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 Chapitre 26 - Aléas sentimentaux

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 26 - Aléas sentimentaux   Dim 11 Nov - 17:05

Chapitre 26 - Aléas sentimentaux

Le voyage de retour vers Brindol fût tout aussi calme que celui de l'aller. A croire que toutes les créatures hostiles et toutes les bandes d'orks renégats nous connaissaient désormais et évitaient de nous approcher. Cette absence de confrontation ne chagrina que Gothzul qui désespérait d'un bon combat après toutes ces semaines d'inaction, pour reprendre ses termes.
La Vallée de l'Olsir bruissait d'activité et cela se faisait plus visible encore à l'approche de Brindol. La reconstruction battait son plein dans une étonnante ambiance de triste résignation mêlée d'enthousiasme. Oui, Brindol avait souffert mais elle avait tenu. Oui, la ville était blessée mais elle se remettait de ses blessures et serait plus forte demain.

Nous retournâmes à l'auberge de la Wiverne de pierre où nous découvrîmes avec joie que Thregaz nous y attendait depuis quelques jours. Les retrouvailles furent toute en retenue (difficile de le serrer dans ses bras !) mais sincères. Il nous présenta Iravud Fiergrelot, un sylphelin particulièrement enjoué qui l'accompagnait pour lui apprendre sa langue. Je savais que le troll avait pris récemment des cours de diplomatie. Et maintenant, il apprenait la langue des sylphelins… Notre Thregaz était vraiment surprenant !
Une fois quelques chopes descendues, nous lui racontâmes nos petites aventures à Grandfoire. De son côté, l'écumeur du ciel nous fit part de son projet de devenir corsaire au service de Throal et de Brindol. Il avait hâte de parvenir à réparer le navire aérien du clan des Cornes Tordues. Jeb et Gothzul étaient très intéressés par ce projet, mais pour des raisons différentes. So'tek et moi-même restâmes plus réservés sur le sujet. Je n'ai pas le vertige, mais quand même ! J'étais un combattant médiocre dans mon élément, alors j'imaginais aisément la brièveté de ma carrière en plein ciel ! Et un éclaireur ne me semblait pas d'une grande utilité dans ce contexte. Mais d'ici que son épave vole à nouveau, nous aurions le temps d'en reparler.
Je pris aussi des nouvelles de Carelia auprès de l'aubergiste. Celui-ci m'informa que la jeune femme avait quitté l'établissement le jour suivant mon départ pour Throal. Il est vrai qu'il y avait encore eu des larmes lors de notre dernière discussion et que j'avais été plus ferme que les fois précédentes, sans parvenir toutefois à en retirer une quelconque fierté. Elle s'était certainement décidée à retourner au Bac de Drelyn, chez ses parents. C'était sans doute mieux comme cela, même si elle me manquait.

Dès le lendemain, nous obtînmes un entretien avec le baron Lemak afin de lui confirmer notre intérêt pour l'établissement d'une petite agglomération à Fort Vräss. De son côté, il s'engagea à mettre à notre disposition tous les matériaux nécessaires au démarrage de cette édification. Il nous procura également un document attestant de la libre jouissance des terres que nous explorerions dans une vaste contrée autour de Fort Vräss. Cette contrée était bordée au nord par la rivière Olsir, à l'ouest par le Noir Marais et son affluent vers l'Olsir, au sud par la vieille route thérane. La frontière vers l'est était assez floue car il n'y avait rien que des montagnes mais notre domaine s'étendait à plusieurs jours de marche dans cette direction. Bref, un sacré coin à explorer avant d'en connaître l'étendue, les dangers et les ressources exactes.

Lors des semaines suivantes, nous fîmes le tour des lieux publics, et notamment des auberges, des différentes bourgades du Val afin de faire connaître notre projet de restaurer Fort Vräss et de bâtir une communauté autour. La majorité des gens que nous rencontrâmes avaient déjà leurs propres projets de reconstruction en cours ou craignaient encore trop les bandes d'orks de la région pour s'exposer de cette manière. Néanmoins, nous parvînmes à intéresser quelques dizaines de porteurs de noms prêts à nous suivre, par goût de l'aventure, désireux d'un nouveau départ ou flairant une opportunité professionnelle. Nous reprendrions contact avec eux quand les choses seraient plus avancées.
A l'occasion d'un de nos passages à Brindol, je parvins à inviter Luriel Lame-Trèfle dans une bonne auberge. J'étais bien décidé à passer à la vitesse supérieure avec la maîtresse d'armes elfe mais c'était une guerrière accomplie, une femme d'expérience et une personnalité de la ville. Bref, pas une simple fille d'auberge. La soirée se passa au mieux dans un premier temps et mes subtiles tentatives de séduction semblaient faire mouche. J'avais réussi à installer un climat détendu et à lui faire baisser sa garde. Elle avait désormais abandonné ses piques verbales et riait facilement à mes bons mots ou au récit imagé de nos aventures. Son regard avait perdu sa défiance coutumière à mon encontre et j'y lisais désormais un intérêt certain et une petite lueur qui accélérait les propres battements de mon cœur.
Jusqu'au moment où elle me demanda de lui jouer quelque chose. Par bravade, je pris le luth d'Astendar bien que je maîtrisais encore mal l’élégant instrument. J'entamai une ballade un brin coquine que je massacrai à coup de fausses notes. La magie de l'instant éclata comme une bulle de savon et la belle elfe sembla s'éveiller d'un doux songe et reprit ses distances. Je tentai de m'en sortir par une pirouette de comédie mais le mal était fait et l'instant envolé. Elle prit rapidement congé tout en semblant en vouloir plus à elle-même d'avoir été à deux doigts de succomber. Elle savait désormais à quoi s'attendre et je pressentais qu'elle y réfléchirait à deux fois avant d'accepter ma prochaine invitation. D'un autre côté, en acceptant déjà la première soirée, elle savait où elle mettait les pieds et je pensais conserver encore quelques chances.

Lors de ces semaines, je fis également la connaissance de Sorcyn Adredric, un jeune barde humain avec lequel je sympathisai aisément. Ouvert, curieux et intarissable, il avait les bons côtés de Roderick et me fit rapidement penser à Tirell, l'archer des Téméraires d'Urupa. Nous avions beaucoup de centres d'intérêt en commun et, grâce à son aide, je fis de substantiels progrès avec le luth d'Astendar.
L'artefact était source d'émerveillement pour lui et je lui fis part de ce que je savais déjà sur l'objet. Il me fit rapidement rencontrer Dame Verissa Nale. Cette jeune aristocrate de Throal, bien que de race elfique, était la représentante à Brindol de la maison Nale, une famille noble mineure de Throal. En quelques années, Verissa avait réussi à faire de la famille Nale la plus influente et la plus riche de la vallée, ses talents de négociation n'ayant d'égal que son charme irrésistible. La famille Nale contrôlait désormais le marché de tous les biens manufacturés en provenance de Throal, et fournissait tous les commerçants de Brindol et des environs.

Séduisante, distinguée et sophistiquée furent les termes qui me vinrent en premier dès que la rencontrai. Elle souriait avec retenue et une grâce exquise. Elle était vêtue d’une robe coûteuse et excentrique, mais qui était du plus bel effet sur elle. Sa chevelure d'un brun auburn était teinte et coiffée de manière encore improbable et décorée de plumes pourpre de quelque oiseau des montagnes. Ses yeux perçants, son visage pâle et ses manières délicates et raffinées plaçaient immédiatement entre elle et son interlocuteur une distance à la fois professionnelle, raciale et sociétale. Bref, nous n’étions pas du même monde.

La demoiselle déclara être prête à me recommander auprès d'un très vieil érudit elfe de sa connaissance, un ménestrel spécialisé dans l'histoire des peuples elfiques avant le Châtiment, qui vivait dans les forêts s'étendant au nord des Montagnes de Throal. Mais elle ne donnerait ce genre de recommandation qu’à quelqu’un de confiance. Quelqu’un avec qui elle aurait, par exemple, conclu un important contrat. Elle enchaîna sur le fait que sa famille serait ravie de sceller des accords commerciaux avec la nouvelle communauté que nous allions fonder, voire avec les trolls des Cornes-Tordues ou les sylphelins du clan Tiri-Kitor. En échange d'un accord commercial durable, sa famille pourrait financer une grande partie des constructions de notre projet, comme par exemple la reconstruction du pont de la faille du Crâne. Elle ne me demanda rien d'officiel pour le moment, mais elle souhaitait que je me souvienne de sa proposition lorsqu'elle viendra le moment d’étudier des accords commerciaux. Bref, un donnant-donnant amené tout en finesse.
Je dois bien avouer que, malgré la petite lueur calculatrice dans son regard et la distance qu’elle mettait entre nous, elle était particulièrement convaincante. Si cela n’avait concerné que mes propres intérêts, j’aurais peut-être fait quelques promesses inconsidérées sous le charme de l’elfe.
Toutefois, je ne pouvais engager le groupe sans concertation. Par ailleurs, je ne lui ferais pas le plaisir de céder aussi facilement. Je pris congé aussi poliment que possible en l’assurant de réfléchir à son offre.

Après une discussion avec les autres membres du groupe, il apparaissait clairement que différentes maisons marchandes de Brindol avaient eu vent de nos projets et cherchaient à y participer. Le problème majeur était que leur soutien était généralement conditionné à l'octroi d'un monopole commercial pour la future communauté de Fort Vräss. Et la famille Nale n'était que l'une d'entre elles. Il nous semblait difficile de lier nos destins dans cette aventure à une seule de ces organisations que nous connaissions à peine. En revanche, accorder un monopole à certaines maisons pour un secteur bien précis (exploitation minière, élevage, exploitation forestière, comptoir commercial, etc.) nous semblait déjà plus intéressant et envisageable. Il restait à voir ce que les principaux intéressés en penseraient.

Le lendemain de ma rencontre avec la négociante elfe, je passai à proximité du temple des Passions et décidai de m’y rendre pour discuter avec quelques fidèles d’Astendar. Et une petite prière ne pouvait pas faire de mal.
Alors que je marchai d’un bon pas dans le temple, je failli percuter une jeune femme en robe de novice de Garlen. Cette dernière poussa un cri d’étonnement en m’apercevant et j’eus la surprise de reconnaître Carelia.
« - Val… Valérian !?
- Heu, bonjour Carelia ! Comment vas-tu et que fais-tu ici ?
- Comment je vais ?! Parce que tu t’en préoccupes désormais ? commença-t-elle avec une pointe de colère. Et je suis dans ce temple car j’ai adopté la voie de Garlen.
- Ah ? répondis-je grâce à mon sens particulièrement développé de l’à-propos. Eh bien, je suis très content que tu aies trouvé une occupation…
- C’est plus qu’une occupation, Valérian ! C’est une vocation dans laquelle je m’engage. Si tu peux comprendre ce que veut dire le mot engagement !
- Parfait, c’est encore mieux, répondis-je en levant les mains en signe d’apaisement face à son attitude quelque peu agressive. Quoi qu’il en soit, je suis très content que tu ailles bien.
- Hmm ! se contenta-t-elle de répondre avec une moue de doute. Et toi, que fais-tu donc à Brindol ? Ne m’avais-tu pas dit que tu devais quitter la région pour une longue durée ?
- Non, j’avais dit une durée indéterminée. Et maintenant, elle est déterminée. Voire même terminée, ajoutais-je avec un sourire.
- Tu restes donc à Brindol ? lâcha-t-elle avec une pointe d’espoir que je ne pouvais pas ne pas remarquer.
- Pas vraiment car nous avons toujours notre projet à Fort Vräss. Mais nous pouvons parler de ça et de ta nouvelle vocation ce soir à l’auberge autour d’un repas si tu le souhaites, proposais-je.
Elle me fixa dans les yeux pendant une seconde, comme pour vérifier si je me moquais d’elle, puis lâcha dans un souffle :
- D’accord…
- Parfait, à ce soir à l’auberge de la Wiverne ! répondis-je avec mon plus beau sourire.
Je repartis vers le secteur d’Astendar tout en étant conscient que je n’avais peut-être pas fait la meilleure chose. Mais sa réaction m’avait mise sur la défensive et je n’avais trouvé que cela pour gagner du temps. Je me retournai pour jeter un regard à la jeune femme et je l’aperçus face à la statue de Garlen, se tenant le ventre en une pose similaire à celle de la Passion. Je remarquai d’ailleurs qu’elle avait pris un peu de ventre. Je me souvins alors que Garlen était aussi la Passion de la fécondité et du foyer… et je compris brusquement que Carelia était enceinte ! Compte-tenu du temps que nous avions passé ensemble et du délai de mon voyage jusqu’à Grandfoire, cela pouvait tout à fait correspondre ! Merde, il ne manquait plus que ça !
J’allais discrètement discuter avec un des serviteurs de Garlen pour savoir si Carelia fréquentait quelqu’un, mais ce dernier en doutait et ajouta même qu’elle était plutôt triste et avait tendance à éconduire les jeunes novices qui cherchaient à sympathiser avec elle. Merde et re-merde, elle en pinçait toujours pour moi !

Quelque peu soucieux de cet événement imprévu, je rejoignis le reste de la compagnie. Gothzul avait une nouvelle intéressante.
« - J’ai une offre pour une petite mission, commença l’ork. Il faut retrouver un mastrylith qui fout le bordel du côté du Bac de Drelyn.
- Et c’est quoi un matrislik ? m’enquis-je
- Un mas-try-lith ! C’est un gros bestiau, style éléphant, répondit notre guerrier. Ils sont originaires de terres très lointaines, et servent parfois de monture de guerre pour les cavaliers thérans. J'avais remarqué que la horde de la main rouge en chevauchait une poignée pendant le conflit que nous avions travervé récemment.
- Et c’est quoi le problème avec ce mastrylith ? questionna Jeb, toujours pratique.
- Il attaque les fermes et ravage ce qu’il trouve sur son passage.
- Et c’est normal ce genre d’attitude pour un mastrylith ? continua l’élémentaliste t’skrang.
- Ben non, pas trop. En tout cas, pas sans provocation.
- Bon, si je résume, Gothzul, tu veux qu’on parte chasser un gros éléphant taré qui attaque tout ce qui bouge, commentais-je.
- Ouais… tout juste !
- Et ça se chasse comment ce genre de truc ?
- Comme tout le reste, il suffit de taper assez fort ! intervint Thregaz qui semblait tout à coup très intéressé par le défi et la perspective de la confrontation.
- Et on gagne quoi dans l’affaire ? interrogea le pragmatique So’tek.
- En fait, on n’a pas trop parlé d’argent. La mission vient d’une maison marchande spécialisée dans l’élevage. Leurs chefs voudraient récupérer le bestiau qui a sans doute été abandonné par les orks dans leur débandade. Si on réussit, on pourra négocier un meilleur contrat avec eux pour Fort Vräss.
- Dites… ça c’est une récompense qui ne vaut que si on choisit de travailler avec eux, intervins-je. C’est quand même une manière assez mesquine de nous forcer la main.
- On s’en fout ! Si nous ne tombons pas d’accord, on garde le gros truc ! s’anima le troll.
- Hein ?! Et on en fait quoi ? s’étonna So’tek.
- Y’en manquera plus qu’un pour avoir le couple et faire nous-même de l’élevage ! Ou sinon, on le donne au clan des Cornes Tordues. On doit pouvoir faire un sacré steak avec ce truc !
- Hé ho ! Dites, la mission c’est de le ramener en vie, pas de savoir avec quelle sauce on va le manger ! s’énerva l’ork. On fait la mission et après on voit ce qu’on peut faire. De toute manière, moi j’en ai marre de faire les auberges et j’ai envie d’action !
- Tout pareil ! renchérit le troll.
- J’avoue avoir quelques nouveaux sorts à essayer, poursuivit Jeb.
Je consultai du regard So’tek qui haussa les épaules d’un air fataliste.
- Bon, ben c’est parti pour la chasse au mastrylith, conclu-je sans enthousiasme. Je viens, mais c’est bien pour éviter que vous ne vous perdiez.
- C’est sûr qu’on ne comptait pas sur toi pour la baston ! » répliqua Gothzul avec malice.
Celle-là, je l’avais bien cherchée !

Après un après-midi passé à régler diverses affaires personnelles, le groupe se retrouva en soirée à l’auberge de la Wiverne de Pierre. À l’arrivée de Carelia, je quittai mes amis qui ne manquèrent pas de marquer leur étonnement et accompagnai la jeune femme à la table que j’avais réservée pour nous. Malheureusement pas suffisamment loin du reste du groupe, je m’en rendis rapidement compte. Ma compagne avait revêtue l’une des dernières robes que je lui avais achetées, comme si nos mois de séparation n’étaient qu’une simple parenthèse. Elle arborait un air concentré que je lui connaissais que trop : il y aurait de l’explication franche au menu ce soir.
Dans un premier temps, nous échangeâmes des banalités sur l’état de la ville, l’avancée de la reconstruction, les faits notables qui s’étaient produit à Brindol en mon absence. À l’arrivée du second plat, j’enchaînai sur notre voyage à Throal. Je lui racontai notre aventure avec le voleur de poules et l’orphelinat en insistant sur le décalage avec nos précédentes aventures et je parvins à lui arracher quelques sourires et à détendre un peu l’ambiance. Mais Carelia était une fille simple et directe et ce petit jeu commença à la lasser. Alors que je lui faisais part du sort du tonduy, elle lâcha :
« - Et tu as rencontré d’autres filles là-bas ?
- Hein ? Rencontré d’autres… ? Ben… oui, il y a plein de filles là-bas. Cela dépend de ce que tu veux dire par rencontré.
- Tu sais très bien que ce je veux dire, Valérian. Est-ce que tu as couché avec d’autres filles ? Tu as une petite amie là-bas ?
- Carelia, s’il te plaît, ne part pas là-dessus, tu te fais du mal…
- Réponds à ma question Valérian ! insista-t-elle d’un ton qui était à la fois implorant et menaçant.
- Non… non, je n’ai couché avec aucune autre fille depuis mon départ de Brindol, lâchais-je après un soupir dépité.
- Tu me le jures ?
Ses yeux ne quittaient pas les miens, comme de tout le repas, mais l’intensité nouvelle de son regard me fit néanmoins frémir.
- Oui, Carelia, je te le jure, répondis-je tout en ayant une pensée pour Luriel, Kelleshane et Maloniel.
Son visage s’éclaira et une lueur de joie emplit ses jolis yeux couleur noisette.
- Mais ne t’emballe pas, ajoutais-je rapidement, ça ne veut rien dire !
- Oh que si ! triompha-t-elle, ça veut dire que malgré tous tes méchants discours, tu es capable de me rester fidèle.
- Mouais, crois-le si tu veux mais tu te fais des illusions jeune fille.
Son large sourire ne trembla pas d’un millimètre. Il était temps de changer de sujet.
- Hrem… et si nous parlions de ton engagement chez Garlen ?
- Garlen ? Ben… c’est venu naturellement en fait, expliqua-t-elle en fronçant légèrement les sourcils. La ville était sans dessus-dessous, des blessés dans tous les coins et toi qui était parti. Il ne me restait qu’à retourner chez mes parents ou essayer de me rendre utile. Et c’est ce que j’ai trouvé de plus utile. Rapidement, j’ai compris que j’avais fait le bon choix. Je peux vraiment aider les gens, Valerian, et c’est important pour moi. Tu peux comprendre ça ?
- Mieux encore que tu ne le pense, répondis-je à mi-voix. Et c’est une décision que tu as prise avant ou après avoir découvert que tu attendais un enfant, lançais-je.
Elle écarquilla les yeux de surprise.
- Tu… tu as remarqué ?
- Pas immédiatement, mais oui.
- Et… tu en penses quoi ? lâcha-t-elle.
Son regard vrillait à nouveau le mien, me mettant au défi de lui mentir.
- Honnêtement ?
- Mais bien sûr honnêtement, idiot ! Tu crois que tes mensonges ou tes faux-fuyants m’amusent ? me lança-t-elle avec une pointe d’énervement.
- Eh bien, je ne sais pas trop. De toute manière, je crois qu’il est un peu tard pour que j’aie mon mot à dire, non ?
- Parce que tu crois que moi je l’avais prévu ? C’est au temple qu’ils m’ont expliqué ce qui m’arrivait après une crise de vomissements au réveil.
- De toute manière, tu as prévu de le garder, non ?
- Évidemment ! Tu n’imagines tout de même pas que je puisse m’en débarrasser après avoir adopté les préceptes de Garlen ?! Et cet enfant représente l’avenir de Brindol. Tu sais, avec tous les morts du dernier conflit, la ville encourage les nouvelles naissances. Et surtout… c’est toi le père !
Son regard était tellement chargé d’espoir et d’incertitude sur ma réponse que j’en étais gêné. Comment ne pas la décevoir sans trop m’engager ? Je me levai brusquement, la faisant légèrement sursauter.
- Et si nous allions danser un peu ? lançais-je en tendant la main.
Elle fronça les sourcils de surprise et une légère contrariété assombrit son regard. Elle n’était pas dupe de ma dérobade mais elle se montra patiente.
- Très bien… si tu veux. »
En guidant ma partenaire vers l’endroit dégagé réservé aux danseurs, j’aperçus mes compagnons d’aventure qui semblaient bien s’amuser en nous regardant. J’aurais juré que certains prenaient des paris.

Carelia laissa passer la première danse et sembla simplement apprécier le moment. J’en fis autant car j’avais fait cela pour gagner du temps afin de réfléchir à ma réponse. Toutefois, la proximité physique de la jeune femme ne m’y aidait guère et je commençais à me dire que j’avais peut-être fait une nouvelle erreur.
Dès le début de la seconde danse, elle relança le sujet, d’une manière toujours un peu gênée.
« - Tu n’as toujours pas répondu à ma question, Valérian ? Quel est ton sentiment sur cet enfant ?
- Je n’ai rien contre cet enfant, Cari, commençais-je prudemment. Mais cela ne change rien à mon avis sur la fidélité et l’idée de fonder un foyer. Je reste un aventurier et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée que cet enfant ait un père régulièrement absent.
- Sur ce point, je te rejoins : son père devrait être nettement plus présent ! Et tu me tiens ce beau discours depuis des mois mais je remarque que c’est avec moi que tu danses encore ce soir.
- Ce soir ne présume pas de demain soir…
- Vraiment ?
Elle leva la tête et posa doucement ses lèvres sur les miennes. Se dérober aurait été d’une goujaterie sans borne. Le baiser se prolongea, la jeune femme poussa son avantage et plaqua son corps contre mien. La garce me connaissait bien et, comme elle me l’avait si bien fait avouer, je n’avais pas eu de fille entre mes bras depuis des mois. Et, pire encore, je me rendais compte que j’aimais encore cette fille simple et généreuse.
Bref, elle venait à nouveau d’attraper le pompon et d’avoir un tour de manège gratuit. Quelques minutes plus tard, je refermais la porte de ma chambre sur nos corps enlacés…

Quelques instants merveilleux plus tard, alors que la passion retombait et que mon esprit commençait à dériver vers le sommeil, Carelia reprit la conversation, sa tête posée sur ma poitrine.
« - Tu sais, je crois que ce serait bien que je vienne m’installer à Fort Vräss.
- Hmm ?
- Comme ça, tu n’aurais pas besoin de venir à Brindol pour nous voir.
- Hm… qui ça nous ? marmonnais-je.
- Je te parle de notre enfant et de moi ! répondit-elle en me bourrant gentiment les côtes, achevant de me réveiller.
- Carelia… ne crois pas que parce j’ai cédé ce soir, tu vas pouvoir me passer la bague au doigt.
- Je ne parle pas de ça ! Chaque chose en son temps. Je dis juste que ce serait plus pratique pour tout le monde que je m’installe là-bas. Et avoir une initiée de Garlen, ça peut aussi être utile à votre communauté, non ?
- On peut reparler de ça demain ?
- Mais bien sûr. Bonne nuit, mon chéri !
- C’est ça, bonne nuit…
Mais, pour le coup, elle m’avait donné de quoi cogiter et je mis un certain temps avant de trouver enfin le sommeil.

Au réveil, après quelques câlins matinaux, ma compagne repartait déjà à l’assaut.
« - Alors, tu as réfléchi à ma proposition ?
- Tu veux parler de ton installation à Fort Vräss ?
- Oui… tu en penses quoi ?
- Je pense qu’il ne faut pas brûler les étapes. Tout d’abord, je ne fuirai pas mes devoirs de père et je veillerai à ce que vous ayez de quoi vivre dignement, avec ou sans moi, dans la mesure de mes moyens.
Étonnée par mon ton anormalement sérieux, Carelia se redressa sur un coude et me fixa pour vérifier si je me payais sa tête.
- Ensuite, votre sécurité passe avant tout et j’estime que tu dois rester à Brindol pour le moment. D’une part, Fort Vräss n’est pas habitable pour l’instant et ne le sera pas pour un bébé avant un certain temps. Ensuite, tu es à l’endroit idéal pour accoucher et je ne doute pas que tu sois entre de bonnes mains avec les disciples de Garlen. Et cela te permettra de parfaire ta formation et d’être encore plus utile quand tu viendras à Fort Vräss.
- Tu veux bien que je vienne alors ? s’émerveilla la jeune femme.
- Oui, mais quand l’endroit sera prêt à vous accueillir et quand l’enfant pourra supporter le voyage. Et j’insiste sur ce point : il est hors de question de croire que je vais fonder un foyer sur le long terme mais je serai là pour vous aider autant que possible.
- Nous aurons le temps de voir tout ça à l’usage, tempéra-t-elle.
- Oh que non, ma jolie ! Puisque tu t’es impliquée dans les préceptes de Garlen, je veux que tu poursuives de ton mieux dans cette voie et que tu sois capable d’être autonome dès que possible.
- Pour que tu puisses te débarrasser de moi la conscience tranquille ? répliqua-t-elle en montant d’un ton dans les aigus.
- Non, tu n’as pas compris Carelia. Je veux que tu sois capable de subvenir à tes besoins au cas où je ne revienne pas !
- Parce que tu seras parti avec une autre, c’est ça ?
- Mais bon sang de tête de linotte ! Tout simplement parce que je pourrais mourir !
Elle fit un saut sur place que j’aurais pu trouver comique en d’autres circonstances.
- Ne dis pas de telles choses, Valérian ! Tu es un héros, tu ne peux pas mourir ! Tu n’as pas le droit de nous abandonner !
- Mais tu as écouté quand je t’ai raconté nos aventures ? Tu penses que j’ai tout exagéré pour me rendre intéressant ? Quand j’ai dit que j’ai failli mourir plusieurs fois, c’est que j’ai vraiment failli mourir plusieurs fois, ajoutais-je plus doucement. Et notre ami Roderick est mort pour de vrai. Tout comme le serait Jeb sans l’intervention de Thregaz. Nos aventures ne sont pas des promenades. Et je ne suis pas un héros, combien de fois faudra-t-il que je le dise !
- Mais pourquoi tu fais ça, si c’est si risqué ? Tu as tellement envie de mourir ? reprit-elle, un sanglot dans la voix.
- C’est sans aucun doute une bonne question…
- Tu veux dire que tu ne sais même pas pourquoi ? Une larme coula sur sa joue gauche et je l’essuyai doucement de mon pouce.
- Je sais surtout que je ne veux pas passer ma vie dans une ferme ou une échoppe, à voir toujours les mêmes gens et les mêmes montagnes. J’aime les voyages et l’aventure, les rencontres et l’insolite. Je n’aime pas les combats mais j’ai des copains très qualifiés pour ce genre de trucs. Je ne sais pas vraiment… c’est ce que j’ai toujours voulu, je suis comme ça, c’est tout. Je ne t’ai jamais menti, Carelia. Je t’ai toujours dit qu’il faudrait m’accepter comme je suis.
- Peut-être que le jour où tu passeras trop près de la mort, tu réfléchiras et tu changeras d’avis.
- Un jour, peut-être. Qui sait ? »
Ce simple aveu suffit à rallumer une lueur d’espoir dans son regard et c’est d’assez bonne humeur que nous descendîmes rejoindre les autres pour déjeuner.

« - Ah ben quand même ! nous accueillit Gothzul, les poings sur les hanches. Monsieur Valérian daigne paraître !
- Heu… il est si tard que ça ? bredouillais-je, un peu gêné sous le regard mi-amusé mi- réprobateur des autres.
- Tu n’aurais pas oublié que l’on part à la chasse au mastrylith des fois ? repris l’ork. À moins que tu ne préfères rester là pour jouer au joli cœur ? Cela fait une heure qu’on attend !
- Hrm ! J’avale vite un truc, je prends mes affaires et on est partis !
- Mouais, c’est ça…

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