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 Chapitre 19 - Préparatifs à Brindol

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar


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MessageSujet: Chapitre 19 - Préparatifs à Brindol   Mer 9 Nov - 21:07

Chapitre XIX – Préparatifs à Brindol


En dépit de nos craintes, Brindol était toujours intacte. Ses portes ouvertes laissaient entrer un flot discontinu de réfugiés. Seuls l’accès du nord et l’un des deux accès du sud étaient réservés aux mouvements des patrouilles d’éclaireurs et des troupes. On sentait la fébrilité et la crainte qui animaient ces centaines de gens, même à plusieurs kilomètres de distance.
Le simple énoncé des quelques mots « retour de mission pour le baron Lemak » suffit à nous éviter de longues heures d’attente aux portes. Nous fûmes escortés à la demeure du baron où un officier nous prît en charge. Celle-ci se présenta comme étant Luriel Lame-Trèfle, lieutenant de la Garde des Lions. Sous son air farouche et professionnelle, elle n’était pas désagréable à regarder. Avec un sourire à la place de son air revêche, elle pourrait même être jolie…
Je revins à nos préoccupations du moment une fois en présence du baron Lemak. L’imposant ork semblait plutôt content d’avoir des nouvelles du sud. Je lui fis un rapport que j’espérais précis et concis, complété ici et là des commentaires de mes compagnons. Le baron nous remercia pour nos actes et pour notre initiative de mettre fin à la menace des espagras corrompus. Il nous informa que l’armée ork campait actuellement au niveau du village de la Faille de Nemron et qu’elle semblait attendre quelque chose. Par ailleurs, il avait appris que le commandement de l’armée ork semblait plutôt le fait d’une troll et que le leadership de Karak Œil-de-Sang était contesté.
Il nous rassura ensuite sur le fait qu’il enverrait prochainement Luriel nous apporter la somme convenue pour nos services au lac de Rhem. Je l’informai que nous avons surtout besoin d’un guérisseur pour notre ami So’tek qui n’était toujours pas sorti d’affaire avec sa blessure d’espagra corrompu. Le baron souhaitait, toutefois, nous revoir plus tard, une fois tous guéris, pour nous confier une autre mission importante. Il demanda à Luriel de nous accompagner jusqu’à la maison de guérison tenue par une questrice de Garlen. Luriel était désormais notre agent de liaison avec le baron. Voilà qui n’était pas pour me déplaire.

Après avoir confié notre ami nécromancien aux bons soins de Tredora Mèchedor, la questrice orke de Garlen, nous descendîmes à l’auberge de la Wiverne de pierre. Nous y passâmes une première soirée assez morose. Même Gothzul et Thregaz restèrent mesurés dans leur consommation d’alcool, c’était dire leur inquiétude pour So’tek. Finalement, le t’skrang nous retrouva le lendemain au petit déjeuner. Les soins qu’il avait reçus, ajoutés à une bonne nuit de repos, avaient eu raison de l’infection. J’abordai tout de suite le sujet qui nous taraudait tous.
« - Bon, maintenant que nous sommes tous réunis et soignés, je pense qu’il est temps de définir clairement le cap sur ce que nous voulons faire.
- Maraver la face de l’Horreur. Après notre passage, elle sera encore plus horrible, répondit Thregaz.
- Bien dit ! renchérit Gothzul.
- C’est plus facile à dire qu’à faire. D’autant plus que certains n’ont aucune raison de risquer leur vie pour ça. N’est-ce pas So’tek ? Franchement, personne ne t’en voudra si tu restes en arrière sur ce coup-là, tempérais-je.
- Je sais. Mais nous avons commencé ensemble et nous finirons ensemble. En plus, comment me sentir intégré au groupe si je me mets en retrait à la première difficulté ? C’est décidé je viens.
- D’accord… je ne vais pas te mentir en te disant que je suis soulagé de savoir que tu seras avec nous. Tes connaissances dans ce domaine et tes pouvoirs magiques nous serons d’une précieuse aide.
- Bon, ça y est, c’est fini les parlotes ? On peut fêter le retour de So’tek dignement maintenant ? intervint Thregaz.
- Hein ?! Au petit déjeuner ? sursautais-je
- Y’a pas d’heure pour une bonne mousse ! Aubergiste ! Par ici ! »
Soupir…


En début d’après-midi, nous retournâmes voir le baron Lemak. Avant même que ce dernier nous parle d’une nouvelle mission, je lui expliquai que nous n’étions pas disponibles, accaparés par nos propres problèmes. Toutefois, la résolution de nos ennuis pouvait avoir une répercussion favorable sur les siens. Intrigué, l’ork me demanda de lui en dire plus. Avec l’accord du groupe, je lui racontai succinctement notre histoire, en omettant simplement le fait – tout à fait anodin – que nous étions marqués par l’Horreur que nous comptions combattre. Je ne voulais pas que le baron nous éjecte de la ville, nous jette aux cachots ou nous fasse exécuter. Lemak fut très intéressé par notre histoire et, je le pense, un brin impressionné par le chemin parcouru et les dangers affrontés. Je surpris même une lueur d’étonnement dans le regard de la lieutenant Luriel qui était resté aux côtés du baron.
A la fin de mon récit, Lemak prit quelques secondes pour digérer tout ce que je lui avais raconté et rattacher cela à ses propres connaissances. Conscient que notre mission était hautement dangereuse et qu’elle était vitale pour nous, il nous souhaita bonne chance et nous informa qu’il nous soutiendrait autant que possible avec les maigres ressources de la ville. Il souhaita toutefois que nous revenions à Brindol une fois notre expédition punitive achevée. Je ne lui fis aucune promesse sur ce point mais l’assurais de notre bonne volonté à l’égard de la ville et de ses habitants. Il ne fût pas dupe mais nous autorisa à repartir, escortés par Luriel.

En quittant le palais, je m’aperçus que les autres me laissaient de plus en plus fréquemment le rôle de porte-parole du groupe. Bien qu’intrigué, je me demandais quelle légitimité pouvais-je avoir de parler en leur nom ? Ni plus ni moins que n’importe lequel d’entre nous. Peut-être même moins compte tenu de mon piètre rôle au sein de notre compagnie. Je me sentis néanmoins assez content d’avoir leur confiance et j’allais devoir envisager de développer mes compétences de porte-parole si cela se confirmait. S’il faut faire les choses, autant essayer de les faire bien. J’espérais, cependant, ne pas devenir un futur Roderick…
La présence de la lieutenant à mes côtés fit voler mes présentes pensées en éclats. Ayant de toutes autres idées en tête, j’entamai la discussion avec l’elfe, en essayant de la faire un peu parler d’elle. Elle fut assez réticente et resta très « service-service » dans un premier temps. Arrivés près de notre auberge, je l’invitai à boire un verre en ma compagnie. Elle me regarda quelques secondes et sembla considérer ma proposition avec étonnement. Elle m’informa devoir retourner auprès du baron mais qu’elle repasserai me voir une fois son service terminé, un soupçon de sourire au coin des lèvres. Je n’en espérais pas tant.

Quelques heures plus tard, j’étais attablé en sa compagnie. Mes quatre compagnons s’étaient installés un peu plus loin et je sentais leurs regards goguenards s’attarder régulièrement dans notre direction.
Autant faire court : ma tentative de drague fut pitoyable. Autant par ma fébrilité face à une femme qui me surclassait vraisemblablement à tous les niveaux que par son attitude désabusée qui ne me facilitait vraiment pas la tâche. Elle me déclara qu’elle appréciait mon intérêt à son encontre mais qu’elle n’était pas intéressée par une aventure d’un soir. Considérant mon propre pessimisme sur notre future expédition, elle refusa d’aller plus loin qu’une discussion amicale. Cependant, elle espérait bien que je vienne la voir à mon retour. Pour preuve de bonne volonté, elle m’offrit un objet étrange, semblable à une pierre veinée de vert, qu’elle m’expliqua être un charme de sang efficace contre les Horreurs. Malgré ma répulsion naturelle à l’égard de ce genre d’objet, je dus reconnaître que c’était un beau cadeau. Et que son offre était sincère si elle tenait à ce que je revienne en vie.
Je n’avais peut-être pas eu ce que je souhaitais, mais je n’avais pas perdu ma soirée.

Au départ de Luriel, j’étais un peu dépité. J’allais partir dans quelques jours pour une expédition dont je ne pensais pas revenir. Les promesses sous-entendues de l’elfe étaient des plus stimulantes mais j’aspirai fortement à quelques instants de délassement en charmante compagnie après ces semaines difficiles. Un gros câlin qui me console et me rappelle que la vie ce n’est pas que des marais et des orks puants (sauf le nôtre bien sûr…), des sentiers dangereux et des coups donnés et reçus. Surtout les coups reçus. J’avais besoin de réconfort maintenant.
Résigné à devoir sans doute payer pour trouver un peu de galante compagnie, je m’arrachai à mes pensées sombres et relevai les yeux. Mes compagnons m’avaient oubliés et attaquaient leur vingt-troisième tonneau ou quelque chose du genre. Sauf So’tek qui buvait peu et était fourré dans ses grimoires à la moindre occasion. Loin de me moquer de ce fait, je me dis que notre salut viendrait peut-être de ses connaissances acquises à une table d’auberge.

L’ambiance était chaude dans l’auberge de la Wiverne ce soir. Les clients cherchaient visiblement à oublier les incertitudes du lendemain dans l’alcool et les flirts du soir. J’étais dans le même état d’esprit mais je savais que l’alcool ne me réussissait pas. Quant au flirt…
C’est à ce moment-là que je remarquai la jolie blonde aperçue au Bac de Drelyn, alors que j’étais encore gravement blessé. Cette fois, j’étais en pleine possession de tous mes moyens (c’est-à-dire pas grand-chose) et je me lançais crânement dans sa direction. Je fendis la foule avec détermination, comme l’étrave d’un navire fend les eaux pour atteindre l’île aux trésors. Même si elle était déjà entourée d’un groupe de mâles, avinés pour la plupart, la prestance de ma tunique de cuir et mon appartenance au groupe d’aventuriers qui avaient aidés son village firent la différence. Deux minutes plus tard, elle était à mon bras et me suivait à la table que je venais de quitter.
Ma tentative de séduction ne fut guère plus efficace qu’avec l’elfe, mais Carelia n’était pas du tout dans le même état d’esprit. Jeune, un brin naïve et assoiffée d’histoires héroïques, elle n’avait de cesse de poser des questions et voulais tout savoir sur nos aventures. A mes tentatives maladroites pour lui faire comprendre que j’avais d’autres histoires à lui raconter ailleurs, elle ne s’offusqua nullement et même y répondit avec une impatience sans réserve. Une fois dans ma chambre, très intuitive, elle a fait fi de mes hésitations et a rapidement pris les choses en main, me faisant oublier Luriel et même l’Horreur le temps d’un instant sublimé.

Après une nuit qui me fut très réparatrice pour le moral – et nettement moins pour le physique – je rejoignis le reste de la bande. J’eus droit à quelques remarques égrillardes de Gothzul, mais rien de méchant et la plupart semblaient plutôt heureux pour moi. Cela tombait bien car j’étais très heureux pour moi aussi ! Nous revîmes à ce qui nous préoccupait et nous décidâmes de nous accorder une bonne semaine de repos et d’entraînement afin de développer nos talents d’adeptes en vue de l’affrontement à venir.
Pendant une dizaine de jours, chacun vaqua à ses occupations, seul ou en compagnie d’autres adeptes de sa discipline, lorsqu’il y en avait. La journée était faite d’entraînement et nous retrouvions tous pour le repas du soir. Quand je le pouvais, j’essayais de déjeuner en compagnie de Carelia. Et après le repas du soir, nous montions dans ma chambre pour un tout autre genre d’entraînement.  
La jeune femme m’avait placé sur un piédestal. Elle voyait en moi un authentique héros, un homme d’expérience qui a déjà affronté mille épreuves, qui survit à tout et capable de braver tous les dangers pour revenir chercher sa bien aimée. Bref, tout ce que je rêvais d’être lors de mes délires champêtres quand j’étais jeune.
La vérité était tout autre mais je ne fis ni ne dis rien qui aurait pu infirmer ce qu’elle pensait. J’avais quelques scrupules à profiter de manière si éhontée de sa naïveté, mais j’avais trop besoin de son adoration sans bornes pour soigner mon ego malmené. Sa tendresse était pour moi la meilleure des armures pour oser aller affronter notre tourmenteur.

Ces dix jours passèrent comme un tourbillon. J’avais affûté mes talents d’armes de mêlée, de vivacité, d’anticipation, de déplacement silencieux et d’endurance du mieux que je l’avais pu compte tenu du délai imparti. J’aurais aimé avoir le temps de passer un cercle dans ma discipline, mais j’avais dû optimiser mes choix et privilégier l’efficacité.
Carelia et moi passâmes le dernier soir en tête à tête. Elle en avait gros sur le cœur de me voir partir. Je ne lui avais pas caché que mes chances de retour étaient minces. D’une part, cela renforçait le rôle de héros tragique que je jouais auprès d’elle. D’autre part, c’était vrai et j’avais le cœur aussi lourd qu’elle. Elle n’était peut-être pas la fille la plus intelligente que j’aie connue, et dans d’autres circonstances je ne m’y serais peut-être pas attardé outre mesure, mais elle était attachante à sa manière. Ce qui m’inquiétait un peu c’est que ses parents, loin de désapprouver cette relation, m’avaient aussi à la bonne. En cas de retour, je crois qu’il y aura des larmes. J’espérai qu’il y en aurait aussi en cas de non retour…

La veille du départ, Luriel était venue m’apprendre qu’elle nous accompagnerait sur un bout du chemin car elle avait un repérage à faire dans le coin de Daoss. Ben voyons… quelle coïncidence ! La ficelle était grosse mais j’accueillis sa déclaration avec une joie mal dissimulée qui lui arracha un demi-sourire.
Nous avions aussi appris que Jorr, le vieil éclaireur qui habitait dans les bois au sud du Bac de Drelyn, serait de la partie. Il nous accompagnerait jusqu’à un certain point et s’occuperait des chevaux en attendant notre retour.  
Le jour dit, à l’aube, nous étions tous fin prêt. Jorrr et Luriel nous attendaient. Alors que je m’apprêtais à monter en selle, Carelia jaillit de la porte de l’auberge et me sauta au cou avec moult pleurs et embrassades, me faisant lui promettre d’être prudent, etc... Le tout sous le regard amusé des autres. Et sous le regard nettement moins amusé de la maîtresse d’armes elfe. Je parvins à me défaire de l’étreinte de ma blonde amie et à sauter en selle. Ses pleurs m’accompagnèrent un certain temps, ainsi que quelques remords à son encontre.

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