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 Chapitre 33 - Dans l'antre des Invaë

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Chapitre 33 - Dans l'antre des Invaë   Mar 27 Aoû - 19:08

Chapitre 33 – Dans l'antre des Invaë


Ténèbres…
Froid…
Douleur…


Trois perceptions qui définissaient les limites de ma réalité. Il me sembla émerger d'un voyage infini et me retrouver dans une enveloppe finie, vulnérable, sensible à des stimuli désagréables.
J'envoyai un ordre dans l'un de mes appendices et je sentis mes… doigts bouger.  Je soulevai mon bras et fis bouger ma main. La sensation me sembla étrange. J'étais allongé sur une surface plane et glaciale. Mon esprit embrumé continuait de collecter les informations violentes et qui venaient des différentes parties de mon corps et qui menaçaient de submerger ma conscience vacillante.
Blessure légère au bras gauche. Coupure.
Douleur lancinante à l'épaule droite. Hématome.
Mais la souffrance la plus importante venait de mon abdomen

Je perçus des bruits à la périphérie de mon monde. Souffles et râles contenus, raclements de corps sur de la pierre. Je décidai d'utiliser un autre sens disponible et ouvrit les yeux.  Ceux-ci devaient être défectueux car cela ne changea rien et les ténèbres m'environnaient toujours. Ou peut-être était-ce l'endroit. Je tentai de me redresser mais cela ne fit que saturer mon intellect d'influx de douleur qui me confirmaient qu'il y avait vraiment un problème au niveau de mon ventre. Je passai une main exploratrice sur la zone et le bout sensitif de mes doigts m'apprit que mon corps avait une cicatrice de belle taille.

Autour, les bruits s'accentuaient et m'obligèrent à étendre jusqu'à eux mon seuil de perception. J'écoutais les déplacements, les respirations saccadées, les mots chuchotés. Saikoissebazar ? Oujessui ? Ouailalumièrebordel ? Ces sons évoquaient des images étranges dans ma conscience et celle-ci accéda à un nouveau seuil. Leurs déplacements hésitants et lents ne semblaient pas s'approcher ni me menacer. Étaient-ils comme moi, en plein éveil ?
Une partie de moi appréhendait la situation d'une manière détachée et ne voyait nul besoin de s'agiter ni d'attiser la douleur de cette enveloppe ; elle aspirait à rester allongée. Une autre partie tournait dans mon esprit comme un lion en cage et cherchait à briser le carcan qui obscurcissait mon esprit pour obtenir des réponses. étais-je ? Et… qui étais-je ? Cette dualité était dérangeante.

Soudain, je perçu une succession de bruits plus lointain mais qui éveillèrent des instincts profondément implantés en moi. Une porte qui s'ouvrait en grinçant, des pas qui claquaient sur un sol en pierre, des mouvements d'étoffes. Et des ténèbres qui se muaient en quasi-obscurité grâce à une torche lointaine dans le couloir derrière la porte qui venait de s'ouvrir.
Grimaçant sous la douleur, je descendis de ma dalle de pierre et l'interposai entre moi et les nouveaux arrivants, des ombres habillés d'une soutane noire. J'entraperçus mes compagnons d'infortune par la même occasion : deux de taille humaine et un autre, nettement plus grand. Un troll… Cette information fut comme un coup de pied donné dans la brume de mes souvenirs. Elle me laissa entrevoir quelque chose puis la recouvrit immédiatement.

Deux des trois nouveaux venus s'approchèrent de l'un de mes compagnons et tentèrent de l'attraper. Celui-ci ne se laissa pas faire, des coups furent échangés. La grande silhouette et l'autre, plus petite, se portèrent à ses côté pour le soutenir. Sans vraiment savoir pourquoi, je me sentais solidaire des autres personnes emprisonnées ici avec moi. Je décidai d'aller les aider. Bientôt la mêlée fut générale. Il n'était guère aisé de distinguer où se trouvaient nos adversaires encapuchonnés mais ils encaissaient plutôt mal les coups. Moi aussi remarquais-je soudain quand je reçu un coup de coude chitineux dans le ventre. Plus que la force du coup, c'est sa localisation qui me fit tituber de douleur. Nous finîmes par venir à bout des trois encapuchonnés.

Peu après, l'un de mes compagnons avait trouvé de quoi allumer une bougie et la lueur de celle-ci nous fit l'effet d'un phare. Nous nous dirigeâmes tous vers elle. J'aperçus enfin mes compagnons : un ork, un troll et un t'skrang. Go… Gothzul ! Thre… Thregaz ! et So'Tek ! Ces trois noms balayèrent brusquement mon amnésie passagère, certainement due à une drogue, et mes souvenirs affluèrent avec une brusquerie et une intensité qui me jeta à genoux.


Nous fuyons les créatures dans le couloir et débouchons dans la salle de la cascade. Alors que nous nous engageons dans l'eau, nous pouvons apercevoir le bleu du ciel par l'ouverture à dix mètres de nous. Soudain, une herse tombe brutalement devant nous et des créatures jaillissent des deux escaliers pendant que d'autres de laissent tomber du plafond au milieu de notre groupe pétrifié de surprise. Pris dans l'embuscade, nous n'avons pas le temps de nous organiser. L'eau entrave nos mouvements et le ballet des silhouettes à mandibules se resserre inexorablement autour de nous. Heurté par une créature, je trébuche dans l'eau et manque de tomber. Alors que je me redresse, je ressens une piqûre dans le dos. Je me tourne vers mon agresseur, bien décidé à vendre chèrement ma peau. Mais je sens mon épée devenir lourde et la caverne commence à tourner devant mes yeux. Mes forces m'abandonnent et je sombre bientôt dans le néant…


… pour me retrouver dans cette caverne glaciale. En regardant mes amis, je compris qu'ils ressassaient aussi leurs souvenirs. Nous étions tous vêtus d'un simple pagne et nous pouvions aisément constater qu'une énorme balafre couvrait notre abdomen. Une large coupure refermée de manière sommaire et sans faire dans l'esthétisme. Apparemment, ils n'avaient rien ôté puisque nous étions vivants. Donc, ils avaient rajoutés un truc à l'intérieur et ça, c'est une idée sur laquelle je n'avais guère envie de m'attarder. Compte-tenu de notre état et du modeste équipement local, rouvrir cette blessure partiellement cicatrisée pourrait être fatal à plusieurs d'entre nous. Bref, il faudra s'occuper de ça plus tard. D'abord sortir de là…

Des tables étaient poussées contre un des murs de la salle. Dessus se trouvaient différents ustensiles qui auraient trouvé leur place plus chez un équarisseur que chez un guérisseur mais il y avait tout ce qu'il fallait pour faire de jolies ouvertures abdominales. Des pots contenaient différents liquides aux odeurs peu engageantes. Ce qui nous permit de constater que nous avions une sacrée faim. Depuis combien de jours étions-nous ici ?
Sous les tables, nous retrouvâmes nos vêtements et une partie de nos affaires, mais il manquait certaines choses et notamment tous les objets à filaments. J'eus l'impression que mon cœur rata un battement quand je constatai l'absence du luth d'Astendar. Imaginer leurs sales pattes sur cet objet gracieux provoqua une brutale bouffée de colère !
Nous découvrîmes également des affaires qui n'étaient pas à nous. So'tek nous fit remarquer qu'elles appartenaient peut-être aux autres personnes qui étaient couchées sur les dalles de pierre. En faisant un peu plus de lumière grâce à nos quartz lumineux, nous aperçûmes effectivement trois orks et un nain inanimés. Chacun avait sa balafre dans le bide. Comme nous n'étions ni en mesure de les réveiller, ni de les porter, nous les laissâmes là pour le moment. Il serait toujours temps de revenir plus tard si tout se passait bien.
Chacun ayant des objets personnels à récupérer, nous décidâmes d'explorer l'endroit pour retrouver nos biens. Nous déciderions ensuite de la suite à donner à notre équipée. Retraite prudente ou expédition punitive.

Nous quittâmes la pièce glaciale pour emprunter un couloir de pierre. La température n'y était supérieure que de quelques degrés mais nous les appréciâmes à leur juste valeur. Après quelques salles vides et passages déserts, nous parvînmes dans une pièce qui contenait un monte-charge. Il était également possible d'emprunter un escalier ascendant et c'est l'option que nous choisîmes, plus discrète et moins exposée. Au palier supérieur, nous arrivâmes dans un vaste couloir transversal. Avant de choisir une direction, je décidai d'examiner le sol et je remarquai des traces de bottes relativement récentes. Je fus intrigué car nos agresseurs n'en portaient pas. Je suivis les traces prudemment en demandant à mes compagnons de me suivre à une distance respectable. Je franchis une partie éboulée, évitai un piège et pénétrai dans une pièce où j'aperçus un ork qui, surpris, bondit sur  son arbalète. Constatant que nous étions des donneurs de noms, il ne tira pas. Mes trois compagnons arrivèrent et Gothzul reconnut l'ork comme étant le dénommé Gortrash, un écorcheur que nous avions épargné lors d'une de nos précédentes aventures.

Même si nous ne nous étions pas vraiment quitté sur un sentiment fraternel, ce dernier sembla assez soulagé de nous voir. Il baissa son arbalète, se rassit sur sa paillasse et nous expliqua qu'il faisait partie du groupe qui occupait le repaire (donc les Plaies Béantes). Il y a près de dix jours, les créatures leur étaient tombés dessus de partout et lui seul était parvenu à s'enfuir. Il ignorait ce qu'étaient devenus ses compagnons mais il craignait le pire. Nous l'emmenâmes à la chambre froide dans laquelle nous avions repris connaissance et Gortrash identifia bien ses compagnons. En revanche, il ignorait qui était le nain. Il semblait désireux de les sauver et refusa de quitter le repaire sans avoir tenté de les sauver. Un sentiment honorable pour un pillard ork. Nous passâmes donc un marché avec lui : il nous aidait à retrouver nos objets et à nettoyer le coin et ensuite nous revenions pour sauver ses potes. Il avait bien conscience qu'il ne pourrait pas nous obliger à tenir notre promesse mais il n'avait guère le choix. Il accepta.

Nous repartîmes à la recherche de notre matériel, bien décidés à en découdre si besoin. À propos d'en découdre, cela m'amena à repenser à ma cicatrice. J'imaginais une petite créature chitineuse qui grandissait dans mon ventre et qui élargissait la cicatrice à l'aide de ses mandibules, pour sortir. Je ne pus m'empêcher de faire le parallèle avec Carelia qui accoucherait bientôt. Je risquais de le faire avant elle et ça ne serait pas beau à voir. À cette idée, j'eus un haut-le-cœur et trébuchai. Comme souvent, Thregaz me rattrapa et me demanda si cela allait. Je le rassurai à moitié en prétextant un malaise dû à la faim. Ce qui n'était pas complètement faux : mon estomac émettait des borborygmes virulents et ceux de mes compagnons étaient au diapason. J'espérais sincèrement que ces bruits n'étaient dus qu'à la faim et repris ma progression.

Cette fois, nous décidâmes d'emprunter le monte-charge. Nous arrivâmes au niveau supérieur sans incident, malgré un concert de grincements et de cliquètements métalliques. Nous reprîmes nos recherches. Je remarquai une porte plus loin et décidai d'aller y jeter un coup d'œil. Après avoir écouté et m'être assuré qu'elle n'était pas piégée, je l'ouvris et pénétrai dans un bureau obscur. Je retins un cri de peur à grand peine : la lueur diffuse de mon quartz me montra une pièce envahie d'insectes géants menaçants. Je fis un pas en arrière puis me repris en constatant l'absence de tout mouvement chez les créatures. Je rentrai à nouveau et m'aperçus que le bureau était rempli d'insectes séchés. De tout type et de toute taille, il y en avait partout et c'était un sacré bazar. Un vrai cafard-naüm ! L'odeur était étrange mais je n'y décelais rien d'organique. Je décidai de fouiller les lieux afin d'en apprendre un peu plus sur ce qui se passait ici. Ce bureau n'évoquait en rien les Plaies Béantes. Au contraire, le lien était facile à faire avec nos adversaires chitineux. Je fus agréablement surpris de découvrir nos objets manquants au fond d'un gros coffre en bois. Tous nos objets… sauf le luth d'Astendar ! Aaarghh !

D'un commun accord, nous décidâmes de poursuivre les recherches. Ne serait-ce que pour trouver à manger. Guidé par Gortrash, nous allâmes au cellier… pour découvrir que l'endroit était déjà occupé par un ork des plus étranges. Ses vêtements étaient élimés, moisis et couverts de champignons par endroits, ainsi que son oreille gauche et une partie de sa barbe miteuse. Des insectes courraient librement sur ses mains et son visage sans que cela ne semble le déranger outre mesure. L'inconnu nous tient un discours aussi décousu que ses habits.
"- Heu… vous êtes qui vous ? m'étonnais-je.
- Je suis moi, je suis ici et je suis là. Mais je suis à son service, ooooooui je le suis. Elle arrive, je le sais. Oooooui je le sais. "
Visiblement, le type avait le bocal fêlé…
Gothzul, entré après moi, intervint à son tour.
"- Vous êtes qui et vous faites quoi ici ?
- Je suis le passeur…oooooui je passe ! Elle sera contente, ooooui elle le sera.
- C'est qui "elle" ?
- Elle ? C'est une merveille ! C'est une perfection ! Ooooui une perfection. Et elle va venir ici, ici, ici ! asséna-t-il en trépignant.
Gortrash entra à son.
- Bon sang ! C'est Larvis ! C'est lui le responsable de tout ça !
- Comment ça ? s'étonna notre guerrier.
- C'est un shaman insecte ! C'est sa faute tout ce bordel !
- Il n'a pourtant pas l'air très dangereux…
De son côté, Larvis continuait de maugréer des mots incompréhensibles en gesticulant sur place.
- Elle arrive et je suis son prophète, oooooui son prophète ! Et dans sa générosité elle vous acceptera dans son peuple, oooooui son peuple !
- Attention, il fait un truc là ! alerta So'Tek."
Notre nécromancien avait perçu un tissage de sort au milieu des divagations apparemment futiles de l'ork miteux mais l'avertissement arriva trop tard et une puanteur sans nom se déversa soudain dans la pièce, nous jetant à terre pour vomir tripes et boyaux. D'un autre côté, nous n'avions pas grand-chose à vomir…
Seul So'Tek avait résisté aux effets du sort du shaman ork. Un duel de sortilèges s'engagea entre les deux, sans réel avantage mais cela occupa le shaman le temps que Gothzul et Gortrash reprennent le contrôle de leurs sens et neutralisent Larvis. La puanteur cessa rapidement et je me relevai. J'aperçus alors mon luth posé négligemment sur une table un peu plus loin. Mon précieux luth ! Il était intact mais montrait des tâches de moisissures ici et là. Tout en grignotant un morceau, je le nettoyai de mon mieux tout en adressant une prière de remerciement et d'excuse à Astendar.

Larvis solidement attaché et bâillonné, le groupe put se restaurer tranquillement. Après quelques instants, tout le monde se sentit mieux.
"- Bon, on va pouvoir continuer l'exploration pour mettre la main sur ces saloperies ! entama Gothzul.
- Oui.. enfin, bon… nous ne savons pas combien ils sont ces trucs. On ne va pas prendre d'assaut leur espèce de ruche ou colonie quand même, tempérai-je.
- Et pourquoi pas ? renchérit Thregaz. Pour eux, nous sommes de la viande froide au sous-sol.
- Mouais… depuis le temps que leurs trois copains ne sont pas revenus, ils doivent se poser des questions tout de même !
- Tout donneur-de-nom sensé aurait fui sans demander son reste, alors que nous on va leur rentrer dedans ! Et paf ! s'enflamma le guerrier ork.
- Je le sens moyen ce coup-là… Nous sommes tous en vie et nous avons récupéré notre matos. Nous repartons nous soigner et nous revenons avec les renforts du baron. Je suis d'accord pour péter la gueule à ces cochonneries mais pourquoi prendre des risques inutiles ?
- Inutiles ? Et Prorag ?
- Quoi Prorag ?
- Prorag est certainement là-dedans à subir leur traitement à la con. Il est hors de question qu'on l'abandonne. En plus, je ne suis pas sûr que le baron apprécie qu'on se barre sans savoir ce qu'il en est de son neveu.
- Mouais… sauf que si on crève tous, il n'en saura pas plus, le baron ! m'emportais-je. Et, si ça se trouve, on va tous risquer nos vies pour un ork qui est déjà mort ou qui s'est laissé pousser les mandibules !
- M'en fout, moi j'y vais ! Et puis, même si Prorag est mort, il y a sans doute d'autres personnes à sauver. Mais tu peux partir si tu veux, je ne t'en voudrai pas" déclara Gothzul avec un grand sourire.
Ça, c'était un coup bas ! Il savait très bien que je ne les laisserais pas tomber. Je maugréai un truc dans mon absence de barbe et entrepris de vérifier mes armes.

Selon Gortrash, l'ancien temple d'Upandal qui servait de salle principale aux créatures (appelées Invaë selon So'Tek) était toute proche. Nous décidâmes donc de nous reposer un instant et de nous soigner autant que possible afin d'être à peu près en état de combattre.
Dans un premier temps, j'émis l'idée de passer en éclaireur pour repérer les lieux. Mais compte-tenu que les créatures n'avaient pas besoin de lumière et qu'elles pouvaient se déplacer aussi bien au plafond, je convins que ce n'est pas pertinent. Autant mettre Gothzul en tête et rentrer dans le tas.

Quelques instants plus tard, notre groupe progressait dans un passage étroit en direction de l'antre des Invaë. Sur le seuil, à la lueur des torches et des quartz, Gothzul devina une vaste pièce qui contenait un grand nombre de trucs qui ressemblaient à de gros cocons. Certains étaient éventrés et avaient déjà servi, d'autres étaient pleins.
A peine entré, l'ork fut assailli par deux chitineux classiques (des ouvriers selon notre nécromancien) et un plus balaise (un soldat) qui tomba du plafond. Thregaz entra à son tour alors qu'une énorme créature du genre arachnide, qui faisait bien 2,50 mètres de haut, jaillissait d'un tas de choses informes empilées contre le mur en face et cracha un énorme jet d'acide sur notre écumeur du ciel. Thregaz poussa un râle et s'effondra.
Là, ça sentait pas bon, même sans tenir compte de l'odeur âcre de l'acide qui empestait. Une rage sourde s'empara de moi, j'entrai dans la pièce à la suite de Gortrash et décochai un carreau à la grosse saloperie. Celui-ci était bien placé, en pleine tête, mais il ne sembla guère avoir d'autre effet que d'attirer son attention sur ma petite personne. Gortrash étant entre nous, c'est lui qui reçut le premier assaut.

De son côté, Gothzul contenait les attaques des deux ouvriers et du soldat qui le harcelaient, sans trop de dommages mais sans vraiment parvenir à les blesser. J'aperçus deux autres ouvriers qui contournaient la mêlée de Gothzul et venaient aider leur chef, ou leur reine pour rester dans l'analogie des insectes. Celle-ci avait désormais contourné Gortrash, qui devait désormais faire face aux deux ouvriers, et semblait bien décidée à s'occuper de mon cas. Elle lança une puissante attaque dans ma direction que j'esquivai d'une roulade vers la droite puis, en me relevant j'enchaînai par une frappe vicieuse dans le dos du soldat qui faisait face à Gothzul. Malgré ses protections de chitine, il ne sembla pas du tout apprécier le traitement. Je me tournai à nouveau vers la reine qui, furieuse, enchaîna deux attaques. J'effectuai une roulade à gauche, puis une esquive à droite pour me retrouver à nouveau dans le dos du soldat et je le gratifiai d'un second cadeau d'acier. Cette fois, blessé et déséquilibré, il tomba vers Gothzul qui s'écarta et le termina une fois au sol. Cela devrait lui permettre de renverser la situation.

Pour moi, en revanche, les choses se compliquaient. La reine me dominait de toute sa taille et était fermement décidée à me faire part de son courroux. Une attaque fusa de la gauche, j'esquivai à nouveau mais ce n'était qu'une feinte : je reçus une cruelle blessure dans la poitrine par la droite et reculai en vacillant. Profitant de ma faiblesse, elle m'assena un second coup puis me termina par un jet d'acide méprisant.
Submergé par la douleur, je roulai à terre, suffoquant et au bord de l'inconscience. Cela ne pouvait pas finir comme cela. J'imaginais mes amis, submergés par le nombre s'effondrer les uns après les autres. J'imaginais les créatures récupérer nos corps et les placer dans leurs cocons infects. J'imaginais un Valerian à mandibules en émerger plus tard. Impossible ! Plutôt mourir ! Je devais lutter jusqu'à la fin…
J'évoquai mentalement l'image d'Astendar pour y puiser réconfort et détermination et entrepris de me relever. Je grimaçai de douleur mais je parvins à supporter la douleur… mais au prix d'un effort qui ne pourrait être que temporaire. Gothzul terminait ses deux ouvriers et avançait vers la reine qui menaçait So'Tek. Le t'skrang faisait face courageusement mais sa magie semblait bien faible face à un tel monstre. J'aperçus aussi Thregaz se relever et il ne semblait pas content, mais alors pas content du tout. De son côté, Gortrash, bien que blessé, contenait ses deux ouvriers.
Même si je n'espérais pas la blesser dans mon état, je me dis que chaque attaque que la reine ferait sur moi serait autant qu'elle ne ferait pas sur les autres. Et les autres, eux, avaient de quoi lui régler son compte. Je fonçai donc sur l'énorme créature, bien conscient que, cette fois, elle n'aurait pas besoin de me toucher deux fois. Quand elle m'aperçut, elle sembla marquer une demi-seconde d'incertitude puis se tourna résolument vers moi. J'aurais pu me sentir flatté qu'elle dédaigne un combattant aussi efficace que Gothzul pour se concentrer sur ma petite personne. Mais non, je n'en était pas vraiment flatté tout compte fait.
Elle enchaîna attaque sur attaque et j'esquivai de mon mieux pendant un temps. Mais l'accumulation de blessures et de fatigue était trop importante pour que le jeu dure longtemps. Je perçus à peine le choc et la douleur que mon esprit décida de se retirer et de tirer les rideaux. Était-ce la fin du spectacle ou allais-je avoir un rappel du public ? fut ma dernière pensée.

Réveil douloureux et nauséeux. Une fois encore. Je repensai à la question implorante de Carelia : "mais pourquoi tu fais ça ?". J'avoue que je me la posais aussi depuis quelque temps. Les blessures s'accumulaient nettement plus vite que les trésors, les découvertes merveilleuses et les jolies princesses sauvées qui remplissaient mes rêves d'aventurier en herbe.
Une fois encore, le groupe avait vaincu mais cela avait été limite. Même Gothzul avait pris cher, c'est dire.
Prorag et les autres prisonniers des cocons avaient été sauvés mais ils étaient déjà partiellement changés. Leur vie sociale risquait d'être compliquée désormais. Gothzul les invita temporairement à Fort Vräss car ils seraient mal accueillis partout ailleurs. Gortrash sauva ses potes et nous remercia, Gothzul l'invita aussi. Parti comme ça, ça sera bientôt Fort Ork et non plus Fort Vräss !
Nous récupérâmes aussi le nain qui était dans la chambre froide et il se réveilla peu après. Il fut cordialement invité avec les autres. Plus on est de fous…
Pour le reste, comme d'habitude : trésor nada et nous aurons des remerciements de principe du baron. Ce n'est pas encore cette fois que je pourrai renouveler mes habits ravagés par les combats.

Dès que le groupe fut en état, nous quittâmes ce sinistre endroit et repartîmes vers Fort Vräss. Sur place, nous trouvâmes les artisans et ouvriers venus restaurer le bâtiment sous la protection des cavaliers du baron.
Pour ma part, j'aspirais à des soins, du repos et à faire disparaitre une cicatrice des plus disgracieuse. J'aurais aimé aussi en faire disparaître le souvenir, mais ça sera nettement plus long.


Gros soupir mental.

 
 
 


Dernière édition par Valérian le Mar 27 Aoû - 21:31, édité 1 fois
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Gothzul
Guerrier ork épris de liberté


Messages : 217

MessageSujet: Re: Chapitre 33 - Dans l'antre des Invaë   Mar 27 Aoû - 19:40

Au fait je lis tes journaux depuis un moment et force est de constaté que je suis guerrier pas cavalier...fait attention les guerriers et les cavaliers c'est deux discipline très différentes ça pourrait être mal interprété ça^^

Oui oui ça ressemble a du pinaillage mais en fait non j'y tiens un peu^^
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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


Messages : 541

MessageSujet: Re: Chapitre 33 - Dans l'antre des Invaë   Mar 27 Aoû - 20:02

Ben non, c'est pas du pinaillage...
Moi, je croyais sincèrement que tu étais adepte cavalier.
Quoique, réflexion, je me demande d'où vient cette idée...
Sans doute de ta relation avec GroKhon, je pense Smile.

Remarque notée pour la suite.
Je ne la ferai plus.
Enfin, plus celle-là en tout cas...Wink
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Chapitre 33 - Dans l'antre des Invaë
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