.
De son côté, Gothzul avait passé quelques jours à mettre sur pied un nouveau groupe de combattant avec Prorag et Gortrash. La Nymphe vengeresse regroupait notamment les survivants des Plaies Béantes de l'oratoire d'Upandal. Ensuite, il partit avec Prorag à Brindol pour rendre compte de notre mission au baron. Mieux valait lui que moi !
 
Une fois remis, Thregaz partit au village des Cornes Tordues pour voir où en étaient les travaux de son navire volant et rassurer ses quatre épouses sur son sort. Difficile moment en perspective…
Pour ma part, J'avais promis à Gothzul de lui retrouver Grokon, son stagian. Je me mis donc en route et repartis, non sans une légère appréhension, du côté de l'antre des Invaë. Je parvins assez facilement à retrouver ses traces et à les suivre. Finalement, je le rattrapai à mi-chemin de Fort Vräss et mon expédition était sans doute inutile car le bestiau semblait tout à fait savoir où il allait.
Toutefois, ce petit voyage seul et peinard me fit le plus grand bien et je revins à Fort Vräss de bien meilleure humeur que je ne l'avais quitté, accompagné d'un stagian ravi de retrouver un lieu familier puis tout déçu que son maître n'y soit pas.
 
Je partis ensuite à Brindol où je retrouvai Gothzul. Le baron était satisfait de la survie de Prorag mais sans excès d'enthousiasme. D'ici qu'il considère que la paire de mandibules qu'arborait désormais son neveu était de ma faute, il ne devait pas y avoir loin. Malgré mon envie de revoir Luriel, j'évitai donc les environs de la demeure du baron.
 
Je me rendis au temple des Passions et rendis visite à Carelia. Elle fut ravie de me revoir semblait très heureuse de sa grossesse. Elle n'eut de cesse de me faire poser les mains sur son ventre pour que je sente la vie qui y grandissait. Elle avait toujours plein de projets pour nous trois à Fort Vräss et essaya, une fois de plus, de m'arracher des promesses que je ne pouvais lui faire.
Je parvins à prendre congé sans effusion de larmes en lui promettant de revenir rapidement. Le ventre de Carelia m'avait rappelé que le mien nécessitait quelques examens. Je me rendis donc un peu plus loin dans le temple afin d'y rencontrer le questeur de Garlen. Je lui expliquai dans les grandes lignes notre aventure et lui montrai la balafre qui parcourait mon ventre. Il haussa les sourcils à la vue de la cicatrice mais ne fit guère de commentaires quant à l'histoire que je lui débitai. Sans doute me prit-il pour un affabulateur soucieux d'épater son monde. À tout prendre, j'aurais préféré avoir inventé tout cela.
 
Il marqua néanmoins un peu de surprise lorsque je lui demandai d'ouvrir la cicatrice afin de vérifier l'intérieur. Je soupçonnai la présence d'un truc peut-être sans danger du fait de l'absence de rituel invaë, mais néanmoins étranger et fort peu compatible avec ma sérénité d'esprit. Il me fit boire un demi-verre d'un liquide qui avait peu de goût mais qui me plongea dans une semi-torpeur puis il me badigeonna le ventre avec une autre substance. Tout cela me permit de ne pas hurler lorsqu'il me découpa le ventre et procéda à un examen attentif de l'intérieur.
Un temps indéterminé plus tard, il me fit boire une autre mixture, avec un fort goût de citron, et je retrouvai progressivement mes esprits… ainsi qu'une douleur aigue bien trop familière au niveau du ventre. La cicatrice était un peu plus propre mais restait toujours aussi impressionnante. Le questeur m'informa qu'il ne pouvait pas faire mieux compte-tenu de la taille et de l'ancienneté de la blessure. Le jour où Carelia tombera là-dessus, il y aura encore des larmes…
Quant à l'intérieur, il m'affirma qu'il n'avait noté aucun corps étranger… en revanche, il manquait certains organes non indispensables. Il avait ainsi noté qu'on m'avait ôté un rein et d'autres choses dont le nom et la fonction m'échappèrent. De mieux en mieux : ils avaient fait leur marché à l'intérieur de mon bide ! Tout ça pour sauver une bande d'orks qui ne pensaient qu'à nous trucider quelques semaines auparavant…
 
Je passai quelques jours à Brindol à discuter avec différentes connaissances (notamment Sorcyn), à mettre de l'animation dans les auberges, à prier Astendar au temple des Passions. Et avec Carelia, bien sûr. Comme son accouchement était prévu dans cinq à six semaines, je décidai de repartir à Fort Vräss pour donner un coup de main.
 
Pendant un mois, tout le monde travailla d'arrache-pied, avec ses propres capacités. Thregaz ramena quelques potes de son village et leur aide fut appréciable. Les orks de la Nymphe vengeresse se relayaient pour sécuriser les environs et n'hésitaient pas à donner un coup de main pour les travaux. Les nains de Terlesk abattaient aussi un sacré boulot, ainsi que l'ensemble des volontaires du Val. Les treillages magiques de Jeb se révélaient également très utiles, sans parler des talents de guérisseurs de nos deux t'skrangs pour faire face aux nombreux bobos qui survenaient sur le chantier.
Pour marquer le coup et fêter l'avancée des travaux, nous organisâmes une petite fête. Je m'occupai de la chasse, Thregaz de l'alcool, les t'skrangs de l'organisation générale et Gothzul de maintenir un brin de discipline dans ce bazar. Ce fut une belle fête, avec une ambiance sympa, des fous rires et des claques dans le dos. Il ne manqua que quelques jolies filles. Bref, l'essentiel…
 
Le lendemain, les Lions de Pierre reprirent la route vers Brindol. J'avais invité mes vieux potes à l'occasion de la naissance de mon enfant. Carelia avait bien insisté là-dessus. J'y voyais une manœuvre de sa part pour officialiser un peu plus les choses entre nous mais je savais que cela ne changerait rien au niveau de la compagnie et qu'ils n'avaient pas besoin de ça pour me chambrer à ce sujet.
Le questeur de Garlen avait surveillé la grossesse de Carelia et s'occupa lui-même de l'accouchement. Tout se passa donc pour le mieux et je retrouvai la jeune femme quelques heures plus tard, fatiguée mais sereine, avec notre fils dans les bras. Le fait de les voir tous les deux me fit un petit pincement au cœur.
Voir l'enfant donnait désormais une réalité bien tangible au fait que j'étais père et tout cela continuait à me procurer des sentiments mitigés. Le plaisir de voir Carelia heureuse et de regarder cette minuscule vie s'animer en pensant que j'y étais pour quelque chose. Mais aussi l'impression qu'un piège continuait de se refermer sur moi avec une vie et des responsabilités dont je ne voulais pas.
 
Le lendemain, Carelia avait repris quelques forces et accueilli ma visite avec une joie impatiente. Elle entreprit de me mettre l'enfant entre les bras. J'y consentis de bonne grâce car je savais que j'y aurais droit. Elle s'imaginait sans doute que tout cela mènerait inéluctablement à constituer une famille. Je voulais bien jouer au pigeon mais de là à être bagué, il y avait encore un pas que je n'étais pas prêt de faire.
Quelle que soit la race, j'avais toujours trouvé les bébés moches, les humains ne faisaient pas exception. Et ce petit truc fripé avait beau être mon fils, il ne ressemblait pas à grand-chose. Je l'examinais plus attentivement et croisai son …regard ?!  Pendant un instant, j'avais eu l'impression que l'examen avait été réciproque. Mais je mis ça sur le compte de mes délires. Un enfant d'un jour n'est pas sensé regarder quoi que ce soit.
Lors de ma visite du lendemain, avec les Lions de Pierre, le manège se répéta et s'intensifia. L'enfant me regarda droit dans les yeux et me fit un clin d'œil. Interloqué et passablement secoué, je rendis notre fils à Carelia qui me lança un regard noir qui signifiait que "j'avais intérêt à m'y habituer parce que je n'avais pas fini de l'avoir dans les bras." Le plus inquiétant, c'est qu'il ne comportait ainsi que lorsque j'étais le seul à le regarder.
Je pris congé aussi rapidement que possible sans inquiéter la jeune femme puis fonçai voir le questeur de Garlen afin de lui expliquer ce que j'avais constaté. Compte tenu qu'il avait lui-même accouché l'enfant et qu'il l'examinait régulièrement, j'en fus quitte pour avoir droit à une batterie de questions afin de savoir depuis quand je souffrais de délires. Bien évidemment, mes compagnons n'avaient rien remarqué et mes questions provoquèrent, là aussi, quelques remarques désobligeantes. Bref, j'avais un fils de deux jours qui me faisait déjà passer pour un crétin. Toute cette affaire me laissait un sentiment de malaise que je ne parvenais pas à définir.
 
Quelques jours plus tard, je fis mes adieux provisoires à Carelia, saluai notre enfant en évitant de croiser son regard et rejoignis les Lions de Pierre. Direction Throal où nous avions tous à faire, que ce soit passer un cercle d'adepte, faire des recherches sur des objets particuliers ou des démarches diverses. Pour ma part, j'avais prévu de trouver un éclaireur pour progresser, développer certaines compétences, aller à la grande bibliothèque pour remettre la suite des Chroniques de l'Éclaireur et poursuivre mes recherches sur le luth, aller voir Charboyya pour envoyer de l'argent à ma famille et, avec un peu de chance, revoir Kelleshane et Maloniel.
Cela me permettait aussi de mettre un peu de distance avec Carelia et notre enfant. Avec tout ce que j'avais vécu ces derniers temps, je n'avais vraiment pas besoin d'un souci de ce genre. Comme souvent, repartir sur les route et communier avec la nature apaisa mes états d'âme. Mes compagnons avaient bien remarqué que j'étais sans doute plus morose que d'habitude, mais ils avaient appris à faire avec depuis longtemps et ne s'inquiétaient plus guère de mes sautes d'humeur. Je les comprenais mais j'aurais bien aimé avoir un confident plus compréhensif et réactif que mon journal personnel.
 
 
Ténèbres…
Froid…
Douleur…
 
J'étais allongé sur une dalle glacée et je sus immédiatement que j'étais de retour dans la chambre froide des invaë. Je perçus des mouvements et des bruits de vêtements à proximité de moi. Je me redressai avec difficulté alors que quelques bougies s'allumaient ici et là pour diffuser une lueur faible et tremblotante. J'aperçu Carelia sur la dalle de pierre à côté de la mienne. Elle se tourna vers moi, se leva souplement avec un sourire figé et s'approcha de moi. Je remarquai alors qu'elle tenait quelque chose serré contre elle : une espèce de gros ver de terre avec de touts petits bras et jambes qui sortaient de son corps de manière anarchique. Son corps était violacé et boursoufflé là où il était meurtri par du fil barbelé. Son visage était celui de mon fils et son regard vrillait le mien. "Bonjour Papa" me lança le rejeton d'Horreur avec un sourire mauvais.
Je levai un regard incrédule vers Carelia et m'aperçus qu'elle était réduite à l'état de cadavéreux.
"Mon chéri, articula-t-elle lentement avec une voix grave d'outre-tombe, nous sommes enfin réunis pour toujours…"
Alors qu'elle essayait de me placer notre "enfant" dans les bras, je parvins à reculer de quelques pas et je commençai un demi-tour pour m'enfuir. Je pris alors conscience de la présence d'un groupe d'invaë situé à une dizaine de mètres de moi. Ils ne bougeaient pas et semblaient attendre la suite des événements. Je n'eus pas le temps d'envisager un autre itinéraire de fuite qu'une énorme douleur me jeta à genou : j'avais l'impression que mon ventre se déchirait ! En baissant les yeux, je constatai que ce n'était pas une impression et quelque chose sortait réellement de mon ventre ! Secoué par la douleur et par ce que j'avais vu, j'assistai dans un état de semi-conscience à la sortie d'un bébé de mon ventre. Sauf que celui-ci n'avait besoin de personne pour l'aider. Il sortit la tête, s'orienta puis me regarda. Sa petite tête était celle d'un bébé, avec des yeux particulièrement haineux et une paire de petites mandibules.
"- Kkkk…kktt…ktta…ktakta…sssshour… ptapta, articula-t-il avec difficulté".    
- Comme c'est mignon, mon chéri ! Tu es encore papa ! ajouta le cadavéreux de Carelia qui m'avait rejoint.
Un invaë s'empara de mon bras droit et me secouait alors que je commençai à hurler…
 
" - Oh ! Tu vas arrêter de gueuler comme un putois ! Tu vas nous rameuter toutes les bestioles des environs avec tes hurlements !
Gothzul me lâcha le bras.
- ça ne s'arrange pas tes cauchemars, hein ?
- Non… pas vraiment, répondis-je, d'une voix hésitante.
- Faudrait que tu trouves un truc parce qu'on aimerait bien dormir aussi, nous autres.
- Ouais… je vais y penser.
- Fais donc ça. Bon, ben maintenant que t'es réveillé, c'est ton tour de garde.
- D'accord… j'y vais. Gothzul ?
- Quoi ?
- Merci !
- Merci pour quoi ?
- Pour m'avoir réveillé. Il était vraiment méchant celui-là.
- Pas de souci. De toute manière, tu braillais tellement que Carelia a dû t'entendre.
- …
- Je déconne ! Ha ! T'aurais dû voir ta tête ! Pff, ces humains ! ça fait les chochottes pour pas grand-chose… Est-ce que je fais des cauchemars moi ? maugréa-t-il en partant se coucher.
 
Foutu cauchemar ! J'en avais depuis longtemps. Cela avait commencé avec les premiers cadavéreux et l'Horreur, puis s'était aggravé avec l'aventure chez les Invaë. Mais l'incident avec mon fils avait encore fait monter mes craintes d'un cran. Ouais, j'allais devoir trouver une solution très vite avant de devenir fou.
Je pense qu'il faudra que j'aie une petite conversation avec So'Tek sur le chemin du retour. Ce nouveau cauchemar m'avait permis de mettre le doigt sur la pièce manquante du puzzle : j'étais encore marqué par une Horreur lorsque je conçu mon fils. Et qui mieux qu'un Porteur de Lumière pouvait m'aider contre un rejeton d'Horreur ? Encore un truc que Carelia n'allait pas apprécier.
 
Décidément non, ce n'était pas la vie d'aventurier dont j'avais rêvé, songeais-je en m'équipant pour mon tour de garde.
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